Abandon de l’écotaxe : la facture est salée !

Europe 1 révèle le mercredi 22 avril la décision du gouvernement de démanteler les portiques de l’écotaxe. Les coûts de cette opération sont évalués à plusieurs millions d’euros. Comment en est-on arrivé là ?

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L'abandon de l'écotaxe coûterait plus d'un millions d'euros. Crédits : Taina Sohlman ©ShutterStock

L’écotaxe n’a décidément pas fini de faire parler d’elle et de faire trembler le gouvernement. Près de six mois après l’avoir abandonné, Europe 1 rend public le 22 avril l’intention du ministère de l’Environnement de démanteler les équipements liés à cette taxe. En effet, l’État a publié un appel d’offre sur son site officiel le 28 février pour qu’une entreprise privée retire, transporte et stocke tous les dispositifs qui devaient aider au prélèvement de cet impôt. La proposition de marché comprend également des travaux de remise en état de certains sites et la destruction de quelques appareils.

Après l’annonce officielle de l’abandon de l’écotaxe, Ségolène Royal, ministre de l’Écologie annonçait vouloir recycler les portiques installés pour cet impôt. Plusieurs hypothèses ont été émises. La possibilité d’aider la gendarmerie ou les services de douanes a été envisagée (contrôle de la circulation ou des immatriculations). Toutefois, aucune proposition ne semble avoir été retenue vu que les portiques vont être démantelés. En ce qui concerne les autres appareils aucune hypothèse de recyclage n’en fait mention.

L’abandon de l’écotaxe coûte cher

Pour être efficace, l’écotaxe s’appuyait sur de nombreux moyens technologiques dont le retrait risque de coûter cher au gouvernement. L’entreprise sélectionnée devra ainsi retirer un centre informatique, 230 bornes d’écotaxes, 986 panneaux de signalisation et 718 000 boitiers de contrôle.

Mais un des déplacements les plus coûteux risque d’être celui des portiques qui sont plus de 170. Les estimations de budget diffèrent selon les sources mais dans tous les cas l’État risque de payer plusieurs millions pour le déplacement des seuls portiques. Selon Europe 1, le transfert d’une seule de ces structures coûterait 10 000 euros soit plus de 1,7 millions d’euros au total. Ces chiffres sont deux fois plus élevés selon Le Figaro. Le budget serait compris entre 40 000 et 75 000 euros pour un portique soit un total allant de 7 millions à 13 millions d’euros.

Dans ce climat de crise économique de tels chiffres ne sont pas rassurant surtout que le gouvernement a déjà dû verser plus de 800 millions d’euros de dédommagement à Écomouv. Cette entreprise a installé tous les équipements nécessaires pour prélever l’impôt. En cas de rupture de contrat pour motif d’intérêt général comme dans cette situation, l’État devait leur reverser un dédommagement financier.

Écotaxe : quand le gouvernement joue à ni oui ni non

Il est vrai que ces coûts élevés peuvent remettre en question la décision du gouvernement d’abandonner ce nouvel impôt. Mais cette décision n’a pas été prise à la légère et l’État a changé plusieurs fois de comportements par rapport à cette mesure.

Cette taxe aussi appelé « taxe écologique » a été conçue lors du Grenelle de l’Environnement en 2009 sous le gouvernement de Nicolas Sarkozy. Le principe de ce projet est de faire payer une taxe supplémentaire aux poids lourds qui empruntent le réseau national non-payant soit qui évitent les autoroutes. Cet impôt aurait dû inciter les entreprises à investir dans des modes de transports moins polluants et financer la construction de transports plus écologique. Si à son lancement ce projet faisait consensus dans la communauté politique, il s’est peu à peu effrité jusqu’à son abandon.

Le gouvernement Fillon lance officiellement le projet de taxe écologique en 2011 et engage Écomouv pour les travaux en 2012. Mais l’opposition est de plus en plus virulente et en automne 2013 les manifestations des bonnets rouges débutent. Les bretons sont particulièrement attachés à la gratuité de leurs routes et dénoncent les conséquences de l’écotaxe pour les consommateurs. Selon eux, les transporteurs risquent d’augmenter les prix des livraisons, donc des produits, pour compenser l’augmentation de leurs charges. Les transporteurs, quant à eux, menacent de bloquer le pays. Pour calmer les opposants, l’État décide d’abord de retarder le projet qui devait commencer en janvier 2014. Il tente de le relancer à l’automne 2014 avant de finalement l’abandonner définitivement le 30 octobre 2014.

La taxe écologique devait rapporter quelques millions d’euros par an à la France. Selon Le Figaro son abandon représente un manque à gagner de près de 450 millions d’euros par an. Finalement ce projet aura fait perdre plus d’argent qu’il n’en aura rapporté ce qui risque de noircir encore le bilan du quinquennat de Hollande.

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Yuna Boudré