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Enquête

Comment s'organisent les hôpitaux l’été ?

Le 04/08/2012 à 14:03:56
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Le principe du service public de santé, c’est qu’on puisse compter sur lui 24 heures sur 24 toute l’année. Mais avec l’été et les congés, comment s’organisent nos hôpitaux ? Enquête.

À flux tendu. C’est ainsi que le personnel médical et soignant en France a le sentiment de travailler toute l’année. Et plus encore quand arrive la période des vacances. Du 15 juillet au 15 août, c’est « Urgences » dans tous les services. Car quand les uns partent en vacances, les autres restent et… travaillent dur. « Quand on prend des vacances, ça se paie : avant ou après on a une surcharge de travail, explique Nicole Smolski, présidente du Syndicat national des praticiens hospitaliers en anesthésie réanimation élargi (SNPHAR). Dans les métiers comme le nôtre, ceux de la permanence de soins, l’été rime avec deux fois plus de travail. Dans mon service de chirurgie digestive à l’hôpital de la Croix-Rousse à Lyon, la semaine du 15 août, nous sommes deux médecins réanimateurs contre six habituellement. On sait que ça va être une semaine effroyable. »

Bien sûr, dans la mesure du possible, les interventions sont programmées de sorte qu’elles soient moins nombreuses. Concrètement, toutes celles que l’on peut prévoir comme l’opération d’une hernie, par exemple, sont reportées hors période de congés, mais restent toutes celles qu’il est impossible de différer comme les appendicites, les occlusions intestinales ou les pathologies biliaires.

Des lits fermés

Moins de médecins donc, mais moins de patients aussi. Car même si les maladies ne prennent pas de vacances, les hôpitaux ferment jusqu’à 30 % de leurs lits, selon les syndicats, et moins de 10 % selon le ministère, pour ne garder que les malades qui arrivent après être passés par la case urgence ou ceux qui sont gravement affectés et longuement hospitalisés. « Il n’y a pas de politique nationale en matière de fermeture de lits. Chaque établissement fait ce qu’il veut. Pour permettre à chacun de solder ses congés, on ferme des lits, or nous ne sommes plus dans les années 70 où tous les Français partaient quatre semaines pendant l’été !

Et à cette période de l’année, l’activité des urgences, elle, ne baisse pas, d’autant plus que les patients se rabattent sur les urgences parce que leur médecin traitant est en vacances. Du coup, on se retrouve, pour les cas graves, avec des malades installés pendant des heures et des heures sur un brancard aux urgences faute de lits à l’hôpital : c’est absurde », peste Patrick Pelloux, président de l’Association des médecins urgentistes hospitaliers de France (AMUHF) qui précise : « L’une de nos revendications est de limiter, par la loi, la fermeture de lits à 5 ou 7 % dans les hôpitaux où il y a une activité d’urgence. »

Des infirmières au taquet

Quant aux patients lourds, ceux qui restent à l’hôpital l’été parce que leur état de santé ne leur permet pas de sortir, ils représentent une surcharge de travail pour les infirmières. « Tout comme les médecins, les infirmières déjà surchargées de travail sont moins nombreuses l’été que le reste de l’année, mais doivent faire face aux patients les plus lourds, ceux qui demandent le plus de soins », explique Thierry Amouroux, président du Syndicat national des professionnels infirmiers (SNPI-CGC). « Résultat, elles n’ont pas le temps de faire leur travail comme elles le souhaiteraient. Il y a un décalage entre ce qu’il faudrait faire et ce que l’on fait.

Avec la tarification à l’activité entrée en vigueur en 2007, chaque acte, chaque soin doit être exécuté le plus vite possible pour être rentable : pour l’administration, une injection c’est 30 secondes de temps de travail. Or en théorie, on ne soigne pas un corps malade mais une personne qui a besoin d’être prise en charge et en compte dans sa globalité. Tout le travail d’accompagnement des soins et d’explication n’est plus pris en considération. Vous ne soignez plus l’appendicite de Monsieur Dupont mais l’appendicite du 14. L’hôpital est devenu une usine à soins. Pas étonnant dans ces conditions qu’un quart des infirmières change d’orientation après cinq ans d’exercice. »

La gériatrie en difficulté

Même si l’été, les infirmières peuvent être remplacées par de jeunes diplômées, la pénurie d’infirmières se fait particulièrement sentir dans certains services et certaines régions. C’est le cas par exemple de la gériatrie en Île-de-France. « À l’hôpital Émile Roux de Limeil-Brévannes dans le Val-de-Marne, nous ne fermons aucun de nos 900 lits. L’activité est même plus importante l’été que le reste de l’année car nous accueillons les patients des hôpitaux environnants qui ferment, eux, des lits. Mais aussi parce que les personnes âgées habituellement gardées par leur famille se font admettre à l’hôpital quand ces dernières partent en vacances », explique Pascal Grameret, délégué syndical Sud-Santé. « Pour faire face aux congés annuels, il y a des remplacements des agents hospitaliers chargés de l’entretien et de la restauration à raison d’un remplacement pour deux départs et les aides-soignants sont remplacés par des étudiants.

Pour les infirmières, c’est plus difficile à cause de la pénurie, la gériatrie n’étant pas une spécialité qui attire les jeunes diplômées, qui plus est en Île-de-France où le prix des loyers est prohibitif. Ce qui signifie concrètement qu’en long séjour, on se retrouve avec une infirmière pour plus de 80 lits. L’infirmière ne peut pas voir tous ses patients tous les jours et on assiste ainsi à des glissements de tâches.

Alors que les médicaments, par exemple, doivent être distribués par le personnel infirmier, ce sont de plus en plus souvent des aides-soignants qui s’en chargent avec la responsabilité que cela implique. Il faut savoir qu’en cas d’erreur, cela relève du pénal. »

En zone touristique

Tous les établissements ne sont pas logés à la même enseigne. Ainsi, les hôpitaux situés dans les zones touristiques sont forcément contraints de tenir compte des pics d’activité. En Vendée par exemple, qui voit sa population multipliée par 5 à 10 pendant l’été, l’hôpital départemental de La Roche-sur-Yon essaie de lisser les congés annuels du 1er janvier au 31 décembre : « On essaie d’étaler les congés, mais certaines souhaitent les prendre pendant l’été. Pour pallier les absences et rester toute l’année à effectif constant, on recrute une quarantaine d’infirmières, une quarantaine d’agents hospitaliers et une quinzaine d’aides-soignants, explique Corinne Denis, coordinatrice des soins au CHD Vendée. En revanche, les chirurgiens eux ne peuvent pas être remplacés, on mise donc sur la programmation des opérations. D’une manière plus générale, on renforce les équipes les weekends du 6-7 juillet, du 14 juillet, du 4 et du 15 août. Même comme ça parfois on est juste, il suffit qu’il y ait un accident de la route avec six ou sept blessés graves pour que ça devienne très difficile. On voit aussi arriver aux urgences les accidents de sport, les accidents de bord de mer, les insolations et autres coups de soleil des enfants. »

Par Alexandra Da Rocha

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1 réaction à cet article

Par anonyme | Me connecter




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  1. avatar
    Publiée le 14/08/2012 à 23:07:07- par Anonyme

    Ah oui ca c'est clair que le personnel paramédical SOUFFRE et pas que l'été. C'est de pire en pire pour ce qu'on est payé !!! Et quand on appelle au secours la direction car en plus du sous-effectif, on a 2 arrets maladies, AUCUN renfort ne serait-ce qu'intérimaire. Tout le monde s'en fou et on travaille dans des conditions de plus en plus dangereuses au dépit de qui : le patient !!!

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