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Télé réelle

Émission Strip-Tease : où trouvent-ils leurs « perles rares » ?

Le 11/07/2012 à 15:07:31
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Strip-Tease a fait son grand retour sur France 3 le 2 juillet, entraînant un flot de critiques. Quand certains l’accusent de voyeurisme, le producteur Jean Libon nous dit qu’il filme la vie, simplement. Il nous explique comment se fait le choix des personnes filmées.

Depuis son arrivée sur France 3, en 1992, le magazine belge Strip-Tease se défend de faire du reality show. Son truc, c’est de raconter, sans fards ni commentaires, les histoires originales de gens banals.

Seulement voilà, depuis dix jours que l’émission « qui vous déshabille » occupe de nouveau le petit écran après une longue absence, elle fait l’objet des plus vives critiques. Du statut « de magazine de qualité », elle passe à celui de « téléréalité trash » ou de « téléréalité pour bobos-intellos » (qui assument plus de regarder Strip-Tease que Confessions Intimes), selon les blogueurs et autres twittos choqués par son « voyeurisme ». Mais comment un tel revirement a-t-il pu se produire ? Serait-ce le choix des sujets qui auraient un peu trop versé dans l’exceptionnel et le sensationnalisme ? Pour le comprendre, nous avons interrogé Jean Libon le producteur du magazine.

Strip-Tease : des gens vraiment ordinaires ?

Dans les premiers numéros diffusés, Strip-Tease a tapé fort avec des personnages hauts en couleur. Mais avouons quand même qu’on ne croise pas des Damien (« Recherche bergère désespérément », un jeune éleveur célibataire, qui recevait chez lui une jolie Roumaine de 18 ans), des Corinne (« Mâche et crève ») ou des Charlotte (« Adopteunpere.com ») tous les jours.

« La plupart du temps, les réalisateurs qui me contactent pour travailler avec moi ont déjà des idées en tête, explique Jean Libon le producteur. Il s’agit souvent de gens ou de situations qu’ils connaissent. L’un d’eux avait une façon particulière de trouver ses sujets. Il fermait les yeux, mettait le doigt sur la carte de France et sélectionnait une région au hasard. Il allait ensuite passer deux ou trois semaines sur place et me ramenait des idées de portraits. D’autres rencontrent des gens dans la rue, le métro… »

Les réalisateurs vont chercher leurs protagonistes un peu au hasard donc, et non l’inverse. D’ailleurs, des personnes qui veulent à tout prix se faire filmer, Jean Libon s’en méfie « comme de la peste ». Ce sont, en général, « les moins intéressantes ».

Strip-Tease : « on ne cherche pas le bon client »

Quand on ose lui demander quels sont, à ses yeux, « les bons clients » d’une émission comme Strip-Tease, le producteur remet les choses à leur place :

« Le bon client ? Je ne définis pas du tout ça comme ça. Ce qui m’intéresse ce sont les gens qui ont une vie ou une histoire intéressante. On ne vise pas des régions ou des catégories sociales. Prenons l’exemple de Charlotte, cette gamine de 16 ans enceinte (« Adopteunpere.com », ndlr). La réalisatrice a repéré cette fille sur la page Facebook d’un site de grossesse, où elle livrait ses états d’âme. Elle a pris contact avec elle, l’a rencontrée, ainsi que ses proches, et a découvert l’incroyable relation qu’elle entretenait avec son père. Elle s’est dit qu’il y avait quelque chose d’intéressant à faire autour de ça. »

C’est une habitude : avant de débarquer chez les gens avec leur caméra, les journalistes rencontrent quatre ou cinq fois les protagonistes et leur entourage, pour trouver le bon angle d’attaque. La préparation du tournage peut prendre plusieurs semaines, plusieurs mois, une année ou plus !

Pour Charlotte, l’affaire a rapidement été bouclée. Mais lorsque Strip-Tease a voulu suivre une délégation de parlementaires belges en Corée du Nord, « cela nous a pris 19 mois, le temps de régler tous les papiers », se rappelle le producteur.

Extrait de Délégation de très haut niveau : les parlementaires belges débarquent en Corée du Nord et vont s’incliner (passage obligé) devant la statue de Kim Il Sung …


Striptease coree du nord partie 1 par alexmcfc49

Strip-Tease : des protagonistes avertis

Alors qu’on l’accuse de manipuler et d’exploiter de « pauvres gens » pour faire de l’audimat, Jean Libon assure que les protagonistes de son émission acceptent de se faire filmer en connaissance de cause.

« On leur explique qu’ils vont être filmés, sans le commentaire d’une voix off. Et oui, on leur annonce que c’est pour une émission qui s’appelle Strip-Tease, même si c’est délicat, comme cette fois où nous sommes allés frapper à la porte des Carmélites… En fait, la plupart des gens ne connaissent pas notre magazine. »

Et si l’on continue à traiter son émission de voyeuriste, tant pis. Jean Libon n’a que faire des critiques de « blogueurs frustrés », même s’il les trouve injustes. « Depardon fait la même chose, on ne lui reproche rien ». Il continuera à filmer les gens, la vie, « la comédie humaine ». Parce que, dit-il, « ça m’aide à comprendre mon voisin ».

Par Julie Toury

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