Ils se sont faits virer à cause du web
La révolution numérique s’accompagne d’une révolution des moeurs. Chacun pianote désormais ur le vaste Web, partageant ses humeurs sur un blog, ses photos de fiesta sur Facebook et ses vidéos sur YouTube. Pour certains, cette réalité a tourné au cauchemar. Leur activité sur la Toile leur ayant valu… un licenciement.
Il y a ceux qui ont critiqué ouvertement et nommément leur entreprise, prenant le risque d’être virés pour «dénigrement» et ceux qui, même sous couvert de pseudo et d’anonymat, se retrouvent remerciés pour « faute grave ». Un phénomène certes marginal, mais qui pose la question des limites entre vie privée et vie publique. Une pratique qui embarrasse aussi les prud’hommes, lesquels ne savent pas encore sur quel pied danser.
Ainsi, quand ils ont dû, en mai dernier, statuer sur le cas de ces salariées licenciées après avoir déclaré sur Facebook faire partie du «club des néfastes» de l’entreprise, ils n’ont pas réussi à trancher: la moitié des conseillers étant favorable au licenciement et l’autre… contre. Leur décision était pourtant très attendue: elle devait faire jurisprudence dans un monde où les nouvelles règles du jeu sont encore floues !
Licenciée pour cause de blog
J’étais réceptionniste de nuit dans un hôtel depuis 2 ans, et je tenais depuis novembre dernier un blog devenu une sorte de “caméra café” du Web. C’était “la minute blonde”. J’y postais des billets d’humeur inspirés de ma vie privée et
de ma vie professionnelle. Au boulot, je ne cachais pas que j’écrivais. Un jour,
j’ai reçu un message me signalant que mon directeur n’allait pas être content.
Je me suis demandé pourquoi car à la fin de chacun de mes articles, je stipulais
qu’il s’agissait de situations appartenant au monde de la fiction. De plus, il n’était jamais question de lui. Personne ne pouvait se reconnaître, lespersonnages avaient des noms fictifs et jamais la ville où je vivais ou l’hôtel où
je travaillais n’était mentionné. Toujours est-il que 2 jours plus tard, j’ai été convoquée dans le bureau du directeur. Il m’a demandé de quitter l’hôtel
sur le champ et m’a signifié ma mise à pied. J’ai réclamé la raison de cettedécision, il m’a demandé si je n’avais pas une petite idée… Là, j’ai compris
que mon blog dérangeait. Dans la foulée, j’ai été licenciée pour «faute
grave». J’ai appris par la suite qu’un huissier avait mis sous scellés des captures d’écran avec tous mes textes!
Jessi, 31 ans, Reims
Mis à pied pour avoir posté des vidéos
J’ai été recruté comme surveillant dans un lycée de Nîmes. Trois semaines après mon arrivée dans l’établissement, je suis convoqué par le directeur qui me demande si je connais Dailymotion … Il était clair qu’il avait visionné les vidéos que j’avais postées. Or, pour avoir accès à ces vidéos, il fallait avoir mon pseudonyme. C’est donc quelqu’un qui me connaît qui lui a communiqué mon pseudo … J’ai été mis à pied pendant un mois, puis licencié pour «incitation à la haine et à la violence». Il y avait 2 genres de vidéos: certaines engagées politiquement (je suis d’extrême gauche) et des one-man-show dans lesquels je tourne en dérision des choses aussi différentes que l’ Education nationale ou la Feria de Nîmes. Dans l’une d’entre elles, je pose avec une kalachnikov en plastique… Ça a suffi à faire de moi un dangereux terroriste! Alors que c’était de la «déconne», destinée à mes seuls amis. Ces petits films, je les ai tournés bien avant mon embauche, jamais je n’ai pensé qu’ils viendraient nuire à ma carrière professionnelle. Je voulais devenir instituteur, mais avec cette histoire, c’est un peu compromis.
Julien, 31 ans, Nîmes
Que dit la loi?
Il n’y a pas de législation spécifique qui réglemente le droit des salariés à avoir une activité sur le Web. En revanche, il existe un encadrement juridique qui stipule qu’un employeur ne peut pas sanctionner ou licencier un salarié en prenant pour motif sa vie privée. Or tenir un blog, s’exprimer sur les réseaux sociaux comme Facebook, poster des vidéos sur YouTube, cela relève de la vie privée.Néanmoins, la Cour de cassation considère que les propos ou comportements du salarié ne doivent pas causer un «trouble manifeste pour l’employeur». Une appréciation à juger au cas par cas. Tout dépend de la teneur des propos tenus et de la position du salarié dans l’entreprise.
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