Lance Armstrong : les conséquences de sa chute
Le verdict de l'UCI est tombé : Lance Armstrong est déchu de ses sept titres de vainqueur du Tour de France. Quelles conséquences aura cette décision sur le cyclisme ?
Sept ans et trois mois après son dernier titre en Tour de France, Lance Armstrong est officiellement rayé du palmarès de la grande boucle, après décision de l’Union cycliste internationale (UCI), rendue ce lundi matin.
L’instance dirigeante du cyclisme mondial a fini par suivre le rapport de l’Usada, qui réclamait le retrait des titres du septuple vainqueur du Tour de France pour dopage systématique. L’enquête de l’agence antidopage américaine avait pu se faire grâce au témoignage de onze anciens coéquipiers de Lance Armstrong.
Suite à ce rapport dénonçant « le programme de dopage le plus sophistiqué jamais vu dans l’histoire du sport », le Texan avait tenté d’enrayer l’enquête devant les tribunaux cet été, clamant son droit à un procès équitable. Il avait finalement abandonné toute procédure le 23 août, en déclarant sobrement sur son compte Twitter « aujourd’hui je tourne la page ».
Maintenant qu’ « Armstrong n’a pas sa place dans le cyclisme », selon Pat Mc Quaid, président de l’UCI, de nombreuses questions se posent quant aux conséquences de la chute du champion.
A qui seront attribués les titres de Lance Armstrong ?
C’est la question que tout le monde se pose : à qui reviendront les sept titres du Tour de France, remportés entre 1999 et 2005 par Lance Armstrong ?
Si pour le moment aucun verdict n’a été rendu, l’Amaury Sport Organisation (ASO), organisateur du Tour, souhaite qu’aucun vainqueur ne soit désigné. L’UCI peut aller à l’encontre de ce souhait, mais offrirait alors un palmarès bien particulier si les cyclistes arrivés deuxièmes se voyaient aujourd’hui couronnés :
- Pour la grande boucle de 1999, le Suisse Alex Zülle deviendrait champion. Mais ce dernier était membre de l’équipe Festina en 1998.
- En 2000, 2001 et 2003, l’Allemand Jan Ullrich aurait dû porter le maillot jaune. Ce dernier a pourtant été suspendu deux ans après l’opération Puerto, tout comme Joseba Beloki, vainqueur en 2002 et privé de départ en 2006 pour les mêmes raisons. Ivan Basso, arrivé deuxième lors du Tour de France 2005, a lui aussi été suspendu deux ans pour l’opération Puerto.
- Enfin, le champion du Tour 2004 serait Andrés Klöden, membre de T-Mobile, condamné pour dopage systématique.
Bref, un palmarès que l’ASO ne souhaite pas officialiser au vu des circonstances particulières.
Lance Armstrong va-t-il devoir rembourser ses titres ?
Une chose est sûre, Lance Armstrong, après toute cette affaire, a sacrément terni son image. Après avoir été le porte-parole de la lutte contre le cancer avec Livestrong et la vente de bracelets jaunes qui a engendrée des millions de dollars de dons, Pat Mc Quaid s’est dit « écoeuré » par ce qu’il a lu dans le rapport de l’Usada.
Depuis la parution de ce rapport, Armstrong a d’ailleurs été lâché par presque tous ses sponsors personnels. Nike, qui lui était fidèle depuis 1996 à hauteur de 7,5 millions de dollars par an, n’a pas attendu le verdict de l’UCI pour rompre son contrat avec le cycliste. La marque a, en outre, accepté de continuer à soutenir l’association Livestrong si Lance Armstrong quittait la présidence de l’association.
Le groupe financier Bloomberg a estimé les pertes financières du champion à 30 millions de dollars sur une fortune avoisinant les 90 millions d’euros. Mais il se pourrait que le Texan perde bien plus dans les mois à venir si l’ASO, l’UCI ou l’Usada lui réclament les millions d’euros remportés en cyclisme.
Lance Armstrong pourrait également avoir à verser de lourdes indemnités à ses anciens sponsors si ces derniers lui réclament.
Lance Armstrong en a-t-il fini avec la Justice ?
Le « tricheur du cyclisme », dopé aux « injections d’EPO, aux transfusions sanguines et aux pilules de testostérone », n’en a peut-être pas fini avec la Justice américaine.
Aux Etats-Unis, la parjure, soit le mensonge sous serment, est sévèrement punie. Or, le 30 novembre 2005, devant les juges de Dalles, Lance Armstrong a certifié ne s’être jamais dopé.
Reste à savoir si la Justice américaine reviendra sur cette affaire. Si oui, le cycliste pourrait subir le même sort que Marion Jones, ancienne sprinteuse, condamnée à six mois de prison ferme pour parjure dans le scandale de Balco.
Affaires de dopage, que risque l’UCI ?
De son côté, la grande instance dirigeante du cyclisme mondial pourrait aussi en prendre pour son grade. L’UCI est accusée d’avoir aidé Lance Armstrong à camoufler un contrôle positif à l’EPO en 2001, pendant le Tour de Suisse.
« Ces accusations sont fausses », a déclaré ce matin Pat Mc Quaid. « L’UCI nie formellement. »
Mais tous les regards sont aujourd’hui braqués sur l’instance, notamment sur Hein Verbruggen, président de l’UCI de 1991 à 2005. Ce dernier est soupçonné de bienveillance envers Armstrong. Kathy Lemond, épouse du cycliste Greg Lemond, assure dans le rapport de l’Usada que deux sponsors du septuple champion du Tour de France auraient versé 500 000 dollars sur le compte de Verbruggen, dans le but d’étouffer une affaire de dopage en 1999.
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