Les salles de shoot, comment ça marche ?
La ministre de la Santé, Marisol Touraine, souhaite lancer l’expérimentation des salles de shoot d’ici fin 2012. Ces centres permettent d’encadrer la consommation de drogue des toxicomanes, un processus censé les aider à vaincre progressivement leur addiction. Concrètement, comment ces salles de shoot fonctionneraient-elles ?
Marisol Touraine, ministre de la Santé, relance le débat sur la mise en place de salles de shoot en France. "J’espère que des expérimentations pourront être annoncées avant la fin de l'année", a-t-elle déclaré sur BFM TV, le 22 octobre. À quoi ressembleraient ces salles de consommation de drogue ?
Une consommation sous contrôle
Les salles de shoot - ou centres d’injections supervisées (CIS) - se présentent sous la forme de centres d’accueil, au sein desquels les toxicomanes peuvent consommer leurs propres drogues dans de bonnes conditions d’hygiène et sous contrôle de personnels de santé.
Elles sont aujourd’hui illégales en France. Une dizaine de pays les autorisent à travers le monde, huit en Europe. Parmi eux, l’Allemagne, l’Espagne et les Pays-Bas.
Dans un article de Libération, publié le 1er octobre 2012, un Toulousain d’une vingtaine d’année raconte son passage dans des salles de shoot en Suisse et en Espagne. « Tu viens avec ton matos, tu fais ton fix [injection, ndlr]. Si tu veux des conseils, tu peux. Les gens te posent des questions, tu réponds mais t'es pas obligé ». Un autre, originaire de Pau, constate les avantages : « Je n’ai plus de veines, j’ai du mal à les trouver [suite aux injections à répétition mal menées, ndlr]. On m’a montré des tactiques pour injecter correctement. » Car l’un des rôles des CIS, c’est aussi de prévenir les dommages veineux, en expliquant aux toxicomanes quels sont les gestes à éviter.
D’après les premières enquêtes réalisées sur les CIS, les résultats seraient plutôt concluants. Ainsi, selon une étude rendue public en 2010 par l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), les salles de shoot « apportent des bénéfices aux usagers (…) Les comportement à risques [sont] diminués. » Les chercheurs constatent qu’elles « bénéficient également à la communauté par la réduction de l’usage de drogues en public. »
Une première salle prête à ouvrir à Paris ?
Un centre d’accueil serait prêt à être expérimenté à Paris. Le collectif chargé du projet n’a pas encore dévoilé son positionnement précis. Cette salle de shoot pourrait accueillir entre 200 et 250 personnes par jour. L’accès serait formellement interdit aux mineurs, aux personnes sous l’emprise de l’alcool où ayant déjà consommé de la drogue. La consommation se ferait par inhalation (entre autres, pour le crack) ou par voie intraveineuse.
Ce projet, présenté le 16 octobre par Médecins du Monde (MDM) et l’association Gaïa-Paris, a été conçu dans l’optique de réduire « la mortalité (…), les infections et le manques d’hygiène », précise la directrice de Gaïa-Paris, Elisabeth Avril, ainsi que « les troubles à l’ordre publique » et « l’exclusion sociale » des consommateurs de drogue. Elle tient, par ailleurs, à souligner que selon plusieurs études menées sur ce sujet, les CIS permettraient de réduire « les risques de contracter le VIH et des hépatites, mais aussi d'entrer en contact avec les usagers les plus marginalisées qui souvent consomment leur drogue dans la rue ». Les deux associations attendent « le feux vert, ou même orange du gouvernement pour finaliser le projet. »
Pas de dépénalisation de la consommation de drogue, une prévention renforcée
Marisol Touraine précise que la légalisation de salles de shoot n’induirait en aucun cas une dépénalisation du cannabis. « Il faut être intraitable sur la loi, sur la règle vis-à-vis des trafiquants ». Une manière de rappeler la position du gouvernement sur le sujet, quelques jours après l'intervention fortement critiquée de Vincent Peillon, ministre de l'Éducation nationale, qui s'était déclaré publiquement favorable à légalisation du haschich.
Elle réclame, par ailleurs, « une politique plus solide de prévention » afin de lutter contre la consommation de drogues dures (cocaïne, ecstasy, héroïne, etc.) et de drogues douces, comme la marijuana. « Il faut être plus offensif en matière de santé publique et c'est la raison pour laquelle dans la loi de santé publique que le président de la République a annoncée pour l'année prochaine, il y aura des dispositions concernant les addictions », expliquait-elle, le 22 octobre, sur BFM TV.
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