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Misogyne ?

Tennis : Nadal aurait-il dû être mieux payé que Sharapova ?

Le 28/06/2012 à 14:48:18
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Le tennisman Gilles Simon a lancé un pavé dans la mare. Selon lui, les joueurs de tennis devraient être mieux payés que les femmes lors des tournois du Grand Chelem. Le débat est lancé…

Gilles Simon, fraîchement nommé représentant des tennismen au Conseil des joueurs de l’ATP, ouvre les premières hostilités en plein tournoi de Wimbledon. Le 13e joueur mondial pense en effet que les femmes ne devraient pas percevoir autant que les hommes, lors des tournois majeurs. La guerre des sexes est déclarée !

L’ATP attire plus que la WTA

Simon souhaiterait donc que les tournois du Grand Chelem revoient leur politique de primes à la baisse pour les joueuses. Selon lui, l’égalité des salaires n’est pas « un truc qui marche dans le sport », ajoutant que le tennis « est le seul sport aujourd’hui où il y a la parité, alors que le tennis masculin reste plus attrayant que le tennis féminin à l’heure actuelle », que le spectacle sportif offert par ces dames est de moins bonne qualité et destiné à un public plus restreint…voilà qui devrait ravir Maria Sharapova et ses consœurs. Le 13e joueur mondial en rajoute une couche, affirmant qu’il se souvient d’une finale dames à Rome, qui « n’avait attiré que vingt spectateurs »… un bien maigre public pour un stade aussi vaste.

L’Auvergnate Marion Bartoli, réputée pour ne pas avoir la langue dans sa poche, n’a pas tardé à répliquer. Selon elle, certes le circuit masculin compte plus de fans, mais seulement grâce à cinq ou six joueurs très performants. Cela n’empêche pas pour autant le reste des joueurs ATP de profiter de salaires élevés.

Les femmes fournissent moins d’efforts physiques

Si on a du mal à imaginer un procédé permettant de calculer le niveau « d’attractivité » des uns ou des autres, le second argument de Simon pourrait plus tenir la route. Le joueur français explique que lors des tournois majeurs, les hommes doivent remporter leurs matchs au meilleur des cinq sets, quand les femmes n’en disputent que trois maximum. L’effort physique fourni étant moindre, la prime des joueuses devrait être inférieure à celle des hommes.

Gilles Simon, qui dit tout fort – maladroitement - ce que beaucoup pensent tout bas n’est toutefois pas le seul à s’être exprimé sur le sujet. Le soutien le plus lourd vient de Pat Cash, ancien joueur de tennis, aujourd’hui consultant pour CNN. « Je pense qu’elles [les joueuses] ne devraient pas gagner autant que les hommes car elles ne font pas le même sport », a-t-il déclaré lors d’une émission consacrée à Roland Garros.

La numéro 1 française répond également à cet argument : « Je trouve qu'on s'investit autant que les hommes. Les demandes physiques et l'entraînement qu'on est obligé d'accomplir au quotidien, les investissements sur le plan personnel ou sur le plan mental, sont exactement les mêmes que les leurs. À partir de ce moment-là, je ne vois pas pourquoi, surtout sur un aussi petit nombre de tournois - car on ne parle que de huit événements où l'on est effectivement payées de la même façon que les hommes -, on nous enlèverait ça. Les deux tiers du temps, les hommes sont mieux payés que nous. Ça, ils l'ont déjà."

Alors, faut-il récompenser uniquement les matchs ou bien également toute la partie en amont, l’entrainement et les sacrifices, qui sont pour le coup les mêmes pour les uns et les autres ? Le débat est ouvert.

Des conditions moins agréables sur les tournois

Enfin, pour boucler la boucle, Gilles Simon avance un fait, qui n’a pas grand-chose à voir avec le débat, mais qui l’agace assez pour être signalé. Il explique que certains tournois, tels que ceux de Rome et Madrid, sont devenus mixtes ces dernières années.

Le joueur, qui se défend d’être contre la mixité, se plaint cependant des conditions d’entrainement. Il explique ainsi que depuis l’arrivée des joueuses, logiquement, les hommes ne disposent pas d’autant de terrains d’entrainement qu’auparavant.

Mais la faute ne revient-elle pas plutôt aux organisateurs des tournois qu’aux joueuses ? Une fois de plus, à vous d’en juger.

La WTA monte au créneau

Outrée par ce genre de propos misogynes, Stacey Allaster, directrice de la WTA, n’en revient pas qu’à « notre époque », certaines personnes puissent « encore penser comme ça ». Quant à Alizé Cornet, jeune joueuse française, qui déclare qu’elle peut comprendre l’agacement de certains joueurs, ne se laisse tout de même pas marcher sur les pieds. « Pourquoi pas supprimer carrément les filles si on ne sert à rien ? » a-t-elle balancé.

Un débat à relativiser

Gilles Simon, qui peut paraître un peu bourru dans ses propos, ne l’est tout de même pas autant que Richard Krajicek. Le joueur néerlandais avait déclaré, en 1991, « 80 des 100 premières joueuses mondiales ne sont que des grosses truies » !

Et pour parler concrètement, seuls les tournois du Grand Chelem sont concernés par cette égalité des salaires. Depuis 1973, les joueuses remportent autant que les hommes à l’US Open. Il faudra toutefois attendre jusqu’en 2000 pour que l’Open d’Australie leur accorde le même cachet, et 2007 pour Roland Garros et Wimbledon s’alignent.

Le paradoxe ? Ce sont sur ces tournois majeurs, où les hommes peuvent jouer jusqu’à cinq sets et les femmes seulement trois, que les « prize money » sont à égalité. Lors des autres tournois, où tout le monde joue au meilleur des trois sets, les récompenses sont loin d’être équivalentes pour les tableaux masculin et féminin. Si on suit la logique de Simon, c’est tout le circuit qu’il faudrait réformer… et pas sûr que les plus petits tournois puissent se le permettre.

L'autre fait remarquable est que, malgré la rehausse des primes pour les joueuses, le salaire des joueurs est en constante augmentation. Avant l'égalité des "prize money", en 2005, le vainqueur de Roland Garros, par exemple, gagnait 880 000 euros, quand les joueuses n'avaient "que" 867 000 euros de gain. En 2012, chaque vainqueur a remporté la coquette somme de 1 250 000 euros. Alors, vaut-il vraiment la peine de s'énerver quand tout le monde y gagne?

Par Mathilde Bourge

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5 réactions à cet article

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  1. avatar
    Publiée le 28/06/2012 à 18:00:06- par JanJan

    Pour l'effort physique je ne suis pas d'accord, mais pour ce qui est de l'attractivité et donc des recettes du circuit féminin c'est clair qu'il n'y a pas photo ça intéresse beaucoup moins de monde et ça fait rentrer beaucoup moins d'argent... alors ? Est-ce que les joueurs de foot gagneraient autant s'ils étaient moins suivi ? Est-ce que les footballeuses doivent gagner autant que les footeux ?

  2. avatar
    Publiée le 28/06/2012 à 18:11:31- par Anonyme

    C'est vrai que j'aimerais bien connaître les audiences télé du tennis féminin, mais ça doit pas être énorme...

  3. avatar
    Publiée le 29/06/2012 à 14:29:34- par Anonyme

    Réactions d'Andy Murray:
    "Il y a beaucoup de choses avec lesquelles les gars sont d'accord. Par exemple, à Roland Garros, Sara Errani a atteint la finale en simple et gagné le tournoi en double. Pourquoi ? Parce que les filles ne jouent pas au meilleur des cinq manches. C'est plus facile pour elles de s'aligner à la fois en simple et en double, donc de gagner aussi de l'argent de cette manière. Chez nous, les gars, il y a très peu de chances réalistes de gagner un Grand Chelem en simple et en double. Pour nous, c'est cinq manches dans les deux cas, donc beaucoup moins de garçons vont jouer en double. Il ne s'agit donc pas seulement de salaires égaux, c'est avant tout question de la manière dont les tournois masculins et les tournois féminins diffèrent. Gilles et Stakhovsky ont été élus, tous les deux, au Conseil des Joueurs. Ils ont été francs."

  4. avatar
    Publiée le 29/06/2012 à 14:32:17- par Anonyme

    Et de Maria Sharapova: «Je suis sûre que plus de gens regardent mes matches que les siens.» Pas faux...

  5. avatar
    Publiée le 11/10/2013 à 19:07:17- par JanJan

    Maria a sans doute raison, on regarde ses match pour ses cuisses ou parce qu'elle atteint plus souvent les finales et demis en grand chelem. Williams on se jette pas sur ces finales.
    La presidente de la WTA a parlé de match en 3 gagnant pour les femmes, donc finalement on commence à comprendre ce que Simon a voulu dire.
    Murray a très bien dit : Williams peut jouer les simples et les doubles et à la fin elle gagne exactement ce qu'un homme aurait gagné, sauf qu'il y a moitié moins de spectateur, notamment à la tv ou les finales dame sont plus rapide et donc moins de pub moins de gains. Un homme ne peut pas physiquement faire ça avec des match en 3 gagnant, même si en double (sauf wimbledon) les matchs sont en 2 gagnant.