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Arnaque: le "Rip deal" ou la chasse aux devises.

Dans Conso > Maison

Publié le : 26 juillet 2005
Dernière mise à jour : 07 mai 2009
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Dans les zones frontalières, des escrocs recrutent leurs victimes par les petites annonces. Ils promettent d'acheter leur bien à vendre au prix fort, en contrepartie d'un blanchiment d'argent.
Attention : transactions pourries!

Je me suis fait rouler par des escrocs internationaux de haut vol, je suis..., je suis..., je suis... je suis Julien Lepers ! " L'animateur du jeu télévisé «Questions pour un champion » s'est fait prendre au piège en 2004 par l'une des équipes qui sévissent entre Paris, Genève et Turin. Selon l'information révélée par la Tribune de Genève, l'animateur, vendeur d'un bien, aurait accepté un échange de devises sans se douter qu'il était victime d'une arnaque bien huilée.

Le rip deal, de l'anglais « to rip » arracher et « deal » transaction, est une escroquerie qui repose sur une opération de change frauduleuse. La victime, elle, est toujours choisie pour sa capacité à recueillir rapidement une forte somme d'argent en espèces.

  1. Le mode opératoire

    Etape 1 : le pigeon est ferré par une opération de change alléchante.

    Arnaque de grande envergure, le rip deal se joue selon une mise en scène bien orchestrée. Les escrocs contactent des vendeurs de biens de très forte valeur (immeubles, bijoux, diamants…) par le biais de petites annonces. Un soi-disant expert se déplace et se montre très intéressé, sans jamais discuter le prix. Les escrocs appâtent ensuite la victime dans le cadre luxueux d'un grand hôtel. Ils lui proposent des conditions très avantageuses pour réaliser la transaction, promettant un achat au-dessus du prix du marché. Mais ils exigent, au préalable, un " arrangement ", en marge de la future vente. Prétendant ne disposer que de francs suisses provenant de revenus non déclarés, ils demandent un " service " au vendeur : celui-ci doit accepter, lors de cette première rencontre, d'échanger ses euros contre des francs suisses. Bref, de blanchir l'argent sale. Pour une opération de change portant sur 30 000 FS, le gain pouvant atteindre 30 % pour le vendeur-victime ! Pour ce coup d'essai, les escrocs n'hésitent pas à utiliser des coupures authentiques. Consciente de l'interdit, mais tentée par la perspective de gain facile, la victime accepte le deal.

    Etape 2 : le vol

    Plus tard, les escrocs invitent la victime à prendre part à une nouvelle opération de change, impliquant cette fois des sommes d'argent beaucoup plus élevées. La victime est mise en confiance par la " bonne affaire " réalisée lors du premier rendez-vous, et espère toujours vendre son bien au prix fort. Elle se présente donc au second rendez-vous avec une mallette contenant la somme convenue. C'est là que le vol a lieu.

    Premier cas : l'échange des deux mallettes ne permet pas à la victime de vérifier avec attention le contenu de la valise des escrocs : échange trop rapide, prétextes tels la confiance des partie, dispositif policier supposé… La victime hérite au pire, de faux billets, au mieux de quelques vraies coupures masquant les liasses de fausse monnaie.

    Deuxième cas : la mallette de la victime est tout simplement arrachée sans aucun échange. Dans plusieurs affaires, les escrocs se seraient montrés très violents.

  2. Qui sont les escrocs?

    Les polices d'Europe sont sur les dents. Une note confidentielle transmise à Interpol révèle une augmentation des rip deals, tout particulièrement dans les régions frontalières. Les enquêtes ont conduit les policiers sur la piste de vastes réseaux de criminalité organisée en provenance de Roumanie et d'ex-Yougoslavie. Ils utilisent souvent des noms à consonance juive, italienne ou arabe, et des titres académiques (Dr Morgenstern, Dr Granello...). Parfois, les escrocs se font passer pour des cheikhs arabes. L'arnaque peut porter sur des sommes dépassant les 100 000 FS. Pour démanteler ces réseaux, les policiers se heurtent au silence des victimes qui ont conscience du caractère frauduleux de l'échange qu'elles ont accepté. Des courtiers en bijoux et des diamantaires, notamment, comptent parmi les victimes.

  3. Les victimes commencent à parler

    Piégé aussi, cet habitant d'Annecy, s'est retrouvé l'année dernière dans l'un des salons de l'Hôtel Noga Hilton, à Genève, en compagnie d'un escroc qui n'en avait pas l'air. Costume rayé, attaché-case, celui-ci n'a aucun mal à se faire passer pour un homme d'affaires. D'autant plus crédible que le pseudo financier international dispose d'un point de chute: une société de prestation de service, installée dans le canton de Vaud qui assure son secrétariat. Sûre d'avoir affaire à un vrai businessman, la victime se rend à Turin, en dissimulant 80 000 € sous sa veste, dans l'espoir de réaliser, après l'opération de blanchiment, la vente de trois appartements. Trop tard, le piège s'est refermé. Des complices, arrivés en voiture au lieu de rendez-vous, lui arrachent l'enveloppe des mains et partent en trombe. Chose rare, le pigeon a déposé plainte.

    La multiplication des affaires de rip deal et leur médiatisation poussent les victimes à parler. Mais ce n'est pas simple car ces dernières n'ignorent rien de leur faute. Cependant, la sévérité de la justice devrait les aider: en janvier 2005, la cour d'assises du Puy-de-Dôme, a condamné un trafiquant de drogue français, spécialiste du rip deal aux dépens de trafiquants de drogue néerlandais, à 30 ans de réclusion criminelle. 

     

    Témoignage : Piégés comme des gogos

    " On s'est fait piéger comme des gogos ", témoigne Janine, dans les colonnes de La Tribune de Genève. Avec son mari, elle a perdu 10 000 €, en tombant dans les griffes d'un escroc professionnel. " Il nous a mis en confiance. Son histoire tenait debout. On a accepté de le rencontrer en Italie. Là, les choses se sont gâtées. On aurait dû se méfier parce qu'il insistait pour échanger des francs suisses contre des euros. Je me suis bien dit que c'était étrange de devoir débourser de l'argent pour vendre un bien. En Italie, on nous a mis sous pression. Notre interlocuteur nous a laissé mijoter plusieurs heures au volant de notre voiture dans les rues de Turin au milieu des embouteillages. C'était très stressant. Il nous parlait de la police, qu'il ne fallait pas se faire pincer. En fait, tout cela faisait partie du scénario pour nous mener à ne pas vérifier l'authenticité des billets au moment de la transaction... "