Atteinte de la maladie d’Urbach-Wiethe, elle ne connaît pas la peur

Une Américaine de 46 ans ne ressentirait pas la peur. Ce phénomène serait l’un des symptômes de sa maladie, Urbach-Wiethe, une pathologie rarissime. Des chercheurs se sont penchés sur son cas.

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Les scientifiques ont réussi à effrayer la patiente en lui faisant respirer un gaz à base de CO2 - Image d'illustration - Crédit photo - Oleg Gekman ©Fotolia

S. M. vit dans un quartier chaud des États-Unis mais ne ressent aucune inquiétude. Cette Américaine de 46 ans n’a jamais peur. À l’origine de cette absence d’instinct de survie : une maladie nommée « Urbach-Wiethe ». Une pathologie qui attise la curiosité du monde scientifique. Les résultats d’une première étude sur le sujet ont été publiés le 3 février par la revue Nature.

Une calcification au niveau des amygdales empêcherait de ressentir la peur

La maladie se manifesterait par des symptômes dermatologiques ainsi qu’une calcification dans le cerveau et plus précisément au niveau de l’amygdale. Or, cette dernière partie du corps humain est une zone d’alerte pour le reste de l’organisme. Saturée en calcium, l’amygdale de S. M. ne fonctionne plus correctement et ne l’avertit pas des potentiels dangers qui l’entourent. Elle se serait déjà fait agresser plusieurs fois dans son quartier, sans jamais se sentir inquiétée. Un soir, un homme l’a menacée, couteau sous la gorge. Toujours rien. L’agresseur avait finalement passé son chemin.

Les scientifiques ont réussi à effrayer la patiente en lui faisant respirer du CO2

Urbach-Wiethe est une curieuse maladie. Des scientifiques ont tenté de mieux la comprendre en essayant d’effrayer la patiente, notamment en lui présentant des animaux dangereux. En vain. Ils parviennent finalement à atteindre leur objectif en lui faisant respirer un mélange gazeux composé de CO2. En quelques secondes, S. M. a changé d’expression, a commencé à avoir chaud, à haleter… et à paniquer, tentant d’enlever son masque.

En se basant sur les résultats de leur étude, les chercheurs estiment que la peur peut se manifester selon différents processus. L’un serait lié aux stimuli externes (5 sens), l’autre aux stimuli biologiques internes, tels que le taux de CO2 présent dans l’organisme.

Une petite avancée pour cette équipe de chercheurs, un grand pas pour S. M., qui n’avait plus ressenti de telles sensations depuis son enfance, époque où la maladie ne s’était pas encore pleinement développée.

Damien Rigat