A vouloir être près, trop près du peuple, Nicolas Sarkozy prend de grands et gros risques.

Il expose sa fonction de Président de la République au premier malotru venu, avec des risques qu'aujourd'hui aucun service d'ordre ne peut maîtriser ou prévoir.

Lors de son déplacement éclair en Bretagne face aux marins pêcheurs en grève, il a reçu en pleine face la pire insulte qu'un homme d'Etat ait entendue.

Du haut d'un balcon, un malabar mal embouché a craché au Président de la République ce que seul un maquereau peut oser dire à celle qui se prostitue pour lui.

Nicolas Sarkozy teigneux et belliqueux comme on le connaît, bravache aussi, car l'incident aurait pu prendre des proportions dramatiques, levant les yeux au balcon lui a répondu : "C'est toi là-haut qui a dit ça ? Descends un peu et répète le moi en face pour voir."

Seul Canal + a diffusé intégralement cette séquence qui aurait pu tourner au désastre, si le provocateur avait mis sa menace à exécution.

Jamais un Chef de l'Etat, à l'exception de crachats essuyés et de jets de tomates, n'a été si près d'une bagarre de rue avec les conséquences médiatiques qu'on peut imaginer.

Il faut protéger Nicolas Sarkozy de lui-même.

Mais en décidant d'établir des rapports de plus en plus étroits avec la population, en faisant du tutoiement avec les individus une approche de proximité, il se met, comme face aux marins pêcheurs, en posture d'être traité comme le plus malotru d'entre eux.

Et cela n'est pas bon pour l'image de la France et affaiblit l'autorité du chef de l'Etat.

A trop vouloir prendre à bras le corps tous les problèmes qui appellent une solution, Nicolas Sarkozy entame son prestige.

Il a besoin de déléguer, de laisser son Premier ministre, qui se plaint mezzo voce "de ne pas pouvoir se rendre sur le terrain plus souvent", aller prendre les coups à sa place.

Après tout, n'est-ce pas le rôle principal du chef du gouvernement de servir de fusible ?

A vouloir être partout, à vouloir être avec le peuple, à vouloir lui dire "tu" et souhaiter qu'on le tutoie en retour, il ôte à la fonction présidentielle une hauteur, une distance dont les citoyens ont besoin et qu'ils appréciaient sous de Gaulle, Pompidou, Mitterrand et Chirac.

Trop vif-argent, trop bondissant, trop instinctif aussi, Nicolas Sarkozy doit se protéger face à des énergumènes prêts à tout pour se faire remarquer, à une époque où grâce ou à cause d'Internet et des télés, le dernier des abrutis peut devenir célèbre en quelques minutes !