L'état de grâce est, semble-t-il, passé pour Nicolas Sarkozy.

Voici venu le temps de la réalité, du concret, et de ces élections municipales qui se profilent à l’horizon.

C’est au pied du mur qu’on attend le maçon, a-t-on coutume de dire.

Quoi qu’on dise, qu’on pense, malgré les paillettes et les flonflons, Sarkozy n’a pas trop démérité jusqu’ici.

Certaines lignes ont bougé, les syndicats eux-mêmes se montrent plus attentifs, moins fermés que naguère, aux réformes.

Les Français eux-mêmes, notamment au sein de l’électorat de gauche, ont évolué, les 35 heures ne leur paraissent plus "intouchables", ils sont moins idéologues, plus ouverts vers le centre, qu’ils ne l’étaient.

Bref, un léger vent souffle sur la France.

Mais c’est maintenant que les choses sérieuses vont commencer à se mettre en place ou à se déglinguer avec les propositions de la Commission Attali.

Une Commission iconoclaste parce qu’elle a balayé les idées reçues et qu’elle indique de manière claire la route à suivre pour sortir la France de l’impasse dans laquelle elle est empêtrée depuis des décennies.

Il est remarquable que chacun des membres de cette Commission ait déposé sa pensée unique au vestiaire, ce qui a permis, pour une fois, d’avoir entre les mains, un rapport qui ne doive rien à la langue de bois, ni à la confusion des idées.

Reste au chef d'orchestre, au Président de la République en l'occurrence, à la mettre en musique.

316 propositions… il y a de quoi tourner la tête des syndicats, même si toutes ne sont pas d’égale importance.

Mais un mot clé domine ce rapport, c’est liberté, plus que libéralisme, ce gros mot qui effrayait autant sous Mitterrand que sous Chirac.

Il est vrai que depuis l’eau a coulé sous les ponts, et qu’en l’espace d’une campagne électorale, on a changé d’époque.

C’est maintenant qu’on va comprendre pourquoi Sarkozy a pratiqué l’ouverture à marche forcée, faisant grincer des dents à gauche, et hurler dans son camp.

Comment aurait-il pu mettre en chantier le grand chambardement qui se prépare, si une grande partie de la gauche n’avait été impliquée dans le projet.

Aurait-il pu seulement l’imaginer, s’il n’en avait confié l’élaboration à un homme estampillé de gauche comme l’est Jacques Attali ?

Il faut reconnaître à Nicolas Sarkozy que tel un maître du jeu d’échecs, il avait "un coup d’avance" ce qui lui a permis de désosser le Parti Socialiste, de s’emparer de quelques-unes de ses propositions, et de lui couper le sifflet au moment de l’annonce du plan.

Car on l’a vu, sinon entendu, le PS est resté muet comme deux ronds de flancs oubliés dans le fraiseur !

Alors, bien entendu, il y aura quelques criailleries, mais qui ne changeront rien, ce sera pour la forme.

La France est sur la voie de sa grande mutation.

S’il réussit, alors on pourra dire que Nicolas Sarkozy, plus qu’un Président de "rupture" aura été un grand Président.