Carnet de santé sexiste : où est le problème ?

Les Bouches-du-Rhône ont l’habitude de rééditer chaque année les carnets de santé distribués dans le département. Mais cette année l’illustration ne fait pas l’unanimité, taxée de sexiste.

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Dévoilé début avril, ce cliché fait parler.

L’idée est toute faite et beaucoup trop longtemps établie que l’homme est grand, beau et fort et que la femme n’a que pour seule préoccupation son tour de taille. Voilà en quelques mots tout ce que renvoie une « simple image ». Une image choisie par le Conseil Général des Bouches-du-Rhône. Chaque année le département réédite ses carnets de santé, environ 33 000 unités. Mais à peine dévoilé, le visuel de la nouvelle couverture interpelle, choque. Sur les réseaux sociaux, la polémique enfle.

Une polémique féministe ?

Quel est le problème ? La photographie de la couverture sur laquelle on voit une petite fille inquiète pour son tour de taille quand le garçon se réjouit de (bien) grandir, est jugée sexiste. Dévoilé début avril, ce cliché fait parler. Les associations féministes réagissent et dénoncent un sexisme ordinaire. Elles demandent le retrait immédiat de cette image dans une pétition sur le site Change.org. qui recueille pas moins de mille signatures en quelques jours. Le Conseil Général des Bouches-du-Rhône en la personne de Martine Vassal fait savoir dans un communiqué publié lundi 20 avril que les carnets de santé seront retirés : « Le visuel choisi pour illustrer la dernière édition et validé par le précédent exécutif apparait inapproprié au regard des enjeux de santé publique, notamment liés à la lutte contre l’anorexie pour les jeunes filles », estime l’élue. Les 33 000 carnets, qui auront coûté 33 000 euros seront retirés puis réédités. Pour un coût total de 66 000 euros.

Le problème c’est le rôle des services publics

Quand les associations dénoncent le fait que le Conseil général des Bouches-du-Rhône « semble attendre des femmes qu’elles se conforment à l’injonction d’être mince et de surveiller sa ligne », Michel Amiel, ancien vice-président du Département et délégué à la protection infantile estime qu’« il n’y a pas de quoi faire une polémique ». « On tombe dans un système où tout est polémique aujourd’hui. Le périmètre abdominal c’est une mesure actuellement prédictive des risques de surcharge pondérale, en cela il n’y a rien de péjoratif ». Pour l’ancien élu, c’est « l’élan hyper féministe » qui voit dans le fait que ce soit la petite fille qui mesure sa taille « une espèce de discrimination ».

Le problème donc est que la société est « suffisamment sexiste » sans que les services publics en rajoutent, la question va bien au-delà du simple débat féministe et sexiste. « Ce visuel met en danger la santé des enfants », rappelle Claire Ricciardi, directrice adjointe du planning familial. Que dire du petit garçon qui ne grandirait pas, qui ne serait pas dans la moyenne du « grand » ? Il se sentirait mal, lui aussi. Le problème c’est que personne n’ai vu tout ce que pouvait impliquer et renvoyer une simple image.

Laurie Ferrère