Cité maya : sa découverte mise en doute

William Gadoury, un Québécois de 15 ans, aurait trouvé une cité maya grâce à l’étude des étoiles. Pourtant, plusieurs experts mettent en doute sa découverte.

0
1418
Cité maya : sa découverte laisse sceptique ©Shutterstock

La découverte est-elle trop belle pour être vraie ? En début de semaine, nous avions relayé l’information du Journal de Montréal selon laquelle un adolescent québécois de 15 ans, William Gadoury, aurait trouvé une cité maya inconnue grâce l’étude des constellations. Pour la trouver, le jeune homme s’est basé sur une théorie selon laquelle les Mayas choisissaient l’emplacement des villes par rapport aux étoiles. Après avoir observé 22 constellations mayas, William Gadoury s’est aperçu que s’il les reliait sur une carte, la forme de chacune d’entre elles correspondait à l’emplacement de 117 cités mayas. L’adolescent s’est alors penché sur une 23e famille d’étoiles. Cette constellation qui comprenait trois étoiles ne correspondait qu’à deux cités. Il en a donc déduit l’emplacement d’une nouvelle cité située dans la région du Yucatan, au Mexique.

« Tout est faux. Tout »

L’histoire de ce petit génie semble extraordinaire. Mais voilà, cette dernière semble s’écrouler comme un château de cartes. La découverte, pourtant saluée par l’Agence spatiale canadienne, la Nasa et l’agence spatiale japonaise, est aujourd’hui mise en doute par plusieurs experts.

« Cette histoire commence à nous fatiguer ! Tout est faux. Tout », s’indigne Eric Taladoire, professeur d’archéologie pré-colombienne et spécialiste des civilisations mayas, interrogé par Le Figaro. « Quand un prétendu archéologue ne connaît ni la chronologie, ni les frontières, ni le pays, on peut émettre un doute. William Gadoury compare des cités qui ont 600 ans d’écart ! », poursuit-il. Et ajoute : « Nous travaillons depuis 20 ans dans cette région, une équipe de chercheurs slovènes a ratissé toute cette jungle, et on aurait rien trouvé ? On a été jusqu’à 80 ouvriers sur place ! On nous parle de lieux inaccessibles et reculés, or il y a des routes et des habitants sur ces lieux. Les gens qui ont publié cette découverte n’ont pas regardé cette carte ! Avec les données satellites qui circulent pour décrire le lieu de cette « cité inconnue », sur Google earth, on peut voir une petite maison et un hamac, et ce qu’on pourrait décrire comme une pyramide serait en fait une plantation de cannabis ! ».

Même son de cloche du côté de Marie-Charlotte Arnauld, directrice de recherche au CNRS. Interrogée par Arrêt sur images, elle qualifie même cette histoire « d’aberration ». « Les constellations sont des constructions culturelles, les nôtres nous viennent des Grecs. Inutiles de perdre son temps à essayer de situer son nouveau site, car de toute façon, son hypothèse de départ est fausse ».

Le problème de la carte

Ce qui pose problème, c’est aussi l’article initial qui comporte beaucoup d’incohérences. La carte localisant la cité maya change étrangement. En constatant le buzz autour de cette découverte, Eric Taladoire a contacté les auteurs. « Quand on a signalé que la carte était fausse, elle a disparu et été remplacée par une autre carte, le site maya s’était soudainement déplacé de 200 ou 300 kilomètres… On passe du Bélize au Mexique », ironise-t-il. Interrogé par le site 20minutes, Dominique Michelet, archéologue spécialiste de la civilisation maya, pointe lui aussi cette incohérence. « La carte qui est fournie sur le site qui a diffusé le premier l’information semble situer le lieu en question au Belize, dans un secteur où, il est vrai, la carte du monde maya antique ne comprend pas grand-chose » explique-t-il. « Mais le Belize est petit, c’est moins étendu que la Bretagne, et le nombre d’archéologues au kilomètre carré – des étrangers surtout – y est très élevé depuis des décennies. Je serais donc très étonné qu’un site majeur existe dans ce pays qui n’ait pas été signalé par quelqu’un d’autre… Ensuite une autre carte est sortie qui situe le site au sud-est de Calakmul au Mexique, une région également bien connue. On est en plein n’importe quoi. »

Vérifier sur le terrain

Les experts sont plus que septiques mais veulent bien accorder une chance au jeune québécois. « La méthode doit faire l’objet d’une vérification au sol, mais l’hypothèse mérite d’être vérifiée », nuance Eric Taladoire à 20minutes. Le Journal de Montréal ajoute, lui, que « les scientifiques qui ont eu accès au travail de l’adolescent affirment qu’il s’agit d’une recherche scientifique rigoureuse et que seule une visite sur le terrain peut confirmer ou infirmer son hypothèse. »

Cette cité maya, baptisée par William Gadoury K’ÀAK’ CHI’, « Bouche de feu » en français, existe-elle vraiment ? Affaire à suivre, donc.

Lire aussi : Une étoile mystérieuse découverte dans notre galaxie

Justine Dupuy