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Comment la Grande Boucle dope ses comptes

Dans Loisirs > Sports

Publié le : 20 juillet 2010
Olivier Annichini
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Seul spectacle sportif gratuit, le Tour de France génère néanmoins un chiffre d'affaires juteux. Comment ses organisateurs bouclent-ils la course?

Contrairement à Roland-Garros, tournoi géré par la Fédération Française de Tennis, le Tour de France n'est pas organisé par la Fédération Française de Cyclisme, mais par un groupe privé, ASO (Amaury Sport Organisation) qui possède également, dans son portefeuille événementiel, Paris-Roubaix, Paris-Nice, le Tour d'Espagne, le Paris-Dakar, le Marathon de Paris…
Or ASO est une filiale du groupe Amaury, qui édite le quotidien sportif L'Équipe.
Tout sauf un hasard.

En 1903, c'est le journal L'Auto qui crée le Tour de France
pour augmenter son tirage. Et, en 1945, L'Auto est devenu L'Équipe, quotidien
tombé depuis dans le giron du groupe Amaury…
Cela soulève une question: les journalistes de L'Équipe peuvent-ils ouvertement critiquer une compétition organisée par le propriétaire du journal?

Ils ont ainsi attendu que Lance Armstrong, 7 fois vainqueur de l'épreuve, se retire du peloton en août 2005 pour révéler qu'il s'était dopé en…1999! Mais manque de bol, Armstrong a fait son come-back en 2009, ce qui oblige L'Équipe à le traiter avec ménagement et respect, car pour le groupe Amaury, il n'est pas question de tuer la poule aux oeufs d'or. Le Tour génère en effet un chiffre d'affaires de 100 millions d'euros, avec un bénéfice estimé à 25 millions!


Faire partie de la caravane...ça se paye!

Malgré les affaires de dopage, le Tour est toujours populaire, ce qui motive les annonceurs qui, au total, versent près de 50 millions d'euros! Pour les attirer, ASO propose une large gamme de prix. Avec un ticket d'entrée à 5 millions, on trouve les 4 membres du sélect «club Tour de France»: le Crédit lyonnais sponsorise le maillot jaune; Vittel est la boisson officielle des coureurs; Carrefour parraine le grand prix de la montagne; et Skoda fournit les voitures de l'organisation et de l'assistance.

Ensuite il y a, pour des sommes allant de 500.000 à 2 millions d'euros, une vingtaine de partenaires et de fournisseurs officiels.

Enfin, pour 40.000 euros, on peut prendre place dans la légendaire caravane publicitaire qui fête cette année ses 80 ans. Selon une étude, 40% des spectateurs viennent uniquement pour elle! C'est un défilé de 160 voitures qui dure 45 minutes avec distribution gratuite de casquettes, gadgets, bonbons, rondelles de saucisson et autres friandises. La caravane est à ce point populaire que le ministère de l'Intérieur y aligne 10 véhicules pour faire la promotion des métiers de la sécurité! On y trouve même un car-commissariat mobile… de quoi faire peur aux coureurs qui auraient l'intention de tricher.

France Télévisions ne regarde pas à la dépense

Troisième événement sportif au monde (après les jeux Olympiques et la Coupe du monde de football), diffusé dans 186 pays, le Tour génère, en droits télévisuels, une recette de 45 millions d'euros, dont la moitié grâce à France Télévisions. Chaque année, le service public verse en effet 23 millions d'euros…

De plus, l'armée composée de 300 techniciens et journalistes qui animent  l'avant-course, la course et l'après-course, nécessite un budget de 5 millions d'euros. Or, dans le même temps, les spots publicitaires et autres parrainages rapportent environ 8 millions. D'où une perte sèche de 20 millions d'euros…

Daniel Bilalian, directeur des sports de France Télévisions, estime pourtant que le Tour vaut le coup: «Nous ne sommes pas perdants. En dépit d'une certaine érosion, le Tour reste une excellente affaire. Nous sommes la dernière chaîne à diffuser gratuitement du vélo. Quand on voit le nombre de télés qui voudraient le contrat… »

En réalité, ni TF1 ni Canal+ ne lorgnent sur le bébé, certes prestigieux, mais trop onéreux et pas rentable pour un sou. Daniel Bilalian est donc plus crédible
quand il affirme que le Tour est un monument historique qui n'a pas de prix : «Le service public a une vocation supplémentaire à le retransmettre parce qu'il fait partie du patrimoine».

Sous les yeux du téléspectateur, les étapes se tournent effectivement comme les pages d'un merveilleux manuel d'histoire et de géographie

Accueillir le Tour, c'est pas donné...

Chaque année, 250 villes envoient leur candidature pour accueillir une étape du Tour de France. Quels sont les critères de sélection?
Cela dépend bien évidemment du parcours retenu par les organisateurs.
Christophe Marchadier, responsable presse chez ASO, nous explique qu'il y a cependant une volonté de faire plaisir à tout le monde : «Bien évidemment, il y a des chanceux, dont la ville est stratégique. Ainsi, pour entrer ou sortir des Pyrénées, Pau est incontournable. Mais sur trois ans, on essaie de visiter toutes les régions de France»

Une fois désignée, la ville doit payer sa dîme à l'organisateur, car accueillir le Tour n'est pas vraiment donné. Pour un départ, comptez environ 50.000 euros
et pour une arrivée, 100.000 euros. Ce qui fait que chacune des 20 étapes rapporte 150.000 euros à ASO…

Pour les villes, la douloureuse réserve d'autres surprises, comme nous l'explique un responsable de la mairie de Gap: «Pour accueillir le Tour le 14 juillet à Gap, la municipalité a versé 106.000 euros à ASO. Mais il y a des frais supplémentaires : nous devons aménager et sécuriser les ronds-points, installer des barrières, mobiliser la police municipale…Au total, pour nous, l'addition s'élève à 220.000 euros».

Reste le prix du gros morceau… Combien paie la ville d'où est donné le grand départ du Tour de France?
Sur ce sujet-là, chez ASO, on préfère jouer la carte de la confidentialité: «Ça, on ne le communique pas. Mais bien évidemment, ce sont des chiffres complètement différents».

D'après nos informations, pour décrocher le grand départ, le ticket se négocierait aujourd'hui autour de 2 millions d'euros, et à ce tarif, en France, les villes candidates ne se bousculent pas au portillon… C'est pourquoi le Tour de France, pour des raisons purement commerciales, n'hésite pas à s'exiler pour prendre son départ. En 2002, il est parti du Luxembourg ; en 2004, de Liège ; en 2007, de Londres ; en 2009, de Monaco. Et cette année, le prologue se déroule à Rotterdam. La ville portuaire néerlandaise s'est mise en frais pour accueillir l'événement: au total, y compris le droit d'entrée, elle a prévu un budget de 12 millions d'euros!

 

  • Questions d'argent...

45 millions d'euros de droits TV + 5 millions d'euros de contribution des villes-étapes + 50 millions de sponsoring et de caravanes = 100 millions d'euros de recettes!!! Et 25 millions d'euros de bénéfices estimés!

En 2010, le maillot jaune à Paris remportera l'épreuve et…450.000 euros!
Total des prix attribués aux coureurs: 3,2 millions d'euros.

En 2009, Astana (l'équipe gagnante) avait récolté 700.000 euros!