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Troc de services

« Échange bricolage contre cours de guitare » : comment ça marche ?

Le 03/06/2013 à 07:45:30
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Crise du logement, crise de l’emploi, crise économique, on nous le serine assez : « C’est la crise ! » Du coup, nous cherchons des solutions pour réaliser des économies mais aussi recréer des liens sociaux, bons pour le moral, dans une société où l’anonymat domine. Une des solutions se nomme accorderie. Mode d’emploi.

L’accorderie est un système de solidarité et d’échange de services gratuits de toutes sortes (repassage, bricolage, coupe de cheveux, massage shiatsu, initiation à la guitare…) entre les habitants d’un même quartier. Chacun utilisant ses compétences, son savoir-faire. Pas d’histoire d’argent entre eux, mais de temps. Une heure de service rendu, quel que soit sa nature, c’est une heure de temps créditée sur son compte, qui lui permet de recevoir en échange un service quel qu’il soit d’un autre particulier.

L'échange de services : un concept solidaire canadien

C’est chez nos cousins francophones, au Québec, à la fin des années 1990, que naît le concept de l’accorderie. Deux organismes, la Caisse d’économie solidaire Desjardins et la Fondation Saint-Roch, désiraient mettre en place des services solidaires pour répondre aux besoins des personnes en situation de pauvreté ou d’exclusion sociale.

À l’automne 2001, le projet Initiative de développement solidaire (IDÉS) est sur les rails. Il repose sur la combinaison de trois systèmes : l’échange de services, le crédit solidaire et l’achat regroupé. Son pari, rassembler des personnes qui souhaitent améliorer leurs conditions de vie en échangeant des services sur la base de leurs savoir-faire. Il faudra attendre l’année suivante pour que l’accorderie de Québec voie le jour. Et c’est un franc succès ! En deux ans, elle compte 100 accordeurs, un chiffre qui ne cesse de croître les années suivantes. « Aujourd’hui, le réseau compte 2 000 adhérents et propose plus de 700 services différents ! », se satisfait Garry Lavoie, président du Réseau Accorderie Québec.

L'échange de services : une arrivée récente en France

Mais comment ce concept né outre-Atlantique est-il arrivé dans l’Hexagone ? C’est le président de la Fondation du groupe Macif, Alain Philippe, qui l’a découvert. La fondation a signé une convention de partenariat exclusive avec le Réseau Accorderie Québec pour une implantation progressive du concept en France. C’est ainsi qu’avec le soutien de la mairie de Paris et de la Régie de quartier du 19e arrondissement, en décembre 2011, la première accorderie de France a ouvert ses portes dans le 19e arrondissement de Paris. Aujourd’hui, notre territoire en compte cinq : trois à Paris, une à Chambéry et une à Die.

L'accorderie, mode d’emploi

Concrètement, comment ça marche ? Chaque accorderie regroupe des personnes d’un même quartier/ville*, les accordeurs, qui mettent gratuitement leurs compétences et talents à disposition d’autres accordeurs. Petits travaux de bricolage, jardinage, aide au déménagement, cours de cuisine… via l’espace membre du site de l’accorderie, ils ont accès aux offres de services et aux coordonnées de chacun des membres.

Sophie a besoin d’aide pour déménager. Elle regarde la liste des offres : « Gros bras pour déménagement, tél. : / mail », voilà ce qu’il lui faut. Charge à elle de contacter directement la personne et de convenir des modalités pratiques. Un coup de main qui lui fait économiser le coût de l’intervention de professionnels. Et pour ceux qui n’ont pas d’accès au Web, chaque accorderie dispose de locaux où les annonces sont affichées.

Pour devenir accordeur, il faut être majeur, habiter dans le quartier/ ville*, et bien sûr avoir un service à proposer. Ce qui fait la richesse d’une accorderie, c’est que ses participants représentent tous les milieux sociaux : des étudiants, des salariés, des retraités, des personnes à l’aise économiquement. Rappelons qu’un des buts de l’accorderie, c’est de créer du lien social. Après vous être inscrit, gratuitement, votre compte est créé sur www.accorderie.fr et c’est à vous de jouer !

Des accorderies organisent des activités de groupe dans leurs locaux. Dans celle du 19e arrondissement, des accordeurs proposent de l’initiation au dessin, des cours de magie ou des ateliers de conversation en anglais, à plusieurs personnes en même temps.

Aucune contrepartie financière

Dans les accorderies, la monnaie légale n’est pas l’euro mais le temps. Du coup, les services rendus sont facturés en temps. Les accordeurs disposent d’un carnet qui se présente sous la forme d’un chéquier bancaire classique. La personne, qui a reçu le service, remplit un chèque. Elle y inscrit le nom de l’accordeur, le type de service rendu et le temps donné. Le temps en dessous d’une demi-heure n’est pas comptabilisé, c’est-à-dire que si vous êtes resté 1 h 15, vous facturerez 1 h. Il ne reste plus à l’accordeur qui est intervenu qu’à déposer le chèque à l’accorderie qui créditera son compte temps. Un compte où sont consignées les heures données et reçues.

Il n’y a pas de service qui soit évalué plus qu’un autre. Une heure de service rendu vaut une heure de service reçu, quelle que soit sa nature ou sa complexité. L’aide-ménagère est estimée de la même manière qu’un dépannage informatique, une correction de texte, des soins esthétiques ou des conseils en décoration.

Solidarité, échange, mixité sociale et lutte contre la pauvreté

Au-delà de son aspect utilitaire, le système est porteur de sens social. L’accorderie favorise la mixité sociale. De l’ouvrier au cadre, elle met en relation des personnes qui ne se seraient sans doute jamais rencontrées dans la vie quotidienne. Dans un contexte socio-économique difficile, l’accorderie joue également un rôle auprès des ménages fragilisés par la crise. En offrant un accès gratuit à certains services, comme une coupe de cheveux par exemple, elle leur permet de libérer du pouvoir d’achat pour d’autres dépenses plus prioritaires. Le concept commence à se développer en France et semble avoir de beaux jours devant lui, à l’instar de son aîné canadien. D’autres sont en projet à Bordeaux, Montpellier et Grenoble… Patience !

* Pour s’inscrire à l’accorderie des 19e et 14e arrondissements de Paris, il faut habiter ces arrondissements. Celle du Grand Belleville accueille les habitants des 20e, 10e et 11e arrondissements. Celle de Die est ouverte à tous les habitants de la ville de Die et des villages environnants du pays de Diois. L’accorderie de Chambéry est ouverte à tous les habitants de la ville.

Par Katy Le Moël

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1 réaction à cet article

Par anonyme | Me connecter




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  1. avatar
    Publiée le 24/08/2013 à 17:15:06- par Anonyme

    il y a de plus en plus de site sur ce concept. Le top à mon sens: http://www.yakasaider.fr

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