Crise Air France : que se passe-t-il exactement ?

Air France traverse une zone de turbulences sans précédent. Lundi 5 octobre le conflit a brutalement dégénéré avec l’agression du directeur des ressources humaines Xavier Broseta. Pourquoi ? Quelle sont les raisons de cette crise ? Explications.

0
1675
Crise Air France : que se passe-t-il exactement ? ©Joe Ravi / Shutterstock.com

Depuis quelques années, Air France traverse une crise profonde. Sérieusement concurrencée par les compagnies low-cost sur les vols court et moyen-courriers, le fleuron de notre aviation doit également faire face aux compagnies asiatiques et surtout du Golfe sur les longs-courriers, dont Qatar et Emirats Airways. Alors que le marché est en pleine expansion, Air France perd pourtant des parts. D’après Le Monde, la compagnie a perdu l’année dernière 129 millions d’euros. Si elle va toutefois pouvoir faire, pour la première fois depuis 2008, quelques bénéfices en 2015, elle est cependant toujours endettée de 4,5 milliards d’euros.

Des plans successifs

Ainsi, pour tenter de relever le bec de l’eau et faire face à cette concurrence sévère, Air France a cherché tout d’abord à s’adapter à travers un plan de restructuration baptisé « Transform 2015 ». Celui-ci prévoyait entre 2011 et 2014, « 20% d’efficacité économique supplémentaire, à travers 2 milliards d’euros d’économies », rapporte toujours Le Monde. Mais toutes les catégories de personnel n’ont pas atteint cet objectif, dont les pilotes. La direction d’Air France leur reproche en effet de ne pas avoir respecté leurs engagements pris lors du plan « Transform 2015 », alors que les autres catégories de personnel (sol et cabines) ont joué le jeu et ont atteint les 20% demandés.

À peine terminé, un nouveau plan de productivité baptisé « Perform 2020 » était annoncé pour réaliser 10% d’économie. Il prévoyait notamment de demander au personnel navigant de voler une centaine d’heures de plus par an, à rémunération constante. La direction leur demandait un nouveau gain de productivité de 17%. Manuel Valls avait d’ailleurs soutenu cette mesure le jeudi 1er octobre : « Tout le monde doit faire des efforts, et bien sûr les pilotes au premier chef. » Ce plan « Perform 2020 » a unanimement été rejeté par les syndicats qui proposent des gains de productivité de 4% par an pendant trois ans, soit 12% au total, un tiers de moins de ce que souhaite la direction.

Un plan d’austérité comme alternative

Face à l’échec des négociations, Air France passe à la vitesse supérieure et a donc annoncé lundi 5 octobre un plan B, un plan d’austérité qui prévoit une réduction de 10% du réseau long-courrier de la compagnie afin de pallier les déficits des lignes de 50 à 20% d’ici 2018. Cela s’accompagnera donc d’un plan social (le quatrième en 4 ans) avec des suppressions de postes, soit 2 900 emplois d’ici à 2017 dont 300 pilotes, 900 hôtesses et stewards ainsi que 1 700 membres du personnel au sol. Pour la première fois, les pilotes, qui ont refusé de travailler cent heures de plus par an sans être payés davantage, seront visés par ces licenciements secs. Air France prévoit également de supprimer cinq lignes de long-courriers puis « cinq avions à l’été 2016 », et enfin « neuf autres » en 2017.

Dialogue fermé

Suite à cette annonce, la situation a dégénéré chez Air France, lundi 5 octobre, avec l’agression du directeur des ressources humaines Xavier Broseta par une minorité de manifestants. La direction d’Air France a décidé de déposer plainte pour « violences aggravées ». François Hollande a dénoncé mardi 6 octobre, des violences « inacceptables ».

Les vives tensions de ces derniers jours traduisent la dégradation des relations entre la direction et des pilotes depuis plus d’un an. En septembre 2014, une grève sans précédent dans l’histoire d’Air France avait eu lieu. Les pilotes avaient conduit une grève de deux semaines pour protester contre le recrutement de pilotes aux salaires et aux conventions collectives moins avantageux chez Transavia, la filiale low-cost d’Air France. Ils réclamaient un contrat unique aux conditions de la compagnie pour aller travailler sur Transavia.

L’avenir pourrait toutefois s’éclaircir. Comme nous l’avons évoqué précédemment, la compagnie va pouvoir faire cette année, et ce depuis 7 ans, des « petits » bénéfices. De plus, sur le secteur du transport aérien en plein boom, Paris se fait une place de choix par rapport aux autres sites aéroportuaires européens puisqu’il est situé à mi-chemin entre le continent américain et l’Asie. Selon Bruno Trévidic dans Les Échos, le hub de Roissy Charles-de-Gaulle est « un des rares grands aéroports européens non saturé » qui peut donc encore se développer.

Lire aussi : Transports aériens : vos droits en cas de pépins

Marine Vautrin