Découverte d’une bactérie mangeuse de plastique

Des chercheurs japonais ont découvert une bactérie capable de décomposer le polyéthylène téréphtalate, l’un des plastiques les plus utilisés dans les emballages. Un espoir dans la lutte contre la pollution des océans.

0
1134
Découverte d’une bactérie mangeuse de plastique ©ShutterStock

« Ideonella sakaiensis ». C’est le nom de cette bactérie récemment découverte par une équipe de chercheurs japonais. Sa particularité ? Elle mange le plastique. Cet organisme vivant est capable de décomposer le polytéréphtalate d’éthylène, aussi appelé PET, un type de plastique très polluant utilisé pour la fabrication des bouteilles, des cartes de crédit, ou encore pour le rembourrage des peluches et des coussins. Face à l’amoncellement de plastique très polluant dans les océans, les chercheurs s’évertuaient à trouver une solution pour endiguer ce problème.

Comment a-t-elle été découverte ?

Dans un rapport publié vendredi 11 mars dans la revue Science, des chercheurs de l’Université des arts et techniques de Kyoto au Japon déclarent avoir trié plus de 200 échantillons environnementaux au sein d’un site de la ville d’Osaka recyclant des bouteilles à base de PET, rapporte le Guardian. Au terme de cette opération, ils ont pu découvrir des micro-organismes qui utilisaient le plastique comme source de carbone et d’énergie nécessaire à leur croissance. En d’autres termes, ces bactéries étaient aptes à assimiler le plastique. À l’origine, elles ne pouvaient pas opérer ce processus de dégradation. Mais les bactéries ont un grand potentiel : elles peuvent s’adapter à leur environnement, ici de plus en plus pollué. À mesure que la quantité de matière plastique augmentait (et ce, depuis 70 ans), les bactéries ont pu développer un processus inédit visant à dégrader le PET.

Comment se passe la dégradation du plastique ?

Tout d’abord, il faut savoir que le PET est composé de molécules très liées entre elles, comme l’explique le Guardian. Jusqu’à présent, aucune bactérie n’était parvenue à les séparer et donc, à décomposer la matière. C’est là que la bactérie « Ideonella sakaiensis » vient tout changer. Elle parvient à pousser sur la matière plastique et à sécréter deux enzymes capables d’altérer les liaisons moléculaires du PET. Résultat : les bactéries y trouvent leur énergie et le carbone nécessaires à leur croissance.

Cependant, il est utile de préciser que ce processus de décomposition du plastique reste très lent. Même si la bactérie se montre très gourmande, elle a pourtant mis six semaines pour dégrader un tout petit morceau de plastique. Une utilisation à plus grande échelle n’est donc pas encore d’actualité. « Nous devons améliorer la bactérie pour la rendre plus puissante », souligne Kohei Oda, membre de l’équipe de recherche, citée par Les Échos.

Un espoir pour de futures méthodes

Nous le savons tous : les déchets plastiques constituent un vrai fléau pour l’environnement. Quand ceux-ci se retrouvent dans l’océan, c’est toute la vie aquatique qui en pâtit. On dit même que les groupements de déchets plastiques constituent un véritable continent ! D’après le quotidien britannique, « 8 millions de tonnes finissent dans l’océan chaque année ». Avec cette découverte considérable, on pourrait s’imaginer pulvériser ces bactéries sur les déchets présents dans l’océan pour les dégrader.

Seul hic : les PET sont trop lourds, et ne peuvent pas flotter à la surface de l’eau, empêchant ainsi les bactéries d’agir correctement. Désormais, les chercheurs s’attellent à découvrir d’autres bactéries plus puissantes et qui suivraient le même modèle qu’« Ideonella sakaiensis ». À terme, des cultures plus massives de ces bactéries pourraient être opérées.

L’aide qu’apportent les bactéries, ainsi que les vers et autres champignons, destinés à contrer la pollution porte un nom : la bioremédiation. Cette méthode a encore de beaux jours devant elle.

Lire aussi : Les bactéries marines : la lumière de demain ?

Noémie Koskas