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Détective privé: les ficelles du métier

Dans Droits

Publié le : 24 février 2010
Alexandra Da Rocha
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Détective privé, un métier qui suscite autant de fantasmes, qu'il exige de qualités… Aujourd'hui, l'imper ne suffit plus; alors, que faut-il savoir faire pour être un bon enquêteur?

Ils seraient environ 1.500 en France à exercer la profession d'agent de recherches privées (ARP) ou d'enquêteur privé, dénominations officielles pour
«détective privé». Les affaires conjugales et familiales représentent environ 50% de leurs missions. Les contre-enquêtes pénales, les arnaques aux assurances, la concurrence déloyale, la lutte contre la contrefaçon, l'intelligence économique et le contre-espionnage électronique (détection de micros) entrent aussi dans leur champ de compétences.


Et il n'est pas rare que certains privés se spécialisent. Dans tous les cas, ils poursuivent 2 objectifs: établir des éléments de preuve ou délivrer une information vérifiée et fiable.
Si leurs tarifs sont libres, les prestations sont en moyenne facturées entre 60 et 150 €/h. Depuis mars 2003, la profession est réglementée. Il ne suffit plus de sortir son imper et d'apposer sa plaque pour exercer. Un agrément préfectoral soumis à une enquête policière de moralité et à une formation dispensée, après bac+2, à l'université ou à l'Institut de formation des agents de recherche (Ifar) est nécessaire pour exercer. Une solide culture en droit, notamment le respect de la vie privée, est exigée et un casier judiciaire vierge, impératif.

Cadrer la requête du client

Les agents de recherches privées passent en moyenne une 1h avec leur éventuel client afin de cerner leur requête. Ils replacent dans tous les cas l'attente de leurs mandants dans un cadre juridique. Ainsi, s'il est légal de faire suivre son mari soupçonné d'adultère, il est interdit de requérir des informations sur sa maîtresse, aucun lien juridique ne liant cette dernière et l'épouse flouée…
De même, un employeur qui suspecte qu'un de ses salariés travaille pour la concurrence a le droit de le faire suivre, mais uniquement sur son emploi du temps professionnel. Si la demande concerne des éléments de preuve à vocation judiciaire, l'agent de recherches privées demandera à rencontrer l'avocat, plus à même d'expliquer ses besoins pour défendre sa cause.

Jouer les paparazzi

Pendant la filature, ils peuvent prendre des photos uniquement sur la voie publique. Il est, par exemple, interdit de photographier un couple qui s'embrasse à l'intérieur d'une maison devant la fenêtre. Leur attirail indispensable: le mégazoom et une caméra vidéo.

Opérer une filature incognito

A pied, en moto, en voiture, la filature, c'est-à-dire l'action de suivre un individu, est la base du métier d'enquêteur privé. Outre qu'ils doivent, par leur look et le choix de leur véhicule, rester discrets, ils sont contraints d'obéir à certains principes.
Le premier consiste à abandonner la filature dès qu'il y a un risque d'être repéré. Un bon enquêteur doit savoir s'éclipser si nécessaire.
Le second consiste, dès que possible, à positionner sa voiture dans l'angle mort du véhicule suivi. Si en ville, la filature est relativement simple, en rase campagne, elle exige davantage de précautions. Il arrive que les filatures se fassent en binôme. Dans ce cas, les enquêteurs restent en contact grâce au talkie-walkie.

Maîtriser la relève d'empreinte

Tous les agents de recherches privées apprennent à relever les empreintes digitales. Une étape, appelée dactyloscopie, très utile dans les affaires de vols. Le plus simple pour identifier un suspect est de relever, sur la scène du forfait, les empreintes digitales en appliquant une poudre colorante puis de faire une photographie en macro.
Ensuite, il s'agit de les comparer avec celles du ou des suspects. Il est souvent recommandé de récupérer le verre dans lequel le ou les suspects ont bu. L'analyse des empreintes est parfois confiée à un sapiteur, c'est-à-dire à un expert dans ce domaine.

Faire parler les voisins sans sa dévoiler

Gardiens d'immeubles, commerçants, voisins, autant de sources d'informations
qu'il faut savoir manier avec tact. La prouesse consiste à les faire parler sans
décliner son identité et sans usurper une fonction.
L'agent de recherches privées a en effet le droit de taire sa fonction, il n'a pas, en revanche, le droit de se faire passer pour ce qu'il n'est pas. Un principe qui n'est pas toujours respecté. Si chaque situation est unique, ils font tous extrêmement attention au vocabulaire de leur interlocuteur afin de le reprendre à leur compte, histoire de susciter empathie et connivence.

Maîtriser la cyber-enquête

Internet a changé la vie des enquêteurs privés. Ils passent désormais plusieurs
heures sur le Net à rechercher des informations qu'ils récoltaient auparavant sur le terrain. Par exemple, pour connaître le nom du gérant d'une entreprise, ils n'ont plus besoin de se rendre au greffe du tribunal, ils se connectent sur
Infogreffe.fr. De même, grâce à Facebook, ils accèdent à de nombreuses informations d'ordre privé. La masse de données disponibles en ligne fait avancer une enquête à la vitesse de la lumière.
Ainsi un enquêteur privé travaillant pour une compagnie d'assurance américaine qui voulait savoir si le bateau assuré avait été endommagé dans le port de La Rochelle pendant une tempête ou pendant le trajet a pu retrouver sur le Net des photos du port de La Rochelle où le bateau en question n'apparaissait pas altéré.
On appelle cela l'information blanche, l'ensemble des informations disponibles légalement. Le rôle des enquêteurs est d'en faire une information grise, c'est-à-dire analysée et corrélée afin de répondre à une problématique particulière.