Devenir propriétaire pour un euro !

Faisant face à la désertification, des communes ont décidé 
de réagir en bradant leurs terrains et leurs maisons à des prix dérisoires. Une initiative qui fait des émules partout en France.

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Devenir propriétaire pour un euro ! ©Shutterstock

Le village de Villeneuve-les-Genêts, près d’Auxerre, propose des terrains à bâtir à un prix défiant toute concurrence : 1 euro le m2 ! C’est le conseil municipal qui, en mars dernier, a pris la décision de brader ces 6 lots de 700 à 900m2 qui ne trouvaient pas preneurs depuis 2008. La commune souhaite ainsi attirer de jeunes ménages. Le prix des terrains est passé de 17 à 1 euro le m2. On peut s’offrir un lopin de terre à partir de 700 euros, au lieu de 15 000 auparavant. Une très bonne affaire! Le village a néanmoins fixé quelques conditions pour bénéficier de ces prix très avantageux. Les acheteurs doivent s’engager à faire construire dans les trois ans qui suivent la vente. Ils ne peuvent pas non plus revendre le terrain en réalisant une plus-value avant un délai de dix ans. Une commission étudiera leurs dossiers avant de rendre une décision.

Lotissements déserts

La commune yonnaise s’est inspirée d’initiatives similaires nées en Bretagne. En octobre 2015, le village de Guiscriff dans le Morbihan a pris la même décision partant du constat que son lotissement communal achevé en 2008 avait du bien mal à se remplir. La voirie était terminée depuis belle lurette, les lampadaires installés, les terrains viabilisés, mais seulement cinq maisons avaient été construites. La commune désespérait de vendre les 27 lots restants à 20 euros le m2. Pourtant, elle ne manquait pas d’atouts : des commerces, deux médecins, des infirmiers, un kiné et un dentiste, une quarantaine d’associations et une école qui se vidait malheureusement de ses élèves. Même constat du côté de Berrien, dans le Centre Bretagne.

Pour sauver une classe

C’est pour empêcher la fermeture de sa quatrième classe que cette commune de 974 habitants a lancé pour la première fois en France l’opération terrains à 1 euro le m2. Et elle a surtout prouvé que cela pouvait marcher. Suite au buzz médiatique provoqué par cette annonce insolite en juin 2015, 10 terrains ont déjà été vendus. « Nous avons reçu plus de 2 000 appels et courriers venant du monde entier : des États-Unis, des Philippines, du Maghreb », raconte Paul Quemener, le maire de Berrien. La télévision arabe Al Jazeera est même venue sur place pour faire un reportage. Les heureux acquéreurs viennent des Landes, de Lille, de Cavaillon, des Côtes-d’Armor, de l’est de la France et de la région parisienne. Il y a eu une sélection. « On voulait que les maisons soient des résidences principales et que ce soit des familles avec enfants », explique Paul Quemener. Grâce à cette opération, neuf élèves ont intégré l’école communale. Cela a permis de sauver la quatrième classe à la dernière rentrée.

Maisons à 1 euro

Certaines villes vont encore plus loin en mettant en vente des maisons à 1 euro ! C’est le cas de Roubaix, dans le nord de la France. Un projet test est en cours. Il concerne une dizaine de bâtisses vacantes, propriétés de la communauté urbaine. Roubaix, « la ville aux mille cheminées », qui a connu un âge d’or à l’époque de l’épopée textile, est victime de la désindustrialisation. Celle-ci a entraîné un déclin économique et démographique, la ville passant de plus de 110 000 habitants dans les années 1960 à 95 000 aujourd’hui. La mairie dénombre actuellement entre 4 000 et 5 000 maisons délabrées. C’est pour redynamiser certains quartiers à l’abandon qu’elle a décidé de brader quelques maisons à 1 euro. La municipalité a déjà reçu des milliers d’appels téléphoniques de personnes intéressées. Les élus de Roubaix n’ont rien inventé. D’autres expériences sont en cours dans des villages siciliens ainsi qu’à Liverpool, Stoke-on-Trent et Détroit. Toutes ces villes anglaises ou américaines se sont lancées dans ce type de projet il y a quelques années avec la ferme volonté de réhabiliter des quartiers délaissés.

Promettre de rénover le logement

À Liverpool, un chauffeur de taxi a été le premier
 à bénéficier de ce programme d’accès au logement révolutionnaire. Jayalal Madde a pu emménager avec
 sa famille en 2014 dans une bâtisse de briques rouges pour une livre sterling seulement. Le logement était vide depuis vingt ans. Il avait candidaté quelques mois plus tôt auprès de la municipalité et répondait aux critères demandés : 
être primo-accédant, avoir un emploi stable et promettre de rénover la maison afin d’y vivre au minimum pendant cinq ans. Ce qu’il a fait. Parquet, plomberie, meubles…
 Les travaux de rénovation de la maison lui ont coûté environ 30 000 livres (environ 40 000 euros), mais le résultat est bluffant. D’autres bénéficiaires de l’opération maison à une livre devraient bientôt emménager à leur tour.

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Solenne Durox