Disparition des abeilles : deux insecticides sur le banc des accusés

Deux études parues fin mars révèlent la responsabilité de deux insecticides sur l’inquiétante disparition des abeilles.

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Disparition des abeilles : deux insecticides sur le banc des accusés

L’effet de certains produits phytosanitaires sur les insectes pollinisateurs commence à se préciser.

Les insecticides sont depuis de nombreuses années au centre du débat sur la disparition des abeilles. Des accusations justifiées mais toujours un peu vagues, qui ont fini par s’éclaircir la semaine passée. Vendredi 30 mars, la revue américaine Science pointait du doigt deux insecticides de la famille des néonicotinoïdes, des produits agissant sur le système nerveux des insectes. La molécule commune à ces insecticides aurait des effets néfastes sur le développement et le comportement des abeilles domestiques.

Moins de reines des abeilles

Contrairement aux études réalisées jusqu’alors, les deux récemment présentées ont été réalisées dans des conditions naturelles et non en laboratoire. Pendant six semaines, sur un terrain clos, une colonie de bourdons terrestres a été exposée à de faibles doses d’imidaclopride – matière active de l’insecticide Gaucho. Les insectes sont souvent exposés à cette molécule dans la nature.

Ce groupe a été comparé à des colonies témoins et le verdict est sans appel. Les bourdons ayant ingéré une dose, même faible, d’imidaclopride, ont pris moins 8 à 12 % de poids en moins que les autres. Surtout, on déplore 85 % de reines en moins chez les « intoxiqués » ! Or, nous savons la reine est la principale fécondatrice d’un groupe donné.

Réalisée sous la direction de Penelop Whitehorn et Dave Goulson de l’université de Stirling au Royaume-Uni, cette étude pourrait expliquer le déclin de l’espèce observé depuis plusieurs années. David Goulson explique même que certaines espèces de bourdons énormément répandues en Amérique du Nord « ont plus ou moins disparu » et « trois espèces sont désormais éteintes » au Royaume-Uni.

Des abeilles complètement perdues

La seconde étude, effectuée en France, est d’autant plus surprenante. Mickaël Henry, chercheur à l’Institut National de la Recherche Agronomique, et Axel Decourtye de l’Association de Coordination Technique Agricole, ont équipé 650 abeilles d’une puce RFID. Après que la moitié des butineuses aient reçu une dose létale de thiamethoxam, composant de l’insecticide Cruiser, les 650 pollinisatrices ont été lâchées à 1 kilomètre de leur ruche. Grâce à la puce électronique, les chercheurs ont pu suivre le parcours des abeilles, et là aussi constater une nette différence entre celles exposées à l’insecticide et les autres. Les abeilles exposées avaient deux à trois fois plus de chances de mourir, n’ayant pas retrouvé leur chemin à temps.

La firme Syngenta, productrice du Cruiser, a tout de suite riposté. Pour elle, l’étude menée est très éloignée de la réalité, puisque les doses de thiamethoxam injectées aux abeilles seraient au moins trente fois plus élevées que celles reçues dans la nature.

Cette étude a tout de même alerté le ministère de l’Agriculture, qui envisage de retirer le pesticide Cruiser du marché, si l’Agence Nationale de Sécurité Sanitaire donnait elle aussi un avis négatif d’ici fin mai.

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Mathilde Bourge