Distilbène : moins d’anomalies chez les petites-filles

Le Distilbène, médicament connu pour avoir entraîné d'importantes anomalies génitales chez les filles exposées dans le ventre de leur mère, impacterait moins la troisième génération. Il reste toutefois à l'origine d'un risque accru de cancer du sein chez certaines femmes.

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Les filles DES ont 2,1 plus de risques d'avoir un cancer du sein après 40 ans. ©ShutterStock

C’est un médicament dont beaucoup de femmes se seraient finalement bien passé. Le Distilbène (DES), prescrit à près de 200 000 femmes entre 1950 et 1977 en France pour prévenir le risque de fausse couche, a causé d’importants dégâts sur toute une génération de filles, appelées les filles « DES ». Aujourd’hui, une étude rapportée par le Pr Tournaire de l’hôpital Saint-Vincent-de-Paul (Paris), et menée par l’association de patients Réseau DES France, confirme l’absence d’augmentation des anomalies génitales à la troisième génération (les petites-filles « DES »).

Les filles « DES », exposées dans le ventre de leur mère au Distilbène, sont celles qui ont le plus subi les effets secondaires de cette hormone de synthèse : cancers génitaux (col de l’utérus et vagin), malformations génitales, graves troubles de la reproduction (infertilité, fausses couches, accouchements prématurés…), rappelle le Pr Tournaire (AFP). Et l’on se demandait alors si leurs propres filles seraient à leur tour impactées.

Plus d’accouchements prématurés chez les petites-filles « DES »

Si les anomalies génitales ne sont pas particulièrement plus fréquentes chez les petites-filles « DES », en revanche, l’étude relève un nombre d’enfants infirmes moteurs cérébraux plus important chez ces femmes, en raison d’un taux d’accouchements prématurés plus élevé. Aussi, les petits-enfants « DES » sont proportionnellement plus touchés par l’atrésie de l’oesophage (obstruction des voies digestives) à la naissance que les autres bébés. Si le retentissement gynécologique de l’hormone est connu, « cet effet sur le tube digestif est un peu une énigme », pour le Pr Tournaire.

Deux fois plus de cancers du sein chez les filles « DES »

L’étude apporte une autre donnée significative, et pas vraiment réjouissante, concernant les filles « DES ». Ces dernières auraient 2,1 plus de de risque d’avoir un cancer du sein à partir de l’âge de 40 ans que les femmes non exposées au Distilbène. Ces résultats vont dans le sens d’une précédente étude américaine, mais à l’encontre de travaux néerlandais qui ne confirmaient pas l’existence de lien entre ce médicament et ce type de cancer.

« Etant donné que le risque de cancer du sein est élevé dans la population générale (environ 1 cancer pour 9 femmes en France), cette augmentation représente un réel problème de santé publique, notamment en termes de nombre de cas, puisqu’il y aurait environ 16 000 à 20 000 cas de cancers chez les 80 000 « filles DES » en France, au lieu des 8000 à 10 000 cas attendus », expliquent les auteurs.

Distilbène : 200 procès intentés en France

Alertés par l’apparition de cancers génitaux chez les filles exposées in utero, les Etats-Unis avaient interdit la prescription du Distilbène pendant la grossesse dès 1971. En France, ce médicament, commercialisé par UCB Pharma et le Stilboestrol Borne de Borne (aujourd’hui Novartis), a officiellement été contre-indiqué en 1977, mais a été encore administré de manière occasionnelle entre 1978 et 1980. Près de 200 actions en justice contre ces deux laboratoires ont été intentées dans l’Hexagone.

Julie Toury