EMDR, la nouvelle thérapie qui libère

Balayer le regard latéralement selon un protocole spécifique oblige le cerveau à reconsidérer les évènements traumatiques pour les faire basculer dans le passé et nous débarrasser des symptômes invalidants au présent, voilà le fonctionnement de l’EMDR, une thérapie qui rencontre un succès fou.

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EMDR, la nouvelle thérapie qui libère ©ShutterStock

EMDR… Que veut dire ce drôle de sigle ?


Ce fameux sigle signifie en anglais « Eyes Movement Desensitization and Reprocessing » et peut se traduire par Intégration neuro-émotionnelle par les mouvements oculaires. C’est une psychothérapie créée en 1987 aux États-Unis. Tout est parti d’une expérience vécue par une Américaine, Francine Shapiro.

Après avoir été soignée d’un cancer diagnostiqué en 1979, elle vit dans la crainte d’une récidive. Et en mai 1987, alors qu’elle se promène dans un parc, assaillie de sombres pensées, elle s’assoit sur un banc et reste un long moment à suivre des yeux le mouvement des oiseaux dans le ciel. Quand elle se lève, c’est le cœur et l’esprit légers qu’elle reprend sa promenade. Elle associe son mieux-être à ce moment. Au lieu d’en rester là, elle expérimente ce mouvement des yeux sur un ami, qui reconnaît des bienfaits immédiats. Elle se lance alors dans des recherches, aussi bien sur les techniques de réduction du stress que sur celles de prévention des maladies. Petit à petit, elle met en place un protocole: l’EMDR est née !

Pour quels troubles, 
cette thérapie est-elle recommandée ?


Importée en France dans les années 2000, l’EMDR a été reconnue par la Haute Autorité de santé en 2008 et par l’Organisation mondiale de la santé en 2012. La plupart des études scientifiques concernent ses bienfaits dans les états de stress post- traumatiques (ESPT). Des traumatismes physiques ou mentaux graves provoqués par des agressions, des catastrophes naturelles, des accidents, des faits de guerre ou assimilés. Les traumatismes peuvent se manifester immédiatement après le drame mais aussi plusieurs mois ou plusieurs années après. Et provoquer des souvenirs intrusifs, des cauchemars récurrents, des troubles du sommeil, une certaine irritabilité, mais aussi des symptômes d’évitement de lieux, de situations, de personnes, etc.

Même si des recherches restent à faire, l’EMDR a aussi montré des résultats intéressants dans les troubles du comportement alimentaire, les crises de panique, les angoisses de performance, les acouphènes ou encore l’hyperactivité des enfants. Les schizophrènes stabilisés aussi peuvent y trouver une solution à certaines angoisses.

Que dit la science ?

Les progrès en neurosciences et en imagerie médicale ont favorisé la connaissance des différentes zones du cerveau. Le cerveau reptilien est celui qui nous permet de boire, manger, fuir… Bref, d’enclencher une mécanique de survie immédiate. La zone limbique est, elle, celle de la dimension affective. Elle permet de classer les expériences vécues dans des catégories comme « agréable » ou
 « désagréable ».

Deux parties du cerveau sont à l’œuvre dans cette 
zone : l’amygdale cérébrale et l’hippocampe. L’amygdale nous permet de ressentir la peur et d’adopter les réflexes pour y faire face. Mais elle peut être gelée, c’est-à-dire totalement inactive, ou a contrario toujours en marche. Avec des conséquences que l’on imagine : l’inconscience ou l’anxiété permanente. Quant à l’hippocampe, il permet de se remémorer des souvenirs explicites. Enfin vient le cortex associatif. Il permet de faire des associations parmi les expériences passées.

Lorsque tout va bien, notre cerveau active ces zones pour un traitement adaptatif de l’information (TAI). Comme quand une contrariété est oubliée le lendemain. Justement parce que pendant une partie de la nuit, les yeux font spontanément des mouvements rapides. Ce sont des mouvements semblables qui sont proposés lors des séances d’EMDR afin de laisser le cerveau traiter des informations traumatiques qui ne l’avaient pas été. Le but de l’EMDR est de finaliser le traitement adaptatif de l’information.

Comment se déroulent 
les séances ?


Pour venir à bout d’un traumatisme, 
il faut compter entre trois et quinze séances. Il est impératif de vérifier que le praticien sollicité a reçu une formation accréditée par l’association EMDR-France. Chaque séance se déroule en huit phases.

À la prise de contact au cours de
 laquelle le praticien
 s’assure que votre 
problème peut relever
 de l’EMDR, vous
 exposez votre histoire
 personnelle en
mentionnant ce qui
vous semble
traumatique. Sont
 ensuite mises en œuvre
 des techniques de
stabilisation des affects. Vous devez 
à ce moment-là être capable de visualiser ce qui représente un lieu sûr pour vous. Le praticien cherche ensuite à accéder au souvenir douloureux et à évaluer les niveaux de détresse tout en repérant les émotions et sensations associées.

Intervient alors la désensibilisation par reconfiguration d’une partie de la mémoire. Apparaissent ensuite le souvenir traumatique et des sensations associées mais exacerbées. Des cognitions positives sont ensuite « programmées ». Puis on passe en revue tout le corps en associant le souvenir cible et la cognition positive. Le praticien clôt la séance en vérifiant l’état émotionnel de son patient et sa capacité à faire face aux émotions susceptibles d’apparaître quand il sera seul. Il est recommandé de vérifier que le praticien reste joignable entre deux séances.

Où trouver un praticien ? Association EMDR France. 30 place Sant-Georges, 75009 Paris. Tel : 01.83.62.77.75

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