En zone agricole, les riverains lourdement exposés aux pesticides

L’ONG Générations Futures révèle dans une étude que les maisons proches des zones agricoles sont exposées en permanence à un cocktail de pesticides, dont des perturbateurs endocriniens.

0
788
Des pesticides retrouvés dans les poussières d’habitations en zone agricole ©ShutterStock

Vivre à la campagne ne serait pas si bon pour la santé. Dans une étude publiée ce mardi 1er mars, l’ONG Générations Futures tire la sonnette d’alarme sur la présence de nombreux pesticides retrouvés dans les poussières des habitations proches des zones agricoles.

Dans le cadre de son étude, Générations Futures a prélevé des échantillons de poussière dans 22 maisons au cours du mois de juillet 2015 et dans 5 habitations en janvier 2016. Toutes étaient situées entre 0 et 200 mètres des cultures (vignes, vergers, céréales). L’association a relevé des traces importantes de pesticides : « entre 8 et 30 pesticides par habitation ont été détectés dans la poussière des habitations testées, sur les 61 pesticides recherchés ». Et parmi ces pesticides, Générations Futures a découvert la présence importante de 12 perturbateurs endocriniens potentiels. Des substances soupçonnées d’être responsables de dérèglements hormonaux, de provoquer des cancers, etc.

Des produits interdits dans 90% des habitations

Mais fait plus inquiétant, l’ONG rapporte dans son étude qu’elle a retrouvé dans les échantillons de poussière des pesticides interdits en agriculture en France depuis plusieurs années, comme le diuron, « dans plus de 90% des habitations ». Le diuron, retiré de la vente depuis décembre 2008, est utilisé notamment en viticulture comme désherbant. Et parmi les autres pesticides retrouvés, l’association a également découvert la présence de trois produits dans 100% des échantillons analysés : perméthrine, tebuconazole et dimethomorph.

« Ces résultats montrent clairement que les personnes vivant près des zones cultivées sont exposées chez elles toute l’année à un cocktail important de pesticides, dont de nombreux perturbateurs endocriniens potentiels, alerte François Veillerette, porte-parole de Générations Futures. Ce fait illustre l’urgence qu’il y a à modifier les pratiques agricoles et à faire en sorte qu’on interdise les pulvérisations des pesticides de synthèse à proximité de zones habitées ».

Toutefois, le nombre de maisons analysées reste faible. Bien qu’elle reconnaisse que son « enquête n’a pas la valeur d’une étude scientifique », l’ONG souhaite avant tout montrer « l’urgence d’une définition des perturbateurs endocriniens réellement protectrice au niveau européen » et interpeller « le Gouvernement afin qu’il intervienne fermement auprès de la Commission européenne pour que demain cesse cette exposition généralisée aux pesticides PE dans nos campagnes ».

Lire aussi : Une salade sur dix contient des pesticides interdits

Justine Dupuy