Gaz de schiste : une solution écologique enterrée ?

Le Figaro révèle l'existence d'un rapport sur une technique d'extraction non-polluante du gaz de schiste, remis à Arnaud Montebourg début 2014 puis enterré. Que disait cette étude ? Pourquoi le sujet fait autant débat ? Focus.

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Le gaz de schiste fait de nouveau débat. ©ShutterStock

La position du gouvernement, anti-gaz de schiste, est remise en cause par un rapport qu’il a lui-même commandé. C’est en 2014 qu’Arnaud Montebourg, à l’époque ministre du Redressement productif, reçoit le rapport qu’il avait commandé sur les « Hydrocarbures non-conventionnels en France » et plus précisément sur les « perspectives ouvertes par les nouvelles technologies d’exploration et d’exploitation ». Les auteurs de cette étude devaient trouver des alternatives à la fracturation hydraulique, interdite en France par la loi Jacob de 2011 car jugée trop polluante.

Le Figaro a rendu publique l’existence de ce rapport hier, lundi 06 avril, révélant ainsi la découverte d’une méthode plus respectueuse de l’environnement pour exploiter les ressources françaises en gaz de schistes : la fracturation au fluoropropane. Cette technique, moins polluante et plus efficace que les procédés connus jusqu’ici, pourrait ainsi être la réponse à un débat économique et écologique de longue haleine.

En quoi consiste réellement ce procédé ? Quels sont ses avantages et ses inconvénients ? Mise au point.

Gaz de schiste : un rapport pas si secret

Le Figaro affirme que le gouvernement a voulu mettre sous silence ce dossier et surtout cette nouvelle méthode d’extraction du gaz de schiste. La presse en a pourtant parlé. Exemple, parmi d’autres : début 2014, date de réception du rapport, Sciences et Avenir rédige un article sur cette technique et en révèle les avantages et les inconvénients.

On apprend alors que la fracturation par fluoropropane est similaire à la fracturation hydraulique mais, grande différence, le fluoropropane remplace l’eau et les additifs chimiques. Explications.

À la surface de l’écorce terrestre, le sol est composé de plusieurs couches de roche de différents types qui se superposent comme un mille-feuille. Entre 1 500 et 3 000 mètres de profondeur se situe une couche de roche dite « schisteuse ». Ces roches, composées de plaques superposées, ressemble à l’ardoise, et c’est entre ces plaques que se forment le gaz et le pétrole de schiste. Ces énergies fossiles présentent les mêmes défauts que le pétrole (un long renouvellement, rejet en CO2 important…)

Pour l’extraire, les entreprises doivent d’abord creuser verticalement jusqu’à cette couche, puis horizontalement ils forment des tunnels dans la roche. Il faut ensuite injecter, à très haute pression, des litres d’eau pour atteindre ces poches remplis d’hydrocarbures et les lier entre elles. On ajoute à l’eau du sable, pour maintenir ces poches ouvertes, et des produits chimiques pour lisser la roche et faciliter le passage du gaz. Enfin, on récupère l’eau puis le gaz qui s’échappe par les tunnels de forage.

Fluoropropane : des avantages certains mais des risques encore inconnus

La fracturation hydraulique nécessite de grandes quantités d’eau qui ne sont pas réutilisables car elles ont été polluées par les produits chimiques. Le risque est d’infecter également les nappes phréatiques et les terrains proches car l’eau polluée s’infiltre dans les sols. La fracturation par le fluoropropane réduit ces risques à zéro.

En effet, ce gaz s’infiltre mieux dans la roche que l’eau. Il est aussi plus efficace car il s’incorpore dans le gaz et les huiles de schistes. Résultat : le fluoropropane remonte à la surface avec l’huile et le gaz de schiste. Ce phénomène permet de réutiliser une grande partie de ce gaz après séparation avec les hydrocarbures.

Petit bémol cependant, la fracturation par fluoropropane est potentiellement dangereuse. En effet, le propane est un gaz très inflammable et toxique dans les milieux confinés. Même si le fluor annule le risque d’incendie, la toxicité perdure et rend difficile toute manipulation. De plus, cette méthode n’a pas encore été suffisamment testée pour connaître tous les risques. Dans le rapport remis à Arnaud Montebourg, les scientifiques demandaient une phase d’expérimentation par microforage en Île-de-France et dans le Sud-Est, ce qui n’était pas sans risque pour la population locale.

Gaz de schiste : les contradictions des hommes politiques

Le débat sur l’exploration et l’exploitation des gaz de schistes en France a officiellement pris fin en 2013 lorsque le Président, François Hollande, a affirmé qu’on n’exploiterait pas cette ressource dans l’Hexagone sous sa présidence. Le gouvernement laissait néanmoins une réouverture possible des discussions si une autre méthode d’extraction était découverte.

Aujourd’hui, la position du gouvernement est clairement anti-gaz de schiste. Ségolène Royal, ministre de l’Écologie, tweetait ce matin que l’avenir de la France n’était pas dans les énergies fossiles mais dans les énergies renouvelables. Thierry Mandon, secrétaire d’État à la réforme de l’État, met lui clairement en doute cette méthode qui n’est utilisée nulle part : « Ce n’est pas à la France de faire les frais d’une telle expérimentation » (iTélé).

Pour Christian Estrosi, maire UMP de Nice, c’est une erreur. « Si une solution écologique existe, nous devons essayer. » Un avis partagé par Nicolas Sarkozy. Le président de l’UMP., qui a interdit la fracturation hydraulique lorsqu’il était à la tête de l’État, s’est opposé en septembre à la position du gouvernement : « Je ne peux pas accepter que les États-Unis soient devenus du point de vue de l’énergie indépendants grâce au gaz de schiste et que la France ne puisse pas profiter de cette nouvelle énergie alors que le chômage ravage tant de nos territoires et tant de nos familles, c’est inacceptable ».

Si des risques réels existent, les avantages économiques du gaz de schistes sont en effet indéniables. Selon Le Figaro, il rapporterait à la France près de 100 milliards d’euros et permettrait de créer entre 120 000 et 225 000 emplois.

Avec la découverte de cette nouvelle technique plus respectueuse de l’environnement, le dossier « gaz de schiste » risque de faire débat encore longtemps et pourrait même devenir un enjeu primordial pour les prochaines élections.

Yuna Boudré