Îles et côtes en péril

Le réchauffement climatique fait monter le niveau de la mer. Avec pour conséquences tempêtes, inondations et disparition à terme de nombreuses îles et côtes. Focus sur une menace déjà à l’œuvre.

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Les îles Kiribati en danger ©Shutterstock

Rappelons d’abord une vérité. L’effet de serre est un phénomène naturel. La chaleur du soleil est en effet piégée par des gaz à effet de serre. Ce qui confère
 à la Terre une température moyenne de 15 degrés. Sans cet effet de serre, le globe serait en moyenne à -18°C. La vie humaine y serait impossible. Mais l’explosion de l’ère industrielle à partir de 1850 et des activités humaines conséquentes comme le transport ou la déforestation ont progressivement fait monter artificiellement la température moyenne de la Terre. Si rien n’est fait, à court terme, celle-ci pourrait grimper de 2 à 5°C selon les scénarios d’ici 2100. Avec, à la clé, de plus en plus en plus de canicules, de sécheresses, d’inondations et de tempêtes. Et pire, encore, une disparition de certaines îles et côtes, ce qui ne manquera pas d’aggraver le phénomène des exodes climatiques déjà en marche.

Le niveau moyen des océans a déjà augmenté de 17 centimètres au cours du XXe siècle (et il prend tous les ans environ 3 millimètres) à cause de la fonte des glaciers, mais aussi parce qu’une température plus élevée des mers et des océans augmente leur volume. À lui seul, le pôle Sud a gagné 3°C ces cinquante dernières années. Quant à l’Arctique, il a enregistré un niveau historiquement bas de sa banquise au cours de cette décennie. Dans ces conditions, nombre d’entre nous verront disparaître des destinations qui nous semblent avoir été là de toute éternité. Aux quatre coins du monde, certes, mais aussi sur les côtes françaises, à deux pas de chez nous.

Bye bye aux îles Kiribati

Elles se trouvent en Océanie, en plein cœur de l’océan Pacifique. L’archipel, qui compte 33 îles sur une surface océanique aussi étendue que l’Inde, abrite quelque 100 000 habitants. Actuellement, ses îles se situent à deux mètres d’altitude par rapport au niveau de la mer, mais elles risquent de perdre un mètre d’altitude d’ici 2100. Avec pour conséquences l’érosion des côtes et la submersion marine. Autant dire que nombre de ces îles vont littéralement disparaître. Les spécialistes estiment même que les îles Kiribati figurent parmi les premiers pays directement menacés par la hausse du niveau de la mer. Alors que sa population ne participe pas, par son mode de vie et par ses infrastructures, au réchauffement climatique. Merci l’Occident !

Îles Carteret, par ici la sortie

Les îles Carteret représentent un atoll en forme de fer à cheval qui s’étend sur 30 kilomètres. Situées en Papouasie-Nouvelle-Guinée, au sud de l’océan Pacifique, elles sont menacées par la hausse vertigineuse du niveau de la mer. Elles ont déjà perdu en quelques années plusieurs dizaines de mètres de plage. Cette montée des eaux réduit l’étendue du territoire et compromet sérieusement ses terres agricoles. Le petit millier d’habitants de l’atoll de Carteret fait déjà l’objet d’un programme de délocalisation. Des associations, convaincues que dans une dizaine d’années l’île ne pourra plus être habitée, tentent en effet de convaincre la population de s’installer sur l’île de Bougainville située à proximité. La population des îles Carteret figure parmi les premiers réfugiés climatiques.

Les Maldives, stop ou encore

Le plus petit pays d’Asie du Sud-Est, situé dans l’océan Indien, est une destination plébiscitée par les Français, bien qu’onéreuse. Le soleil, la mer bleu lagon… autant de raisons de prendre un billet d’avion pour cet archipel qui compte plus d’un millier d’îles dont quelque 200 sont habitées. Malheureusement, les Maldives font partie des îles
 à l’altitude la plus basse de la planète : 80% d’entre elles 
se trouvent à moins d’un mètre au-dessus de la mer.
 Pas étonnant que le tsunami de 2004 en ait englouti une vingtaine. Le recul des rivages et l’inondation des terres cultivables menacent à terme la viabilité des Maldives habitées. La fin des Maldives n’est cependant pas programmée à court terme, mais, dans le pire des scénarios, pour la fin du siècle.

L’île d’Oléron, unique en Europe

L’île d’Oléron, ce joyau de Charente-Maritime, se souvient encore d’avoir subi de plein fouet les conséquences du changement climatique. La tempête Xynthia, qui a dévasté la côte atlantique en 2010 et causé une cinquantaine de morts, n’a pas épargné l’île d’Oléron. Tempête et submersion marine ont emporté une partie des côtes. Malheureusement, il ne s’agissait que d’un avertissement. L’île d’Oléron doit s’habituer à encaisser l’augmentation du niveau de la mer et de la hauteur des vagues. Sur la partie ouest de l’île, les côtes reculent d’environ 10 mètres par an depuis quinze ans.

Menace sur la ville

Il n’y a pas que les côtes de sable fin qui sont menacées par la hausse du niveau de la mer. De nombreuses métropoles vont aussi devoir faire face à cette nouvelle donne. La ville de New York, par exemple, est victime comme l’ensemble de la côte est des États-Unis par un enfoncement progressif, évalué ces dernières années à 6 millimètres par an; les projections les plus catastrophiques considérant même que le niveau de la mer va gagner 1,5 mètre d’ici la fin du siècle. En Europe, Amsterdam, Rotterdam, Londres sont aussi inquiétées par le phénomène. Venise en Italie s’est déjà enfoncée en un siècle de 26 centimètres. Au Japon, Tokyo va devoir aussi imaginer des solutions pour éviter de faire partie au siècle prochain des cités englouties.

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Alexandra Da Rocha