Ils roulent à l’huile végétale

Face à la flambée des prix à la pompe, des automobilistes font tourner leur moteur à l'huile végétale. Un carburant alternatif, économique et écologique, mais interdit en France en dépit d'une directive européenne en autorisant l'usage. Rencontre avec l'un de ces huileux.

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Tous les 15 jours, pendant que d’autres font la queue à la station essence, Paul Lambert remplit quelques bidons d’huile de colza chez un agriculteur voisin afin de faire tourner le moteur de sa vieille 405 diesel. Bien que le gouvernement refuse d’en autoriser l’usage, ils sont de plus en plus nombreux, comme Paul, à rouler à l’huile végétale, obtenue gratuitement ou achetée autour de 70 cents le litre, et à faire de substantielles économies quand le litre de diesel coûte, au bas mot, 1, 20 euro. On dit que c’est interdit en France, mais en fait une directive européenne en autorise l’usage et c’est autorisé dans d’autres pays européens. La réalité c’est que le gouvernement ne veut pas en entendre parler car il ne touche pas la TIPP sur les huiles végétales, contrairement aux carburants classiquesaffirme Paul Lambert, utilisateur convaincu qui a monté une entreprise de vente de pièces détachées, Seeflex.fr, pour faire rouler sa voiture, une vieille Peugeot 405, à l’huile végétale.

Une petite odeur de friture

Les inconvénients ? Les huileux, comme ils se surnomment eux-mêmes, en voient très peu. Alors certes il faut pouvoir stocker quelques bidons d’huile dans son garage pour pouvoir faire le plein, il faut aussi penser à emmener quelques réserves lors des grands trajets (le moteur consomme autant d’huile que de diesel), et une petite odeur de friture peut être présente à l’échappement. C’est d’ailleurs comme ça que je me rends compte que de plus en plus de gens roulent à l’huileraconte Paul Lambert. Un engouement qui pourrait tuer l’intérêt de l’huile puisque le prix du colza a déjà fortement augmenté en 2007, sous l’effet de la hausse de la demande. De toute façon il est complètement impossible de substituer totalement l’huilevégétale au pétrole, on ne pourrait jamais en produire suffisammentconclut Vincent Tervooren.

Pour : – Grosses économies à la clé.
– Des qualités lubrifiantes supérieures à celles du gazole
– Réduction des émissions polluantes.
– Tous les véhicules diesel peuvent en profiter, les véhicules diesel à injection directe commons rail et HDI doivent se contenter de rouler avec un carburant contenant 30% d’huile végétale. Les véhicules diesel à injection indirecte peuvent rouler avec un mélange contenant de 40 à 50% d’huile végétale en fonction de la marque de la pompe à injection (la marque Bosh est la plus efficace).
– Il est possible de rouler à 100% à l’huile en installant un second réservoir.

Contre :
– Selon une étude de l’Ademe, l’utilisation directe des huiles végétales est dommageable tant au plan de la tenue des moteurs qu’au plan environnemental.
– La viscosité de l’huile peut favoriser des dépôts dans la chambre de combustion et sur les injecteurs des moteurs.
– L’huile résiste mal en basse température.
– Selon certaines études, elle serait plus polluante que le diesel.
– Si le moteur connaît des problèmes suite à l’usage d’huile végétale, la garantie constructeur ne s’applique pas et les réparations coûtent souvent très cher.
– L’agriculture française ne pourra jamais produire suffisamment d’huile végétale pour remplacer le gazole.

La rédaction