Insecticides : les cerises traitées au diméthoate interdites en France

En France, les importations de cerises provenant d’États membres ou de pays tiers, qui utilisent l’insecticide contesté du nom de diméthoate, seront bloquées à partir de samedi 23 avril jusqu’à fin décembre 2016.

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Insecticides : les cerises traitées au diméthoate interdites en France ©ShutterStock

La France va bloquer, à partir de samedi 23 avril, les importations de cerises traitées au diméthoate, un insecticide contesté (interdit depuis février dernier dans l’Hexagone sur avis de l’Agence nationale de sécurité sanitaire), et ce jusqu’à la fin de l’année, selon un arrêté paru ce vendredi 22 avril au Journal officiel.

« L’importation et la mise sur le marché en France de cerises fraîches destinées à l’alimentation en provenance d’États membres de l’Union européenne ou de pays tiers où l’utilisation de produits phytopharmaceutiques contenant la substance active diméthoate est autorisée en traitement des cerisiers sont suspendues jusqu’au 31 décembre 2016 », est précisément écrit dans le texte. Toutefois, une dérogation est possible à cette suspension. « Par dérogation (…) peuvent être importées ou mises sur le marché les cerises qui proviennent d’une production biologique », indique l’arrêté.

Des agriculteurs inquiets

Depuis l’interdiction du diméthoate en France, les arboriculteurs du sud de la France n’ont pas caché leur inquiétude face à une perte importante de production. En effet, ils ne disposeraient d’aucune alternative à l’insecticide pour protéger leurs fruits contre les attaques de moucherons asiatiques agressifs, comme le drosophile suzukii arrivé en 2010 en Europe. D’ailleurs, dans le Luberon, en Provence, ces producteurs ont abattu leurs propres arbres en signe de protestation contre l’interdiction de la molécule.

Pour répondre à leur inquiétude, le ministre Stéphane Le Foll avait alors demandé fin mars à la Commission européenne, basée à Bruxelles, d’étendre l’interdiction du diméthoate à l’ensemble des pays de l’Union européenne. Faute d’accord avec ses homologues européens, la France a alors décidé de déclencher une clause de sauvegarde vendredi 15 avril. Une procédure de la sorte avait provoqué l’interdiction des insecticides Cruiser en 2012, et en 2013 du Fipronil, tous deux jugés dangereux pour les abeilles.

Les consommateurs et les producteurs français sont protégés

La protection des consommateurs et des producteurs français sont les principales raisons de cette clause de sauvegarde. Le gouvernement français, qui a mis en place la suspension d’importations de cerises, justifie ce choix par le manque d’informations à propos de la molécule concernée : « les données disponibles au niveau européen sur l’utilisation du diméthoate ne sont pas suffisantes pour exclure clairement un risque pour la santé des consommateurs et que les limites maximales de résidus actuelles fixées pour les cerises ne sont probablement pas suffisantes pour assurer la protection des consommateurs ».

De plus, les producteurs pourraient souffrir d’une distorsion de concurrence en cas d’entrée sur le territoire de fruits provenant de pays utilisant toujours le diméthoate. Des risques inacceptables pour le ministère de l’Agriculture.

Vers une production locale ?

Ainsi, les cerises produites en dehors de la France qui contiennent du diméthoate ne pourront donc franchir nos frontières. À moins qu’elles ne soient biologiques… Serait-ce donc une manière de favoriser la culture biologique jugée plus saine ? Dans quelques jours commencera la récolte des cerises. Les producteurs français seront-ils pénalisés à l’exportation ? Quoiqu’il en soit, au sein de l’Hexagone, une production locale est favorisée. Espérons juste que les agriculteurs pourront proposer la commercialisation de leurs cerises.

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Roumaissa BENAHMED