La grande histoire des jours fériés

Mai est le mois qui compte le plus de jours fériés. Si nous apprécions l’oisiveté procurée par ces journées non travaillées, combien sont ceux qui en connaissent les origines ? Réponse à tout! s’est replongé dans l’histoire des onze jours fériés de notre calendrier (treize pour l’Alsace et la Moselle).

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La grande histoire des jours fériés ©Shutterstock

Le jour de l’an : le 1er janvier

Le premier jour de l’année civile n’a pas toujours été fixé au 1er janvier ! Jules César, en remplaçant le calendrier lunaire par le calendrier solaire, déclare en 46 av. J.-C. que l’année débuterait le 1er mars. Puis, en 532 apr. J.-C., l’église décide que le Nouvel An doit commencer après la naissance du Christ, soit le 1er janvier. Résultat, de nombreuses régions françaises ne l’entendent pas de cette oreille et ne suivent pas cette directive. Pour certains, l’année démarre le jour de Pâques, et pour d’autres, le jour de Noël. C’est finalement Charles IX qui va imposer, sur tout le territoire, le 1er janvier comme point de départ de la nouvelle année, en 1567.

Le lundi de Pâques

Sa date est variable et s’étale entre le 23 mars et le 26 avril car ce jour férié est fixé le dimanche suivant la pleine lune survenant pendant ou après l’équinoxe de printemps. 
Il s’agit d’une fête chrétienne durant laquelle est célébrée la résurrection de Jésus trois jours après sa mort. Fixée depuis le XIe siècle, cette fête durait au départ une semaine entière, puis fut cantonnée au lundi depuis le concordat entre Napoléon Bonaparte et le Pape en 1801.

La Fête du Travail : le 1er mai

Cette journée est le symbole des luttes ouvrières pour davantage de justice sociale. Elle trouve ses origines 
le samedi 1er mai 1886, à Chicago. Une grève mobilisant des centaines de milliers d’ouvriers est organisée, les manifestants réclament la journée de huit heures (« 8 heures de travail, 8 heures de loisirs, 8 heures de repos »). Il y aura trois morts parmi les grévistes, durement réprimés par les forces de l’ordre. Le 1er mai n’est pas choisi au hasard, car c’est précisément ce jour-là que les entreprises américaines démarrent leur année comptable… Trois ans plus tard, en France, lors de l’organisation 
du congrès de la deuxième Internationale socialiste, 
les participants revendiquent cette date pour marquer
 « la journée internationale des travailleurs ». Néanmoins, 
il faut attendre près de trente ans pour que les ouvriers français soient entendus. Ainsi, le 23 avril 1919, le Sénat ratifie la loi appliquant la journée de huit heures, et exceptionnellement offre le 1er mai suivant comme un jour chômé. Mais ce n’est que sous le régime de Vichy que le 
1er mai est définitivement adopté comme « Fête du Travail ». En avril 1947, le gouvernement issu de la Libération confirme que le 1er mai restera chômé et payé.

Le saviez-vous ? La Fête du Travail est un jour chômé dans toute l’Europe, sauf en Suisse et aux Pays-Bas. Mais elle est également fêtée en Afrique du Sud, en Amérique latine, en Russie ou encore au Japon. Au Royaume-Uni, on la célèbre le premier lundi de mai. Aux États-Unis, le « Labor Day » a lieu le premier lundi de septembre (c’est le président américain, Grover Cleveland qui, en 1894, fixe cette date, refusant de consacrer le 1er mai à la Fête du Travail, afin de ne pas rappeler les événements dramatiques ayant eu lieu en 1886).

La fin de la Seconde Guerre mondiale : le 8 mai

Ce jour de 1945 marque la fin de la Seconde Guerre mondiale, après la capitulation de l’Allemagne nazie. Néanmoins, cette guerre ne se termine réellement qu’après la chute du Japon le 2 septembre de la même année. Pourtant, au départ, la commémoration de la victoire alliée, ne devait avoir lieu que le 8 mai si, et seulement si, ce jour tombait un dimanche. Autrement, elle aurait lieu le dimanche suivant le 8 mai. En 1946, François Mitterrand, alors ministre des Anciens Combattants, confirme que le 
8 mai ne peut-être un jour férié, au vu de tous les efforts que le pays doit consentir pour se reconstruire. Mais, en 1953, le général de Gaulle décide que le 8 mai sera férié, bien que non chômé, avant de finalement déclarer en 1959 que la célébration de la capitulation allemande se ferait 
le deuxième dimanche de mai. Il n’est alors plus question du 8 mai ! Seule exception, le 8 mai 1965, jour du 20e anniversaire de la Victoire. Un décret de 1968 réaffirme le 8 mai comme jour de célébration, mais… seulement en fin de journée, et donc, pas férié ! En 1975, le président Giscard d’Estaing décide carrément de supprimer toutes références à la victoire alliée, au nom de la réconciliation avec l’Allemagne. Enfin, c’est François Mitterrand, qui l’année de son élection en 1981, redonne définitivement son caractère férié et chômé au 8 mai.

L’ascension : 40 jours après Pâques

Cette fête chrétienne célèbre l’ascension au ciel de Jésus ressuscité. Elle a toujours lieu un jeudi, quarante jours après Pâques. Elle devient une fête « d’obligation » (de se rendre à la messe pour les chrétiens), au même titre que Noël, l’Assomption, ou la Toussaint, lors de la signature du concordat le 16 juillet 1801. La religion catholique étant alors considérée à l’époque comme celle de la majorité des citoyens français.

Lundi de Pentecôte

Il s’agit d’une fête chrétienne commémorant la descente de l’Esprit sain sur les Apôtres le 50e jour après Pâques. Sa célébration est attestée depuis le IVe siècle. En France, c’est la loi du 8 mars 1886 qui déclare ce jour officiellement férié. En 2004, Jean-Pierre Raffarin décide d’en faire une journée de solidarité envers les personnes âgées, le lundi de Pentecôte reste férié mais non chômé dans de nombreuses entreprises. Finalement, en 2008, il redevient férié à part entière, même si le principe de travailler sans rémunération est maintenu par la loi, et donc, laissé à la discrétion de chaque employeur.

La prise de la Bastille : le 14 juillet

Le 14 juillet est la date la plus symbolique des dix années de la Révolution qu’a connu notre pays, entre 1789 et 1799 (fin du Directoire et avènement de Napoléon Bonaparte). Elle marque la prise de la Bastille, une prison datant du moyen âge et qui représente pour le peuple tout l’arbitraire de l’Ancien Régime. N’oublions pas que le 14 juillet fait aussi référence au 14 juillet 1790, jour d’union nationale, lors de la Fête de la Fédération. C’est seulement sous la IIIe République, en 1880, que le 14 juillet est déclaré fête nationale.

L’Assomption: le 15 août

Cette autre fête chrétienne commémore tout à la fois la mort, la résurrection, l’entrée au paradis et le couronnement de la Vierge Marie. Ce jour a été rendu férié en 1638 pour permettre aux chrétiens de se rendre à l’église afin de commémorer l’événement. C’est Louis XIII qui en a décidé
 ainsi, confiant le royaume de France à la Vierge
 Marie, afin de la remercier de lui avoir donné un héritier, alors que sa femme Anne d’Autriche avait tant de mal à être enceinte.

La Toussaint : le 1er novembre

Contrairement aux autres fêtes religieuses de notre calendrier, la Toussaint ne tire pas ses origines de la Bible. Elle a été créée par l’Église pour honorer tous les saints et martyrs, en concurrence de la fête païenne celte du 
« Samain » qui se déroulait le 1er novembre. C’est Charlemagne qui, à la demande de l’Église, en fut l’instigateur, avant que son fils Louis le Pieux l’instaure définitivement en 835. C’est au début du XIXe siècle que
 Pie X fit de la Toussaint une fête « d’obligation ».

La fin de la Première Guerre mondiale: l’armistice du 11 novembre

Cette date marque la fin du premier conflit d’envergure mondiale qui ravagea l’Europe au XXe siècle. Une loi du
 24 octobre 1922 fait de cette date « un jour de commémoration de la victoire et de la paix », et devient une fête nationale.

Noël: le 25 décembre


Il s’agit là de la dernière fête chrétienne de l’année, commémorant la naissance de Jésus-Christ. Historiquement, l’année et le jour de naissance de Jésus de Nazareth ne sont pas connus. Néanmoins, la thèse majoritairement adoptée veut que Jésus soit né un 25 décembre, rendant ce jour férié.

L’exception de l’Alsace et de la Moselle

La Saint-Étienne : le 26 décembre. Si le 26 décembre est pour la plupart d’entre nous synonyme de retour au travail, il n’en est rien pour 
les habitants du Haut-Rhin, du Bas-Rhin et de la Moselle. En redevenant français en 1918, ils refusèrent d’abandonner les avantages offerts par l’Empereur allemand Guillaume II (concordat, assurance sociale
 et jours fériés).

Vendredi saint : deux jours avant Pâques. Ce jour férié mobile est accordé aux protestants par Napoléon-Bonaparte lors du concordat de 1801. Il s’agit du jour où le Christ fut emmené à la croix, avant de ressusciter. Sur le reste du territoire, le Vendredi saint redevient jour ouvré lors de la séparation de l’État et de l’Église en 1905.

Et les autres religions ?

Il n’y a pas en Europe d’autres jours fériés correspondant à d’autres fêtes que celles dédiées au christianisme. Pourtant, en 2003, la commission présidée par Bernard Stasi avait proposé de faire des fêtes juive de Kippour et musulmane de l’Aïd-el-Kébir « des jours fériés dans toutes les écoles de la République ». Idem dans les entreprises, le rapport préconisait de « permettre aux salariés de choisir un jour de fête religieuse sur leur crédit de jours fériés ». Mais toutes ces propositions sont restées lettre morte. Néanmoins, chaque année le ministère de la Fonction publique édite une circulaire distribuée dans les administrations précisant « les autorisations d’absence pouvant être accordées à l’occasion des principales fêtes religieuses des différentes confessions ». Sont ainsi concernées les fêtes de Chavouot (Pentecôte), Roch Hachana et Yom Kippour pour les juifs, Mawlid Nabawi, l’Aïd el-Fitr et l’Aïd el-Kébir pour les musulmans, la Théophanie, le Vendredi saint et l’Ascension julienne pour les orthodoxes, de Vésak pour les bouddhistes et, pour les Arméniens, du Noël arménien (6 janvier), de la Saint Vartan (19 février) et de la commémoration du génocide arménien (24 avril). Ce n’est cependant pas un droit, et les commémorations de ces fêtes ne peuvent être attribuées que « dans la limite de leur compatibilité avec le fonctionnement normal du service ».

Lire aussi : Quels sont les jours fériés en 2016 ?

Audrey Barrère