La pollution londonienne surveillée par une patrouille de pigeons

Dix pigeons équipés de capteurs ont été lâchés dans le ciel de Londres, mercredi 16 mars, pour surveiller la qualité de l’air de la capitale. Une initiative originale inspirée par la startup française Plume Labs. Retour sur cette mesure surprenante.

0
1409
Des pigeons qui surveillent la pollution ©ShutterStock

C’est bien connu, les citadins n’ont jamais été de grands amateurs des volatiles. En particulier des pigeons. Pourtant ces derniers possèdent des qualités qui méritent un peu plus de reconnaissance de notre part. En effet, ces oiseaux des villes sont beaucoup moins sensibles que nous à la mauvaise qualité de l’air. Plus résistants, ils volent plus vite les jours où le taux de particules fines est élevé. Partant de ce constat, c’est donc une équipe de dix pigeons patrouilleurs qui a été lâchée ce mercredi 16 mars dans le ciel londonien, depuis le parc Primrose Hill au nord de la capitale.

Comment ça marche ?

Equipés de sacs à dos miniatures de 25 grammes, Norbert, Winston, Julius, Coco (oui, oui, ils ont des prénoms) et les autres sont chargés de mesurer la qualité de l’air grâce à des capteurs microscopiques qui calculent les niveaux d’ozone, de dioxyde d’azote et des organiques volatils (COV). Les pigeons sont localisables en temps réel via le site pigeonairpatrol.com grâce aux GPS également présent dans leurs petits sacs à dos, qui permettront de déterminer les quartiers les plus touchés par la pollution.

Des pigeons de compétition !

Cette patrouille digne d’une équipe de super-héros a été sélectionnée et triée sur le volet. Ne croyez pas qu’ils se laisseront tentés par une miette de pain. Les volatiles ont en effet été recrutés par Brian Woodhouse, un colombophile qui élève et fait concourir des pigeons voyageurs. Un pigeon est par exemple capable de faire l’aller-retour entre le nord de l’Ecosse et Londres dans la même journée. Il faut se rappeler que ce n’est pas la première fois que des volatiles de ce genre sont recrutés pour des missions, lors de la 1ère guerre mondiale, certains étaient apprivoisés pour transmettre des messages entre les différents fronts.

À l’origine du projet

Cette initiative originale est née dans la tête de Romain Lacombre, créateur de la start-up parisienne Plume Labs et de Pierre Duquesnoy de DigitasLBi. Ces deux jeunes français travaillent en collaboration avec un laboratoire du CNRS ainsi qu’avec une équipe de chercheurs de l’Imperial College London. S’ils ont choisi Londres, c’est que la capitale britannique est une ville extrêmement polluée. Elle connait certains jours un air encore plus toxique que celui de Pékin. Selon une étude du King’s College, la pollution atmosphérique joue un rôle considérable dans le décès d’environ 9500 Londoniens chaque année. A savoir que Londres enregistre aussi des niveaux de dioxyde d’azote bien plus élevés que le reste des capitales européennes.

Les hommes eux aussi bientôt patrouilleurs ?

Cette 1ère expérimentation dans la capitale britannique s’élargira bientôt aux habitants. Plume Labs proposera à 100 Londoniens de s’équiper des même capteurs que ceux des pigeons. Ils suivront en temps réel la qualité de l’air des lieux dans lesquels ils se trouvent, via une application sur leur téléphone portable. Les données seront collectées et analysées par la chercheuse française Audrey de Nazelle, dans le but de cartographier Londres en temps réel. Les deux entrepreneurs souhaitent également exporter le concept à d’autres villes. Alors ne vous étonnez pas si vous apercevez bientôt une patrouille de pigeons dans les rues de Paris.

Lire aussi :

– Les pigeons, des détecteurs de pollution ?

Laura Bonnet