L’algue marine est-elle l’avenir de l’agriculture ?

Et si la solution pour éliminer les antibiotiques, pesticides et autres additifs chimiques utilisés dans l’agriculture se trouvait avec l’algue ? C’est en tout cas ce que propose une entreprise bretonne Olmix qui parie sur ces organismes marins pour améliorer la production animale et ainsi lutter, à court terme, contre l’antibiorésistance chez l’Homme.

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L’algue marine est-elle l’avenir de l’agriculture ? ©ShutterStock

Bien manger pour être en bonne santé, ce n’est désormais plus un secret. Cependant, il est encore difficile de trouver dans les rayons des aliments produits sans additifs chimiques.

Si pour l’homme, les antibiotiques ne sont pas automatiques, ce n’est pas le cas, par exemple, pour les poulets qui sont souvent sous antibiotiques pour prévenir les épidémies. Ces antibiotiques résistants et présents dans le poulet sont par la suite ingurgités par les consommateurs. Ainsi, à force de consommer des antibiotiques, l’Homme développe une résistance et ne peut plus soigner des infections communes qui jusqu’ici étaient traitées facilement. C’est ce que l’on appelle, l’antibiorésistance. « 75% des maladies humaines sont d’origine animale », affirme Jocelyne Arquembourg, professeure en Sciences de l’information et de la communication à la Sorbonne.

Mieux produire pour améliorer la santé de l’Homme

Dans un rapport rendu fin 2014 au gouvernement britannique sur ce sujet, Jim O Neil, ancien chef économiste de Goldman Sachs, prévoit qu’en 2050 « la surmortalité due aux infections par des bactéries antibiorésistantes sera de 10 millions de morts par an dans le monde, plus que le cancer ou toute autre maladie. » Pire, « des infections communes et des blessures légères qui sont traitées depuis des décennies peuvent à nouveau tuer, avertit Charles Penn, coordinateur de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS). L’humanité est entrée dans une nouvelle ère (…) où l’on pourra mourir d’infections banales ou de blessures légères. »

Aujourd’hui, ce sont l’élevage et les éleveurs qui commencent à être pointés du doigt comme partiellement responsables. Face à cette prise de conscience internationale, l’Union Européenne a déjà réduit le recours aux antibiotiques en élevages en interdisant leur usage pour augmenter les performances de croissance des animaux. Mais cela sera-t-il suffisant dans les prochaines années ?

L’algue, la solution alternative

D’ici 2050, nous serons 9 milliards sur Terre. Alors comment produire davantage sans utiliser des antibiotiques ou autres additifs chimiques ? La solution pourrait ainsi se trouver dans les algues marines que l’on retrouve sur nos côtes bretonnes.

Qu’elle soit verte, rouge ou brune, l’algue marine, en plus d’être une source inépuisable, possède des propriétés nutrionnelles exceptionnelles. Riche en protéines, celle-ci pourrait devenir l’alternative naturelle à tous les produits chimiques utilisés dans la production agricole. Pour Hervé Balusson, le PDG d’Olmix Group, initiateur de cette innovation, « les algues peuvent en effet soigner plus efficacement et durablement les animaux d’élevages, améliorer la nutrition et la protection des plantes et même limiter l’utilisation d’additifs chimiques en agroalimentaire : autant d’innovations qui, au final, devraient garantir un avenir durable aux habitants de la planète », d’ici l’horizon 2050.

Les premiers poulets élevés aux algues

Pour preuve, Olmix Group a lancé un vaste programme pilote où des éleveurs de volailles du Morbihan n’utilisent plus du tout d’antibiotiques à titre de prévention mais seulement quand cela est nécessaire. Pour les remplacer, ces poulets ont été nourris à l’algue. La première filière française a ainsi vu le jour : la « Breizh Algae Chicken ».

Le goût de ces volailles élevées aux algues n’est pas altéré. Il est exactement le même que ceux que l’on a l’habitude de déguster.

Forte de ce succès, la firme bretonne souhaite désormais étendre leur programme « bleu » à toute la chaîne alimentaire (cochons, dindes, poissons) et vise les marchés internationaux dont la Chine et l’Afrique. Le PDG Hervé Balusson voit grand, même très grand. « Nous sommes prêts à conquérir le monde », a-t-il ainsi affirmé.

Retrouvez cet article le blog de Made in Potager, le portail qui met en relation producteurs et amateurs de bons produits.  

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Marine Vautrin