L’Allemagne contre le foodporn

L’Allemagne a voté une loi qui interdit aux consommateurs de prendre en photo leur plat et de les publier sur un Instagram, si celui-ci est considéré comme « une œuvre d’art ».

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Le contrevenant se risque ainsi à payer quelques milliers d’euros d’amende. ©ShutterStock

Loin d’être « le pays de la gastronomie », l’Allemagne reste tout de même intransigeante sur la cuisine. Il existe désormais une loi, outre-Rhin, qui interdit les consommateurs de prendre une photo de leur plat et de la diffuser sur Instagram, sous peine d’amende, si celui-ci [le plat] est considéré comme une «œuvre d’art ».

Un plat est soumis à la propriété intellectuelle

Comme le révèle le journal Die Welt, la loi stipule que photographier son assiette dans un restaurant et la partager sur les réseaux sociaux, sans la permission du chef, équivaut à une atteinte aux droits d’auteur. Le contrevenant se risque ainsi à payer quelques milliers d’euros d’amende.

« Dans ce cadre précis, le créateur de l’assiette a le droit légitime de décider où et dans quelle mesure son travail peut être reproduit », explique Niklas Haberkamm, juriste allemand. Et par conséquent, de saisir la justice en cas de non-respect de ce droit par un de ses clients.

Même si cette décision de la cour fédérale date de 2013, et que jusqu’à aujourd’hui aucune poursuite n’est à relever, l’avocate Anne-Kathrin Renz recommande la prudence. Le statut « d’œuvre » d’un plat dépend du degré de travail dans sa conception. Un menu fastfood n’est pas concerné par la loi, mais « une assiette qui a été dressée minutieusement », elle, entre dans le cadre des œuvres protégées, restaurant gastronomique, ou pas.

Foodpron bientôt interdit en France ?

Une jurisprudence qui donnera l’exemple ailleurs ? Car, il n’y a pas qu’en Allemagne que la tendance du « Foodporn » agace. Avec la multiplication des smartphones et la démocratisation des réseaux sociaux, le Foodporn – prendre en photo son plat et la partager – est devenu une pratique plus qu’habituelle. En février 2014, le chef d’un restaurant classé 3 étoiles au Guide Michelin, se plaignait de cette tendance : « Une photo prise avec un smartphone est rarement bonne. Cela ne donne pas la meilleure image de notre travail, c’est embêtant », expliquait Gilles Goujon. « Ça enlève la surprise, et on peut être copié », renchérit-il.

Si le Foodporn pose quelques questions, il en inspire d’autre. Google, par exemple, expérimente une application photo qui serait en mesure de donner le nombre de calories d’un plat, seulement en le flashant.

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Laurie Ferrère