L’assurance-vie à la loupe

Fini le ronronnement en matière d’assurance-vie. Performances en recul et contrats fichés, l’épargne préférée des Français est soumise cette année à divers changements.

0
1145
L’assurance-vie à la loupe ©ShutterStock

Longtemps placement préféré des Français, le livret A n’a plus la cote. Avec 12 milliards de retraits nets en 2015, ce compte épargne qui ne rapporte pas plus de 0,75% est délaissé au profit de l’assurance-vie. Rien qu’entre janvier et août dernier, les Français y ont déposé 17,3 milliards de plus que l’année précédente. Des dépôts en hausse de 13%. L’assurance-vie, qui représente aujourd’hui 40% de l’épargne financière des ménages, présente un certain nombre d’avantages. Ce contrat d’épargne, signé entre un assuré et un assureur (qui peut- être un banquier ou un courtier) est, contrairement aux idées reçues, une épargne disponible. Il faut juste savoir qu’en retirant l’argent avant les fameux huit ans, les intérêts sont fiscalisés. Par ailleurs, les capitaux
 de l’assurance-vie sont rarement soumis à l’impôt sur les successions. En effet, les bénéficiaires sont exonérés des droits de succession jusqu’à 152 500 euros de capital transmis à condition tout de même que les versements du souscripteur aient été faits avant ses 70 ans.

Rendements en baisse

Pourtant, l’assurance-vie n’est pas un placement miracle. Investie dans un « fonds en euros », elle rapporte rarement plus de 3%. En 2014, ces contrats d’assurance-vie n’ont dégagé que 2,54% de rentabilité. Les chiffres de 2015 ne devraient pas faire mieux et ceux de 2016 ne s’annoncent pas plus enthousiasmants. Le rendement des assurances-vie en fonds d’euros est globalement à la baisse, même s’il varie d’une compagnie ou d’une banque à l’autre. Le taux serait plus proche des 2% dans les banques et compagnies traditionnelles et plus proche des 3% dans les associations d’assurée, les courtiers en ligne et les mutuelles. En cause : les taux obligataires souverains très bas. En effet, dans les assurances-vie en fonds en euros, le capital déposé est placé par la banque, le courtier en ligne ou la compagnie d’assurance, sur le marché des obligations à long terme. Ce qui en fait un placement sûr qui ne risque pas d’entamer le capital et qui normalement rapporte toujours un peu chaque année. Mais les taux des obligations étant très bas actuellement, les contrats d’assurance-vie en fonds d’euros ne peuvent pas rapporter beaucoup.

En réalité, les choses ne sont pas si simples. En fait, courtiers, banquiers et assureurs renforcent actuellement leur Provision pour participation aux excédents (PPE). Concrètement, ils ne versent pas le maximum de ce qu’ils peuvent verser aux souscripteurs des assurances-vie car ils retiennent une partie des gains obtenus sur le marché des obligations, faisant ainsi une provision. Cette dernière, parfaitement légale, doit être redistribuée au plus tard dans les huit ans. Elle permet de parer les coups durs, c’est-à-dire de rétribuer les épargnants les années de vaches maigres. Cette situation conduit les experts à penser que l’assurance-vie en fonds en euros est en mauvaise posture.

Placements plus risqués

Reste les assurances vie en unités de compte. Investi en Bourse, le capital peut dans ce cas, mais ce n’est pas certain, rapporter davantage que les assurances-vie en fonds en euros. Cette option est plus risquée, non seulement car le rendement n’est pas sûr, mais aussi et surtout car le capital peut être en partie perdu. Par ailleurs, pour inciter les ménages à épargner utile, l’État a conçu un nouveau placement : l’assurance-vie en fonds « euro-croissance ». L’idée est d’encourager l’investissement dans les entreprises de taille intermédiaire (ETI). L’épargne sera répartie en deux types d’investissement : l’un risqué et l’autre plus sécurisé.

Censée rapporter plus que les fonds en euros, cette assurance-vie plus risquée rend de fait l’épargne indisponible. Car il faut compter minimum huit ans pour être certain de récupérer sa mise ! Le fonds euro croissance ne se révèle intéressant que pour les épargnants qui ont du temps devant eux. Autre fonds mis en place, le contrat « vie génération ». L’épargne devant dans ce cas être investie dans les petites et moyennes entreprises, dans l’immobilier locatif ou intermédiaire, ou dans l’économie sociale et solidaire. En échange, les souscripteurs bénéficient d’un certain nombre d’avantages. Moralité, avant de souscrire une assurance-vie, il est plus que jamais primordial de bien préparer l’entretien avec son banquier ou son assureur. Histoire de bien mesurer l’équilibre bénéfices/risques !

Fini les contrats en déshérence

Il y a encore peu de temps, les bénéficiaires de contrats d’assurance-vie n’étaient pas toujours informés d’en être les légataires. Et il suffisait de tomber sur un notaire paresseux pour passer à côté de son argent. C’est ce qu’on appelait les comptes en déshérence. Depuis le 1er janvier 2016, il existe un Fichier centralisé des contrats d’assurance-vie (FICOVI). Les banquiers et autres assureurs sont priés d’informer l’administration de l’existence de chaque compte d’assurance-vie et de communiquer 
le nom et le prénom du titulaire, la date de souscription, les opérations effectuées, le nom du ou des bénéficiaires et le montant des sommes transmises en cas de décès du souscripteur. Officiellement, cela permet aux bénéficiaires de savoir qu’un pactole les attend ; en réalité, cela permet à l’administration fiscale de lutter contre la fraude, de nombreux bénéficiaires ne déclarant pas le don perçu aux impôts.

Bon à savoir : des frais d’entrée sont 
demandés à l’ouverture de votre contrat d’assurance-vie et peuvent atteindre 5 % du montant placé. Pensez 
à les négocier ! 
Peu de gens le savent avant d’être confrontés à la situation : l’assurance-vie est le seul placement financier qui ne peut être transféré d’un établissement à un autre. De nombreux placements sont limités
en nombre. Ce n’est pas le cas de l’assurance-vie. Rien n’interdit en 
effet de souscrire plusieurs 
contrats !

Lire aussi : L’assurance au kilomètre, un bon plan ?

Alexandra Da Rocha