Le glyphosate, son risque cancérigène minimisé

Le débat sur la réautorisation du glyphosate en Europe est relancé, à quelques jours de la décision de l'UE. Une nouvelle étude minimise la dangerosité du glyphosate tandis qu'une vidéo met en garde contre le risque cancérigène de la molécule que les instances publiques tenteraient de dissimuler.

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Le glyphosate, son risque cancérigène minimisé ©ShutterStock

Il est « improbable » que le glyphosate, la substance contenue dans le Round Up, « constitue un risque cancérigène pour les humains » selon un rapport publié lundi 16 mai par la Joint Meeting on Pesticide Residues (JMPR), un comité commun à l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Cette expertise conclut que « le glyphosate est probablement peu génotoxique [toxique pour l’ADN] aux expositions alimentaires anticipées », rapporte Le Monde.

Pourtant, le Centre international de recherche contre le cancer (CIRC) de l’OMS l’avait classé en mars 2015 comme probablement cancérigène. Toutefois, les résultats de ces deux études ne seraient pas contradictoires mais plutôt complémentaires. Celle menée l’année dernière présente le risque sur la santé humaine en cas de forte exposition tandis que la seconde s’est intéressée aux dangers liés à l’ingestion de la molécule. En effet, une dose journalière est admissible si elle est inférieure à 1 mg de glyphosate par kg de masse corporelle. 

Un débat sans fin

Un nouvel élément vient alimenter cette saga qui tourne autour du glyphosate. Dans une vidéo postée la semaine dernière sur les réseaux sociaux, intitulée « Le glyphosate : un tissu de mensonges », l’ONG We Move Europe remet en cause la décision de l’Efsa, l’autorité sanitaire européenne, de ne plus considérer le glyphosate comme dangereux. En effet, cette institution s’est basée sur des rapports des industriels (Monsanto et autres fabricants d’herbicides) sans critiquer leurs arguments. L’ONG, qui se présente comme un mouvement qui milite pour une meilleure Union européenne, attachée à la justice sociale et économique, à la gestion durable de l’environnement, et à l’implication des citoyens dans les processus démocratiques, dénonce donc les « tours de passe-passe » de ces derniers pour « contourner les règles administratives ». Selon elle, les autorités responsables seraient fautives en acceptant ces conclusions.

 

Le glyphosate toujours autorisé ?

Selon l’interprétation que l’on se fait lors de la lecture des différentes études scientifiques, les conclusions tirées peuvent être opposées. Pourtant, il va bien falloir donner une réponse favorable ou défavorable au renouvellement de l’herbicide le plus utilisé au monde. Les 18 et 19 mai prochain, l’UE décidera de prolonger ou pas l’autorisation de cet herbicide d’une durée de 10 ans, dont l’autorisation de renouvellement arrive à échéance début juillet en Europe. Le Parlement européen avait proposé un renouvellement de sept ans seulement, contre 15 initialement, lors d’un vote le 13 avril dernier, sous réserve de quelques conditions : interdiction du produit s’il existe un substitut, transparence des publications d’études confidentielles et réévaluation indépendante des risques potentiels du glyphosate dans les denrées alimentaires.

Autant dire que le glyphosate divise l’Europe. La France et l’Autriche ont exprimé leur inquiétude quant au caractère cancérigène de la substance. D’ailleurs Ségolène Royal, ministre de l’Écologie s’est prononcée contre une nouvelle autorisation tandis que le Premier ministre Manuel Valls a parlé d’une autorisation parcellaire. La Grande-Bretagne est quant à elle pour son utilisation. L’Allemagne, une des puissances agricoles du continent, pourrait s’abstenir du vote.

Lire aussi : Roundup : le risque cancérigène jugé « improbable »

Roumaissa BENAHMED