Le mystère de la robe bleue (blanche ?) résolu ?

En février, une robe sème le trouble sur le web. Trois études expliquent aujourd'hui pour quelles raisons certaines personnes voyaient un ensemble bleu et noir tandis que d'autres percevaient un vêtement blanc et or.

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La mauvaise qualité de la photo présentant la robe pousserait le cerveau a percevoir une autre couleur que le bleu. - crédit photo : Swiked ©DR

Est-elle blanche avec des détails dorés ou bleue et habillée de coutures noires ? C’était LA grande question posée en boucle sur les réseaux sociaux fin février. En cause, une photographie postée par une jeune Écossaises sur laquelle on aperçoit une robe bleue… à moins qu’elle ne soit blanche… Personne n’arrive à se mettre d’accord. Les uns voient un vêtement de couleur sombre, les autres une tenue de couleur claire. Pourquoi ne visualisons-nous pas les mêmes teintes ? Afin d’expliquer ce phénomène surprenant, plusieurs chercheurs se sont penchés sur l’image en question. Trois études publiées le 14 mai dans la très sérieuse revue Current Biology percent ainsi le mystère.

1. La perception de la couleur bleue est complexe

Dans la réalité, la robe est bleue et tout le monde la voit bleue. Ce qui pose problème, c’est la photographie. Sur 1 401 personnes interrogées dans des conditions contrôlées scientifiquement, une petite majorité (57 %) voit le vêtement bleu et noir sur le cliché, 30 % blanc et doré. 11 % des sondés le perçoivent bleu et marron, 2 % déclarent observer d’autres couleurs. Une première équipe de scientifiques explique que le souci vient de la couleur d’origine : le bleu. En effet, si l’ensemble avait été rouge et vert, par exemple, il n’y aurait pas eu de telles divergences.

« Notre vision nous permet de savoir si l’on regarde du papier blanc sous une lumière rouge, ou du papier rouge sous une lumière blanche, mais ce processus ne fonctionne pas aussi facilement pour toutes les couleurs, et le bleu est l’une de ces couleurs problématiques », résume le New York Times, reprenant les propos de Michael Webster, psychologue à l’Université de Nevada (États-Unis) et principal auteur de ces travaux.

2. Robe bleue ou blanche : l’importance de l’éclairage

Un deuxième groupe d’experts américains a constaté que les individus percevant un article blanc et doré étaient principalement des personnes plus en phase avec les heures de lever et de coucher du soleil, soit plus habituées à la lumière naturelle, plus froide et plus sombre que la lumière artificielle (plus jaune). En clair, elles retireraient de manière automatique davantage de bleu qu’une autre personne afin de faire deviner à leur cerveau la couleur réelle d’une photo. Voilà pourquoi elles percevraient plutôt le vêtement blanc et doré. À l’inverse, l’autre partie de la population soustrairait plus de jaune donc aurait tendance à voir la robe bleue (la couleur réelle).

Petit problème. Certains individus ne perçoivent pas la même teinte à chaque fois. Les scientifiques pensent que ce changement pourrait être lié à ce qu’ils ont regardé juste avant d’observer l’image (la lumière du soleil, un objet noir…). Une troisième étude, allemande cette fois-ci, a ainsi révélé qu’en fonction de la lumière projetée sur la robe, la vision des cobayes étaient différentes.

3. Si la photo est de mauvaise qualité, le cerveau s’embrouille

Une autre expérience a consisté à demander aux observateurs de faire correspondre la couleur qu’ils voyaient avec celle d’un cercle chromatique. Résultats : les perceptions vont du bleu très clair au bleu roi d’un côté, et du beige au noir de l’autre. Les différences ne sont donc pas si grandes. La couleur de la robe passe du blanc au doré et du bleu au noir selon la luminosité perçue de la couleur.

Certains spécialistes estiment, par ailleurs, que la taille et la netteté de l’image jouent aussi un rôle. Selon le Dr Conway, la mauvaise qualité du cliché pousse ainsi à l’erreur. Comme notre cerveau ne dispose pas de suffisamment d’informations, il interprète les coloris de la photo comme bon lui semble.

En résumé, inutile de se chamailler. Chacun perçoit les couleurs de l’image comme son esprit le veut bien.

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Damien Rigat