Le nouveau langage de la pédagogie

L’Éducation nationale a publié ses nouveaux programmes scolaires. 188 pages de descriptifs sur les savoirs que devront acquérir les élèves du CP à la troisième, à partir de septembre 2016. Sauf qu’on n’est pas sûr de tout comprendre.

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Les langues étrangères, elles, permettront dorénavant « d’aller de soi et de l’ici vers l’autre et l’ailleurs » ©ShutterStock

Le Conseil supérieur des programmes a dévoilé les nouveaux programmes scolaires. Un manuel qualifié de moins « encyclopédique » que les précédents, qui tend à s’appuyer davantage sur la notion de compétences et de transdisciplinarité. Ces programmes se divisent en trois grands cycles qui décrivent les savoirs que devront acquérir les élèves du CP à la troisième, dès septembre 2016.

Alors que l’Éducation nationale se targue de nouveaux textes « plus simples et plus lisibles », à la page 35 c’est tout le contraire : « Les apprentissages pensés de manière « spiralaire » et « curriculaire » seront approfondis tout au long de la scolarité en convoquant des registres explicatifs de plus en plus élaborés et complexes ». C’est cela, « élaborés et complexes ».

Le sport est devenu un concept très imagé

À la lecture de ses 188 pages pensées par les pédagogues de l’Éducation nationale, l’impression est donnée de faire plus compliquer que simple. Ainsi, les nouveaux programmes scolaires pullulent de formulations métaphoriques, voire totalement abstraites.

En 2016, vos enfants n’apprendront plus à nager mais à « traverser l’eau en équilibre horizontal par immersion prolongée de la tête dans un milieu aquatique profond standardisé ». Ils ne joueront plus au tennis ou au badminton mais seront à la « recherche du gain d’un duel médié par une balle ou un volant [pour] vaincre un adversaire en lui imposant une domination corporelle symbolique et codifiée ». Pas sûr que ce jeu-là soit autorisé au moins de 18 ans.

On n’apprend plus, on manifeste sa sensibilité

Les langues étrangères, elles, permettront dorénavant « d’aller de soi et de l’ici vers l’autre et l’ailleurs » – un petit remix de la maxime « Qui suis-je, où vais-je, dans quelle langue étrangère ? ». Finis également la rédaction d’un devoir et la réponse à une question : il suffira de « produire des messages à l’oral et à l’écrit ». Pédagogie 2.0 ? Doit-on remercier Sylvie Queval, philosophe de l’éducation à l’origine de la notion de pédagogie spiralaire en 1960, qui trouve dans la « métaphore de la spirale une façon juste d’exprimer qu’apprendre est un processus continu qui suppose une reprise constante de ce qui est déjà acquis » ? La tête nous en tourne.

À vos « outils scripteurs », il y a tout à ré apprendre. Pourquoi faire si compliqué ? Pourquoi un tel jargon ?

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Laurie Ferrère