Les objets connectés menacent-ils la vie privée ?

Bracelets, thermostats, réfrigérateurs… de plus en plus d’objets du quotidien sont connectés à Internet. Censés nous faciliter la vie, ils peuvent également se transformer à notre insu en vilains mouchards.

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La montre connectée détient de précieuses informations sur votre compte... les garde-t-elle pour elle ? ©ShutterStock

Ils sont beaux, intelligents et à notre écoute. Les objets connectés ont le vent en poupe. Difficile d’y échapper. D’après une étude Gartner, on comptera 26 milliards d’objets connectés d’ici 2020. Mais de quoi parle-t-on exactement ? Un objet connecté est muni de capteurs capables d’envoyer des informations vers un smartphone, une tablette ou directement vers Internet grâce au Bluetooth ou au Wi-Fi.

À quoi ça sert ? À nous faciliter la vie, disent leurs promoteurs. Imaginez un monde où votre oreiller connecté vous réveille au moment idéal en analysant vos phases de sommeil, où votre réfrigérateur vous aide à faire les courses, où votre cafetière commande elle-même des dosettes lorsqu’il n’y en a presque plus. Plus besoin de réfléchir au menu, votre bracelet connecté vous indique ce que vous avez le droit de manger en fonction du nombre de calories que vous avez perdues dans la journée. Et votre brosse à dents, elle, vous indique le pourcentage de tartre à éliminer après chaque repas. Tout ceci n’est pas de la science-fiction, certains de ces objets existent déjà ou sont prêts à sortir sur le marché.

L’Internet des objets, cet immense réseau d’appareils connectés, fait saliver tous les industriels qui surfent sur cette nouvelle révolution numérique. Preuve de ce succès, une chaîne de boutiques entièrement dédiée aux objets connectés, Lick, a ouvert il y a quelques mois en France.

Les objets connectés au coeur de la maison

Les objets connectés ne sont pas de nouveaux appareils. Ce sont juste des produits que nous utilisons au quotidien qui ont été réinventés et améliorés pour apporter de nouvelles fonctionnalités. Le smartphone est au coeur de ce système connecté. Pour entrer dans votre maison, plus besoin de clés. C’est votre mobile qui sert à déverrouiller la porte grâce à une serrure connectée. Le produit existe déjà et s’appelle Okidokeys.

Grâce à la station météo Netatmo, vous recevez des alertes quand la qualité de l’air de votre intérieur est mauvaise et qu’il faut aérer la pièce. Vous avez égaré votre sac à main ? Grâce au localisateur Gablys, vous le retrouvez en quelques secondes grâce à votre smartphone. Et lorsqu’une personne ayant l’application Gablys détecte un Gablys déclaré perdu, il communique automatiquement la position GPS de ce dernier.

Bientôt la fin de la journée au bureau. Depuis votre smartphone, vous lancez une lessive grâce à votre lave-linge connecté ; elle sera terminée quand vous rentrerez chez vous.

Les objets connectés à la pointe du sport et de la santé

Si les objets connectés inondent tous les domaines, ils sont plus particulièrement présents dans celui du sport et bien-être. Leurs fonctionnalités sont multiples et surfent sur la tendance du Quantified self, c’est-à-dire mieux se connaître grâce à ses données. L’un des produits phares est le bracelet connecté, une sorte de coach santé virtuel. Il permet notamment de prendre votre pouls, de compter vos pas quotidiens, la distance parcourue et les calories brûlées. Les plus évolués offrent aussi la possibilité de piloter un lecteur de musique et affichent les notifications de votre smartphone quand vous recevez un appel ou un SMS par exemple.

Toujours dans le domaine du bien-être et de la santé, voici la fourchette connectée. Si vous mangez trop vite, elle se met à vibrer. Objectif : ralentir votre coup de fourchette à table et faciliter la digestion. On trouve aussi des bodies connectés pour les bébés qui surveillent leur respiration, leur température corporelle et leur niveau d’activité grâce à des capteurs directement intégrés dans le vêtement.

Enfin, dans le genre insolite, il existe également une gamelle connectée pour chien branché, un diffuseur d’odeur connecté pour amoureux et même un sextoy pour vibrer à distance par smartphones interposés.

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Des données très convoitées

La sécurité de ces appareils est aujourd’hui pointée du doigt. Tous ces objets capables de communiquer entre eux et d’être contrôlés à distance contiennent des failles de sécurité. Ils sont mal protégés contre les virus et les pirates informatiques. Le géant Hewlett-Packard a réalisé cette année une étude dont les conclusions sont pour le moins troublantes. 70 % des objets connectés évalués présentaient de nombreuses vulnérabilités qui pourraient être facilement exploitées. Neuf des dix appareils testés collectaient des informations personnelles : de l’adresse mail au numéro de carte bancaire. 60 % d’entre eux ne cryptaient pas les données et 80 % ne requéraient pas de mots de passe suffisamment sécurisés.

Par ailleurs, un rapport de la CNIL paru début juin soulève les enjeux de la vie privée liés aux objets connectés et met en garde les utilisateurs contre les outils de mesure de santé. Partager volontairement ou à votre insu des données liées à votre poids ou à votre fréquence cardiaque, par exemple, vous expose à figurer dans des fichiers de santé non officiels.

Les compagnies d’assurance lorgnent déjà sur toutes ces précieuses données. Aux États-Unis, certaines proposent à leurs assurés de s’équiper d’un bracelet connecté en échange d’une ristourne sur leur contrat. On peut y voir une incitation altruiste à faire du sport. Ou alors un intérêt très commercial. Dans quelques années, nous serons peut-être priés par notre compagnie d’assurances d’adopter un comportement sain, données à l’appui, sous peine de payer une surprime ou d’être tout simplement rayés de son fichier clients…

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Solenne Durox