Les parfums d’ambiance sont-ils dangereux ?

Bougies parfumées, parfums d’intérieur, bâtons d’encens ou diffuseurs d’odeurs : que leur composition soit naturelle ou industrielle, ils contiennent des substances chimiques. Sont-ils polluants ? Quels sont les risques pour notre santé ? Réponse à tout! fait le point.

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Les bougies parfumées émettent également de l’acroléine, une molécule irritant la peau et les muqueuses. ©ShutterStock

Les effets des parfums d’ambiance sur l’air intérieur de nos logements suscitent des interrogations. Il existe peu d’études sur leur toxicité. L’institut national de l’environnement industriel et des risques (Ineris) et le Centre scientifique et technique du bâtiment (CSTB) se sont penchés sur la question, mais uniquement pour les bougies parfumées et l’encens.

D’après ces études, leur composition et leur combustion émettent des polluants dont des composés organiques volatils (COV) tels que le benzène et le formaldéhyde, tous deux reconnus cancérigènes par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC). Les bougies parfumées émettent également de l’acroléine, une molécule irritant la peau et les muqueuses. L’air respiré chez vous n’avait pas besoin de ça pour être pollué, de nombreuses substances provenant par exemple des matériaux de construction, de vos meubles ou de la peinture qui vous a servi à repeindre le salon s’occupent déjà de le rendre de mauvaise qualité.

Faut-il avoir peur de ces substances ?

Toutes ces substances chimiques présentent un risque potentiel pour notre santé : allergies, irritations des voies respiratoires et des muqueuses. Mais pas de panique, tout ce qui brûle émet des polluants, votre feu de cheminée par exemple, et ce n’est pas pour autant que vous suffoquez ou vous couvrez de plaques quand vous allumez une flambée. Ce n’est donc pas parce que vous utilisez une fois un parfum d’intérieur, de l’encens ou des bougies parfumées que vous allez être malade. « En revanche, quelle que soit la concentration en polluants dans l’air, s’ils sont utilisés tous les jours, cela peut s’avérer dangereux, c’est ce qu’on appelle l’exposition chronique », souligne l’Association santé environnement France (Asef). « Il y a de plus l’effet cocktail, car dans l’air intérieur, les bougies et encens ne sont pas les seuls à émettre des polluants. Il y a également les peintures, les produits d’entretien ou les meubles : autant de sources de pollution qui à terme peuvent être néfastes pour notre santé », conclut l’association.

En effet, on sait que les COV et les particules dégagés par les bougies et l’encens sont cancérigènes ou allergisants, mais ils ne sont pas en assez forte concentration pour provoquer un cancer. Le laboratoire Chimie environnement d’Aix-Marseille Université arrive aux mêmes conclusions dans une étude sur les composants des émissions des bougies et de l’encens : le projet Ambisafe. Il précise que brûler une bougie et de l’encens dans l’atmosphère augmente les polluants, mais les normes ne sont pas dépassées pendant longtemps. Une pièce n’est jamais étanche à 100 %. Grâce à cette ventilation, les COV et les particules s’évaporent rapidement.

Et les huiles essentielles ?

L’utilisation des huiles essentielles (HE) est de plus en plus à la mode et les parfums d’ambiance n’y échappent pas. Diffuseurs à tiges, brumisateurs ou diffuseurs électriques, le consommateur a un large choix. Leur utilisation est-elle sans danger ? S’il existe une norme Afnor concernant les critères de qualité des huiles essentielles, il n’y a pas de normes légales stricto sensu à respecter. Chaque société s’impose ses propres règles.

Un artisan interrogé fournit une fiche de sécurité au laboratoire qui crée les huiles essentielles. La marque Aroma-Zone applique des normes internes basées sur vingt ans d’expérience : « Nous analysons systématiquement en laboratoire que les composants de l’huile essentielle ne sont pas toxiques », explique Émilie Jolibois, experte recherche ingrédients de la marque. Cela ne signifie pas que vous ne pouvez pas développer une allergie.

Une allergie de contact est toujours possible, par exemple avec les gouttelettes transportant l’HE sur la peau. Ce qui est vrai pour les huiles diffusées ou vaporisées n’est pas vrai lorsqu’elles sont chauffées. Les molécules se dégradent et modifi ent les composants, dégageant des composés organiques volatils (COV) potentiellement irritants et/ou allergisants. Émilie Jolibois rappelle que toutes les HE ne se diffusent pas. Il faut respecter les précautions mentionnées sur le flacon et les doses. Bref, ne jouez pas à l’apprenti sorcier !

Bientôt un étiquetage spécifique

Dans un rapport publié en 2011, l’Ineris propose de développer un étiquetage pour les produits susceptibles d’émettre des polluants dans l’air intérieur. Fin 2013, le plan d’action sur la qualité de l’air prend en compte cette proposition et prévoit que les produits les plus polluants, par exemple les encens qui émettent plus de 2 μg/m3 de benzène, seront interdits. De plus, le troisième Plan national santé environnement (PNSE 3) indique que des produits désodorisants d’intérieur (encens, bougies et autres produits masquant d’odeur) vont faire l’objet d’un étiquetage quant à leurs émissions en polluants volatils (COV).

Le PNSE 3 devrait être adopté fin 2014. Mais il faudra du temps pour que l’étiquetage soit effectif. En attendant, l’Asef préconise tout simplement d’aérer pour supprimer les mauvaises odeurs et de ne pas se fier à la mention « 100 % naturel » : « Cela ne veut rien dire, car ça peut être 100 % naturel mais dangereux. Ce qui entre dans la composition du produit n’est pas forcément ce qu’il dégage », insiste l’association.

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Gabrielle Khan