L’hormone de l’amour nous pousserait à mentir

L'ocytocine est parfois appelée l'hormone de l'amour car elle joue un rôle dans la création de liens entre les êtres humains. Selon une étude israélienne, c'est aussi elle qui inciterait les individus à mentir au profit de leur groupe d'appartenance.

0
938
« Les gens veulent bien contourner des règles éthiques (et mentir) afin d‘aider ceux qui leur sont proches, comme leur équipe ou leur famille », souligne le Pr Shalvi, l'un des auteurs de l'étude. - crédit photo : freeteo ©ThinkStock

Celle que l’on nomme « hormone de l’amour » nous pousserait à mentir au profit de nos semblables. Connue pour favoriser la création de liens entre individus, l’ocytocine jouerait également un rôle non négligeable dans notre capacité à tricher. Selon une étude menée par une équipe de l’Université Ben Gourion de Néguev, en Israël, l’hormone inciterait les individus à mentir afin de protéger leur groupe. Les résultats de ces travaux ont été publiés le 31 mars dans la revue Proceedings of the National Academy of Science.

Les hommes ayant reçu de l’ocytocine mentent deux fois plus

Soixante hommes ont été mobilisés dans le cadre de cette étude. Certains ont reçu une dose d’ocytocine, d’autres un placebo. Trois groupes ont ensuite été formés. Les participants devaient prédire une séquence de dix pile ou face et indiquer eux-mêmes s’ils s’étaient trompés. Ils pouvaient donc mentir pour faire gagner leur équipe et ainsi remporter une certaine somme d’argent.

Statistiquement, il n’y a qu’une chance sur cent de deviner avec exactitude dix séries de pile ou face. Résultats du test : 53 % des hommes ayant reçu de l’ocytocine ont affirmé n’avoir commis aucune erreur, contre 23 % des individus ayant reçu le placebo. « Les effets du traitement émergeaient quand le mensonge avait des conséquences financières et que de l’argent pouvait être gagné, remarquent les auteurs des travaux. Quand des pertes étaient en jeu, les individus sous placebo ou sous ocytocine mentaient dans les mêmes proportions. »

Mentir pour préserver son groupe

« Nos résultats indiquent que les gens veulent bien contourner des règles éthiques afin d‘aider ceux qui leur sont proches, comme leur équipe ou leur famille », décrit Shaul Shalvi, du département de psychologie du l’Université Ben Gourion. Ils révèlent aussi que l’origine du mensonge serait en partie biologique. L’ocytocine pousse ainsi à mentir, « pour protéger et alimenter le bien-être des autres ». Selon le chercheur, l’étude soulève une question : « Tous les mensonges sont-ils immoraux ? ». « Ces découvertes s’insèrent dans une perspective fonctionnelle qui montre que la malhonnêteté est modulable et issue de circuits neurobiologiques évolués, souligne le Pr Shalvi. Elles soulignent également le rôle des liens et de la coopération dans le façonnement de la malhonnêteté. »

Sur le même thème :

Lire aussi : Ces habits deviennent transparents en cas de mensonge (vidéo)

Lire aussi : Effet Pinocchio – Votre nez peut bel et bien dire si vous mentez

Cécile David