Malaria : des médicaments contrefaits en circulation

Une enquête menée de 1999 à 2010 révèle que de nombreux médicaments distribués contre le paludisme sont contrefaits ou inefficaces. « Un crime contre l’humanité », selon les auteurs de l’étude.

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Malaria : des médicaments contrefaits en circulation ©ThinkStock

L’Institut national de la santé américain a dévoilé un constat on ne peut plus alarmant dans The Lancet Infectious Disease. De nombreux médicaments contre la parasitose sont inefficaces, mal emballés ou encore contrefaits.

Un véritable scandale pour les pays affectés par le paludisme, puisque ces mauvais médicaments en circulation limitent l’efficacité du traitement. Pire encore, dans certains cas, ils favorisent la résistance aux médicaments du Plasmodium, parasite responsable de la maladie.

20 à 46% de médicaments inefficaces

Parmi les traitements envoyés en Asie du Sud-Est et en Afrique Subsaharienne, 20 à 46% auraient une faible qualité ou seraient carrément inefficaces, ne contenant aucun principe actif.

Ces aberrantes révélations proviennent de 27 publications menées entre 1999 et 2010, sur la qualité des thérapies antipaludiques. La maladie fait environ 650 000 morts par an dans le monde, bien que ce chiffre soit sujet à polémique.

La plupart des dégâts, conséquence de la circulation de mauvais traitements, ont été constatés à la frontière thaïlando-cambodgienne.

Ce que craignent désormais les auteurs de l’étude, c’est que ces résultats ne soient que la partie émergée de l’iceberg. Ils soupçonnent en effet que certains laboratoires pharmaceutiques aient gardé une partie des résultats, classés confidentiels.

« La production et la distribution de médicaments antipaludiques contrefaits devraient être considéré comme un crime contre l’humanité », ont déclaré les chercheurs.

Qui sont les responsables ?

La question se pose maintenant : comment autant de contrefaçons, de médicaments inefficaces, peuvent-ils circuler ? Les scientifiques dénoncent tout d’abord un manque de connaissance des patients, mais également du personnel médical des contrées touchées par le paludisme.

Les contrôles insuffisants viennent aggraver le problème, ainsi que la répression envers les personnes responsables de la contrefaçon, trop souvent punis à la légère.

 En Afrique, seuls 3 des 47 pays touchés par le paludisme possèdent un laboratoire équipé pour vérifier la validité des traitements.

Paludisme : amélioration à plusieurs niveaux

L’étude apporte des conclusions visant à intensifier la surveillance sur plusieurs niveaux :

– La ligne de production

– La contrefaçon

– Le changement de principe actif

– Un nouvel étiquetage des médicaments périmés

– La façon de stocker les médicaments

La Chine et l’Inde, principaux pourvoyeurs de médicaments vers les pays en voie de développement, devraient faire l’objet d’une attention toute particulière.

Un système d’évaluation international

Ce que déplorent surtout les auteurs de l’étude, c’est le manque de cohésion à l’échelle internationale. Aujourd’hui, chaque pays définit individuellement les critères de validation d’un médicament.

Une homogénéisation des règles mènerait à un meilleur contrôle de l’épidémie.

Mathilde Bourge