Messmer, le fascinateur le plus rapide de l’Ouest ?

Pas d’abracadabra, pas d’incantation, et pourtant ils tombent tous comme des mouches autour de lui. Entre hypnose et grand spectacle, c’est quoi son truc ? Nous avons rencontré Messmer en prenant soin de garder l’œil ouvert !

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Messmer, à propos de son show : « Il faut être très clair. Ce n’est pas de la magie, c’est de la technique ». - crédit photo : Baltel ©Sipa

Qui n’a pas entendu parler de ce phénomène venu d’outre-Atlantique aux accents qui fl eurent bon le Canada francophone ? Que ce soit dans « Stars sous hypnose », sur le plateau du « Grand Journal », ou tout simplement dans de grandes salles de spectacle avec 30 à 40 personnes sur scène, Messmer, en parfaite maîtrise et toute décontraction, fait son show.

Avant de le rencontrer, je me renseigne sur l’homme. Notre quadragénaire, avec un grand-père hypnotiseur de poules, avait des prédispositions ! À son actif, une première catalepsie sur le bras d’un ami à 9 ans, puis c’est la passation du grimoire de son grand-père détaillant des techniques d’hypnose. Il n’en faut pas plus pour que notre jeune Messmer s’engouffre dans cette voie. S’il pense à pratiquer l’hypnose dans des cabinets de consultation, bien vite il opte pour le divertissement… Et me voilà devant lui.

Messmer : pas de cape noire ni de lapin sorti d’un chapeau

À la première poignée de main échangée dans sa loge, c’est un peu la surprise. Je m’attendais à voir un magicien mégalo narcissique, un tantinet envoûteur. Et au lieu de cela, aucun signe extérieur de magie ou d’illusionniste. Pas de cape noire, pas de lapin sorti d’un chapeau, non rien de tout cela, je me retrouve face à un homme jovial, à l’humour potache et à l’oeil qui frise.

Bon, en cherchant bien, il y aurait bien ce regard bleu, un peu trop bleu, un peu trop profond… Mais je garde les yeux bien ouverts, faudrait pas qu’il m’endorme à mon insu. Je lui glisse d’ailleurs deux mots sur le sujet, ce qui a pour effet de provoquer une certaine hilarité : « J’utilise ces pratiques sur des sujets consentants. Et ça ne fonctionne pas comme ça. »

Justement, si vous nous en disiez un peu plus. Alors, c’est quoi le secret ? Très naturellement, il lève le voile d’une partie du mystère. « Il faut être très clair. Ce n’est pas de la magie, c’est de la technique. J’emmène entre 30 et 40 personnes par soir dans un état de sommeil profond et je leur fais vivre l’expérience dans un monde hypnotique, somnambulique. Les gens bougent selon le rêve qu’ils font et c’est moi qui dirige leur rêve avec des techniques d’hypnose, sophrologiques, des programmations neurolinguistiques. »

Hypnose : « une distorsion entre le rêve et la réalité »

Et ça marche sur tout le monde ? « Il y a bien entendu des personnes plus réceptives que d’autres,mais ces différentes techniques fonctionnent sur des personnes peu ou pas réceptives dès lors qu’elles se retrouvent dans un contexte plus confidentiel qu’une salle de spectacle. » C’est donc ça le mystère Messmer ! Des techniques qui aident à créer le sommeil profond.

« Le public élu vit toutes sortes d’aventures dans un état second. » Mais c’est quoi cet état ? « Ils vivent une distorsion entre le rêve et la réalité. Ils sont à la fois ici et en même temps dans le rêve. Je tiens à ce que cette personne reste consciente de l’environnement pour que son corps continue de bouger. » En fait, pour mieux comprendre, il faut savoir qu’au niveau du subconscient, il n’y a pas de temps, pas d’espace. Maître de la situation, Messmer les emmène dans leurs rêves où il veut, quand il veut. « À ce stade, tout est possible dans l’imaginaire. » Je ne peux faire l’impasse sur le danger de telles pratiques. Car enfin, cet état donne le pouvoir à un homme sur un autre homme.

Ce type de spectacle ne donnerait-il pas des idées de manipulation ? Sur ce sujet épineux, Messmer est catégorique : « Toutes ces techniques ont des limites, quoi que l’on dise. Pour prendre un exemple concret, lors d’un cauchemar où l’on va mourir, on se réveille toujours au moment ultime. Pour l’hypnose, c’est un peu la même chose. La morale de chacun limite l’expérience. » Reste à savoir jusqu’où peut aller la morale de certains.

Messmer : sur scène, des cobayes consentants

Après cette rencontre étonnante, il ne me restait plus qu’à admirer Messmer dans ses œuvres et me voilà assise dans une salle de spectacle. Sur la scène, des cobayes consentants, ayant passé les tests brillamment, se prêtent aux desiderata de notre fascinateur qui sait choisir ses sujets. Sous les yeux ébahis d’un auditoire mi-perplexe, mi-conquis, Messmer va amener tout ce petit monde de l’état fœtal, recroquevillé en chien de fusil, au bébé tétant le sein d’une mère imaginaire, à l’enfant de 5 ans jouant et se chamaillant dans une maternelle jusqu’au coup de foudre à l’âge adulte.

En deuxième partie de soirée, le cinéma est à l’honneur et des « élus consentants » rejouent des scènes de films d’action entre autres. Il faut avouer qu’à certains moments du spectacle, à cause d’un cobaye qui surjoue ou trop enthousiaste, le doute de la supercherie s’immisce… mais comment douter lorsque l’on voit une amie invitée pour l’occasion, terminant allongée sur un tabouret de bar, le corps tendu au-dessus comme une arbalète ou encore jouant avec un gros rat, sa phobie de toujours.

Messmer démystifie l’hypnose grâce à l’humour

Mais au-delà de la prouesse de les faire retomber en enfance ou de leur intimer l’ordre de sauter comme des kangourous, Messmer réussit le tour de force d’allier l’hypnose et de faire rire des salles entières. La soirée a été longue et forte en émotion et en rires. Quoi qu’en disent ses détracteurs, l’homme est très fort et a réussi sa démonstration en évitant tous les pièges, en bannissant les discours ésotériques et en veillant scrupuleusement à sa crédibilité.

Pour l’heure, Messmer espère démystifier l’hypnose avec ses spectacles. Pour lui, pas question de reprendre du service, il a aimé son métier mais aujourd’hui, il est passé à autre chose, donc n’espérez pas qu’il vous guérisse d’une phobie ou d’un problème psy, au mieux il vous donnera l’adresse d’un de ses anciens confrères du Grand Nord américain.

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Ange Saint-Flour