Paniers, cueillettes… On en pince pour les circuits courts

Repenser sa façon de consommer, s’approvisionner directement chez le producteur, voilà qui séduit de plus en plus de Français. Alors, les initiatives vont bon train. On a voulu en tester plusieurs et s’assurer qu’elles avaient un véritable avenir. Verdict !

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Paniers, cueillettes… On en pince pour les circuits courts ©Shutterstock

Ce n’est plus un secret, les Français sont attachés à leurs agriculteurs et à leurs terroirs. Et par-dessus tout, ils sont de plus en plus attentifs à ce qu’ils mangent, quitte à y mettre le prix. Ce n’est donc pas un hasard si les modes de consommation alternative en circuit court ont explosé ces dernières années. En effet, en 2010, le cabinet Natural Marketing Institute annonçait que 71% des Français préféraient acheter des produits locaux quand un sondage mené
en 2015 par Ipsos ajoute que 83% d’entre eux pensent que la vente directe par les agriculteurs est un modèle pour l’avenir. La technologie a suivi cet engouement et le locavore 2.0 a désormais l’embarras du choix pour consommer éthique, à commencer par des initiatives comme madeinpotager.com qui propose une vraie vente directe au niveau local, sans prendre un seul centime de commission aux producteurs, initiative rare pour ne pas dire inédite dans l’univers des circuits courts.

Alors, comment fonctionnent les autres réseaux et ont-ils toutes les qualités pour durer ?

Expérience n°1 : adhérer à une AMAP

Les AMAP, ces Associations pour le maintien de l’agriculture paysanne, existent depuis 2001. Véritables expressions du circuit court solidaire, on en recense aujourd’hui environ 2 500 dans l’Hexagone, pourvoyeuses de produits frais et locaux tels que les fruits et légumes, les produits laitiers, les viandes. Le système est aujourd’hui bien rodé. En cela, les Amapiens se rassemblent autour
 de la production d’un agriculteur et s’engagent à soutenir durant une saison / une année sa production, à participer bénévolement à la vie de l’association et à la distribution. Ils fixent au préalable le prix des paniers et chaque semaine, ou deux fois par mois selon le type de production, les adhérents viennent récupérer au point de retrait établi leurs paniers souvent très bien garnis.


Les + : on en a généralement pour son argent, de 10 à 25 euros par panier et pour 4 personnes et selon le type de produit ; il existe même parfois des demi-paniers, voire des systèmes de co-paniers pour les solos ou les couples ; pas de gâchis possible : tout ce qui est produit est distribué ; un engagement écologique et solidaire fort.


Le – : on n’a pas le choix des produits à consommer, tout dépend de la saisonnalité, alors manger quatre soirs de suite des asperges, c’est sûr, ça peut lasser.

On a testé : l’AMAP des étudiants de la fac de Nantes, fondée il y a six ans, qui propose des paniers de légumes bios à 7 euros un mercredi sur deux, d’octobre à mai. Le contenu ? Une base de pommes de terre et de carottes à laquelle sont ajoutés des légumes de saison imposés (inscriptions dès à présent pour l’année 2016/2017
 à amap.univ.nantes@gmail.com). De quoi lutter efficacement contre la malbouffe ! Le réseau Cocagne, qui regroupe quelque 20 000 adhérents en France et une centaine de jardins maraîchers, emploie des personnes en précarité. On y vient chercher son panier de fruits et légumes, se lier d’amitié avec les jardiniers, le tout pour une somme comprise entre 7 et 15 euros selon les paniers (reseaucocagne.asso.fr). Le mot d’ordre, c’est so-li-da-ri-té ! Plus d’infos sur les AMAP : www.reseau-amap.org et amap-idf.org

Expérience n°2 : garnir son panier à sa guise

Véritable alternative aux paniers imposés, cette initiative s’est développée dès 2011 un peu partout en France. Parmi les nombreuses structures existantes, citons la plus connue : la Ruche qui dit Oui !, une Entreprise solidaire d’utilité sociale (ESUS) qui rassemble à ce jour plus de 4 000 producteurs rattachés à 700 ruches en France. Ce n’est ni plus ni moins qu’un site national de e-commerce mettant en relation les producteurs « locaux » et les consommateurs. Et « local » ici, ça veut dire « jusqu’à 250 km de périmètre autour de la Ruche », même si en moyenne, on est plutôt à 30km alentour. Les producteurs fixent leurs prix et proposent ainsi leurs fruits, légumes, volailles, œufs…. qu’ils facturent directement en ligne aux clients qui vont récupérer leurs paniers à la ruche. Chaque structure est animée par un responsable rémunéré.


Les + : pas de fréquence ni de produit imposé, on choisit ce que l’on veut et quand on veut; on peut bénéficier d’une offre plus large qu’en AMAP, jusqu’à la boulangerie, les cosmétiques et l’artisanat. 


Les – : un peu moins éthique que les AMAP car c’est la demande qui implique l’offre; pas de réelles économies car c’est le producteur qui fixe ses prix et qui reverse ensuite 8,35% de son chiffre d’affaires HT au responsable local de la ruche et 8,35% à la Ruche-mère pour payer ses salariés.

On a testé : le site paysans.fr qui a fêté ses 10 ans : un réseau de vente de produits fermiers (épicerie, pain, fruits et légumes, viandes, poissons, plats et conserves…) très étoffé et de qualité. Les commandes s’effectuent à la carte et en ligne. Elles débutent à 10 euros… On peut alors s’offrir un panier à grillades pré-composé à 24 euros, une laitue bio à 2,11 euros, des yaourts brassés à l’abricot à 3,50 euros
 les 4 pots… Bref, on y fait son marché et on se fait livrer 
à domicile ou sur son lieu de travail. Comme on veut !

Expérience n°3 : partir à la cueillette

Au gré des saisons, quel plaisir de gratouiller la terre et de se bouger un peu ! En solo, en duo ou en famille, l’expérience est apaisante et instructive ! Une véritable bouffée d’air frais qui permet donc de réaliser l’importance de la culture raisonnée, de chouchouter l’environnement et d’échanger avec les producteurs… De plus, c’est l’occasion de se créer un rendez-vous et de venir et revenir pour faire son marché du mois par exemple.

Les + : on surveille son budget : les prix sont dégressifs en fonction des quantités; en moyenne, on paie 30 % de moins qu’en supermarché; on respecte les saisons et l’environnement.

Les – : il faut bosser, se baisser, plier les jambes… mais ce petit effort qui débouche sur un grand réconfort a tout pour motiver les troupes.

On a testé : le réseau Chapeau de Paille, un groupement d’intérêt économique à but non lucratif qui regroupe 30 cueillettes en France proposant des fruits et légumes à parfaite maturité et des fleurs à peine écloses. Avant de se déplacer, on peut retrouver les récoltes réelles de chaque cueillette sur leurs sites Internet individuels en se connectant sur www.chapeaudepaille.fr. Bon à savoir : du 1er mai au 31 août, Chapeau de paille offre 2kg de fraises (à cueillir) aux femmes enceintes sur simple présentation d’un justificatif de grossesse. Vous avez dit une petite envie ?

Expérience n°4 : acheter directement à la ferme

Qu’elles travaillent indépendamment ou en réseaux, les fermes sont nombreuses à proposer leurs produits en vente directe. Volaillers, producteurs de foie gras, cultivateurs 
de safran, de pêches, viticulteurs… Parfois, elles font aussi chambres et tables d’hôte, proposent des stages de cuisine, ou se transforment en véritables fermes pédagogiques. Le réseau Bienvenue à la ferme (www.bienvenue-a-la-ferme.com), qui dépend de la Chambre d’agriculture, regroupe plusieurs milliers d’agriculteurs en France qui proposent produits, accueil à la ferme (restauration, séjour, loisirs)…

Les + : jusqu’à 30 % d’économies réalisées sur ses achats par rapport au supermarché; le contact direct avec le producteur prêt à expliquer son métier, proposer des visites…


Les – : la tentation d’acheter plus que nécessaire tant tout cela est appétissant.

On a testé : via le site acheteralasource.com, nous sommes allés goûter le miel toutes fleurs en pot de 500g (6euros) de la miellerie Herman à Cattenières dans le département du Nord, avec une petite dégustation des miels et une visite des ruches en prime.

Expérience n°5 : ne pas snober les supermarchés

Dans la grande distribution, on consomme (aussi) local. D’ailleurs, la plupart des enseignes ont développé leurs propres logos teintés terroir, leur marque ou leur gamme 
à part entière dans ce sens. C’est le cas de «Nos régions ont du talent » chez Leclerc, « Le meilleur d’ici » chez Casino ou encore « Patrimoine gourmand » ou « Saveurs en’Or » chez Match… Il s’agit d’une sélection plus ou moins étendue de produits régionaux fournis par plusieurs dizaines de producteurs.

Les + : des produits de qualité; l’impression de faire un geste citoyen pour sa région; des gammes larges et présentées dans un seul et même endroit.


Les – : des produits un tantinet plus chers que si on les achetait directement chez le producteur.

On a testé : le réseau collaboratif Biocoop qui propose uniquement des produits issus de l’agriculture biologique et du commerce équitable. Un fonctionnement exemplaire en matière de solidarité avec des producteurs situés à moins de 150km à la ronde et des prix tout à fait accessibles.

Expérience n°6 : tenter le drive fermier

Si sur les marchés, les petits producteurs sont légion, un phénomène est en plein essor : les points de vente collectifs (PVC), sortes de coopératives « régionales » animées par des producteurs adhérents. En quelques clics sur Internet, on commande et on paie des produits 100% fermiers, locaux et de terroir que l’on vient ensuite chercher dans le drive fermier le plus proche de chez soi.

Les + : on mange local sans avoir à faire le tour des producteurs; le drive permet de créer du lien entre les producteurs et les consommateurs; un moyen astucieux pour les producteurs d’écouler leur stock; une offre variée.

Les – : les retraits ont lieu une fois par semaine ou toutes les deux semaines, mais il peut y avoir des ruptures de stock; pas de réelle économie mais on récupère l’ensemble de sa commande au même endroit.

On a testé : le drive de la Cueillette d’Octeville près du Havre (76) via drive-fermier.fr, un réseau qui regroupe
 9 000 agriculteurs membres et composé pour l’instant de 71 points de retrait en France. Résultat : se faire plaisir avec le plein de produits fermiers made in Normandie : du beurre demi-sel de ferme, des cidres, poirés et des jus de pommes de la région…

La carte de France locavore

La station de radio France Bleu qui émet
 partout en France s’est fait aider de ses
 auditeurs et internautes pour constituer 
une carte de France interactive dédiée 
aux locavores. Très bien fournie et sans
 cesse réactualisée, elle regroupe les petits producteurs pratiquant la vente directe de viandes, volailles, poissons, crustacés, produits laitiers, confitures, fruits et légumes… Un annuaire que vous, lecteurs, pouvez même aller compléter en ligne au gré de vos découvertes et coups de cœur. Sinon, il suffit de taper votre code postal pour avoir les bonnes adresses les plus proches de chez vous. Un outil précieux à portée de clic !

Lire aussi : L’algue marine est-elle l’avenir de l’agriculture ? 

Sabrina Bailleul