Patrimoine mondial : la moitié des sites naturels classés en danger

Le constat est alarmant. Dans un rapport publié ce mercredi 6 avril par l’ONG WWF, 114 des 229 sites naturels inscrits au Patrimoine mondial de l’Unesco sont menacés par des activités industrielles.

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Patrimoine mondial : la moitié des sites classés en danger

Le sanctuaire historique de Machu Picchu au Pérou, la Grande Barrière de corail, le Parc national du Grand Canyon, des Everglades aux États-Unis, le Parc national de Doñana en Andalousie… Ces lieux exceptionnels inscrits au Patrimoine mondial de l’Unesco sont en danger. Et malheureusement, ce ne sont pas les seuls. 114 des 229 sites naturels classés pour leur beauté naturelle, leur biodiversité, leurs caractéristiques géologiques ou écologiques sont menacés, alerte l’ONG WWF dans un rapport publié ce mercredi 6 avril.

Les activités industrielles pointées du doigt

Un constat accablant lorsque l’on sait que les principales menaces émanent essentiellement de l’industrie : « Entre autres activités néfastes qui sont souvent le fait des entreprises multinationales et de leurs filiales, on peut citer l’exploration et l’extraction pétrolière et gazière, l’exploitation minière, l’exploitation forestière illégale, la création de grandes infrastructures, la surpêche et la surexploitation des ressources en eau », indique la WWF dans son rapport.

Dans le complexe forestier de Dong Phayayen-Khoa Yai en Thaïlande, la construction d’infrastructures (routes) est responsable d’une érosion massive de la vie sauvage et d’une déforestation à grande échelle, menaçant ainsi plus de 2 500 espèces végétales et 800 espèces animales, dont des tigres, des éléphants et des léopards. Autre exemple : le récif de Belize qui comprend sept zones protégées et intégrées à la plus longue barrière de corail du continent américain. Ce site est menacé par les forages pétroliers en mer, les constructions de stations balnéaires et de logements sur le littoral bélizien.

Des enjeux économiques et sociaux

Mais outre l’environnement, ces menaces portent aussi atteinte à tout un système économique et social. « Nous devons prendre conscience du fait que ce ne sont pas seulement les Hommes qui protègent les sites du Patrimoine mondial mais aussi les sites qui protègent les Hommes », souligne Marco Lambertini, directeur général du WWF International. « Plus de 11 millions de personnes soit l’équivalent de la population du Portugal dépendent des sites sur lesquels ou à proximité desquels elles vivent pour subvenir à leurs besoins, se soigner, travailler », ajoute-t-il.

Les aires protégées procurent en effet à l’Homme de nombreux bénéfices économiques, sociaux et environnementaux. À titre d’exemple, « aux Philippines, la mise en œuvre soutenable du récif de Tubbataba a favorisé le développement des stocks halieutiques pour les pêcheries environnantes, l’essor du tourisme et l’accroissement des revenus des communautés ». Le rapport cite également le cas du Parc national de Chitwan au Népal où la moitié des recettes tirées « sont redistribuées chaque année aux communautés au profit d’activités de développement et de conservation, et les forêts gérées par les communautés locales dans les zones tampon font vivre plus de 200 000 personnes. »

Par ailleurs, plus de 90% des sites naturels du Patrimoine mondial ont permis de créer des emplois. Ce qui est le cas en République démocratique du Congo où l’exploitation des ressources halieutiques emploie 27 000 personnes dans le Parc national de Virunga. La Grande Barrière de corail australienne a permis de créer 69 000 emplois via les activités touristiques, récréatives, halieutiques et de recherche ».

La WWF demande aux gouvernements d’agir, et aux entreprises et institutions financières de prendre leurs responsabilités, « qu’ils privilégient la création de valeur à long terme à une quête de profits à court terme et respectent le statut de ceux lieux magiques. Il est indispensable de se détourner des activités industrielles néfastes pour s’orienter vers des alternatives durables qui nous permettront à la fois de valoriser et de préserver ces sites qui sont sources de bénéfices économiques et non-économiques pour les populations locales mais aussi et plus largement pour nous tous », estime Marco Lambertini.

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Marine Vautrin