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Portrait robot d'un champion

Dans Societe > People

Publié le : 29 septembre 2006
Dernière mise à jour : 20 juillet 2009
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Ils font rêver les foules et chavirer les stades. Au prix de prédispositions exceptionnelles et d'une volonté de fer. Mais pas seulement. Pour gagner, le moindre détail compte, même la couleur du maillot!

Tony Parker, Zidane ou Laure Manaudou ont su devenir à un moment ou à un autre les meilleurs de leur discipline. Qu'ont-ils de plus que les autres? Les grands champions possèdent généralement des capacités cardiaques hors du commun, un héritage génétique avantageux et une maîtrise parfaite de leurs émotions. Mais la plus haute marche du podium tient aussi à quelques détails.

Le maillot rouge

Sur les terrains de sport, le rouge a la cote. Pas étonnant à en croire deux chercheurs de l'Université de Durham au Royaume-Uni.

Les résultats de leur étude ont été publiés dans la très sérieuse revue scientifique Nature. Russel Hill et Robert Barton sont formels : «Porter du rouge est régulièrement lié à une haute probabilité de vaincre».

Pour arriver à cette conclusion, les deux chercheurs ont épluché, lors des derniers Jeux Olympiques, les résultats de quatre disciplines opposant des adversaires vêtus (à la suite d'un tirage au sort) en rouge ou en bleu. Au menu: de la boxe, du tae kwon doe, de la lutte libre et de la lutte gréco-romaine. Sur les 21 combats passés au crible, 16 rencontres ont été remportées par un combattant vêtu de rouge. Contre seulement quatre victoires pour les bleus... Les résultats d'une étude récente sur le football semblent confirmer le rôle de la couleur des maillots dans le résultat final. Ainsi, lors de l'euro 2004 qui s'est déroulé en Grèce, les cinq équipes étudiées ont inscrit plus de buts lorsqu'elles arboraient une tunique rouge.
Les chercheurs avancent une hypothèse: le rouge agirait sur le subconscient des champions en plaçant psychologiquement l'adversaire en position d'infériorité.
Où ai-je rangé mon maillot rouge?

Un cœur de Ferrari

«Un sportif de haut niveau dispose d'aptitudes cardio-vasculaires hors du commun», résume le Dr Eric Joussellin, médecin-chef à l'INSEP (Institut national du sport et de l'éducation physique), le passage obligé pour tous les jeunes champions français. Jusque-là, rien d'étonnant. Sauf que des études ont démontré que ces dispositions dépendaient en partie d'un héritage génétique. C'est le cas, par exemple, du volume du cœur ou de l'épaisseur de sa paroi, deux critères qui conditionnent les performances cardio-respiratoires.

Mais il ne suffit pas d'être fils de champion pour posséder un cœur de champion. Encore faut-il le développer et l'entretenir! «En soumettant régulièrement leur cœur à l'effort, les champions deviennent, au plan cardio-respiratoire, de véritables Ferrari», explique le Dr Josselin.
Jugez plutôt: le cœur des cadors du sport est en moyenne une fois et demie plus gros que celui de Monsieur Tout le Monde. Nec plus ultra, leurs parois sont également plus épaisses.
Résultat: la force de contraction d'un cœur de champion est bien plus importante que la moyenne. Ce qui permet de mieux oxygéner les muscles. Ainsi, le cœur des champions de ski de fond peut brasser plus de 40 litres de sang par minute... Au repos, le cœur de ces sportifs d'exception affiche des résultats tout aussi impressionnants: de 30 battements par minute (pour certains skieurs de fond ou cyclistes!) à 60 battements par minute (pour un coureur de 100 m). Contre 70 pour un sédentaire entre 20 et 40 ans!

Les fratries de champions

22 février 2006, sur les pistes des Jeux Olympiques d'hiver de Turin, les frères Schoch s'offrent une longue accolade avant de poser pour une photo de famille. Simon et Philipp viennent de réaliser un doublé olympique en Snow Board.
Exceptionnel? Pas vraiment. Au pays des champions, les fratries sont légion: les frères Schumacher, les sœurs Goitschel, les frères Tiozzo, etc. C'est presque une marque de fabrique. Au royaume de la petite balle jaune, les sœurs Williams ont longtemps dominé le tennis féminin. Aujourd'hui, toujours dans l'univers du tennis, ce sont les frangins Mike Bryan et Bob Bryan (deux jumeaux américains) qui dominent le circuit mondial du double.

Au handball, les frères Gille (Bertrand, 28 ans et Guillaume, 29 ans) jouent ensemble depuis 10 ans en équipe de France. Leur parcours est symptomatique: depuis leur plus jeune âge, ils ont toujours évolué dans le même club. D'abord à Loriol, petite ville de la Drôme puis à Chambéry et aujourd'hui Hambourg, en Allemagne. Sur leurs traces, le petit dernier, Benjamin, joue à Chambéry dans le championnat Français. «Cela tient d'abord à une identité familiale. Nous avons suivi notre père sur les terrains de Handball dès notre plus jeune âge», témoigne Benjamin Gille. « Pour le reste, je ne crois pas que ce soit une aide ou un moteur particulier », explique-t-il. D'autres stars des stades sont à ranger dans la catégorie « lignée de champions ».

La famille Noah est emblématique. Zacharie, le père maniait le ballon rond à Sedan dans les années 60. Le fils Yannick a été l'as de la balle jaune que l'on connaît. Puis, Joakim a fait chavirer l'Amérique en remportant le très convoité championnat de basket universitaire américain. Trois générations, trois champions dans trois sports différents. Chapeau!

Un coaching psychologique

Se doter d'un mental à toute épreuve! Ne pas craquer face à l'adversité. Soumis à des situations de stress, les champions se doivent sur le terrain (et en dehors) de gérer au mieux leurs émotions. Pas facile... Pour y arriver, ils n'hésitent plus à faire appel à un préparateur mental. Pas toujours avec bonheur...

En 2004, Christine Arron est la grande favorite du 100m des J.O d'Athènes. Tout le monde attend une médaille d'or. Hélas, la sprinteuse guadeloupéenne ne franchit pas le seuil des demi-finales. Sur la sellette: sa préparatrice mentale, une psychothérapeute-énergéticienne accusée par l'athlète de l'avoir déstabilisée.

Car les recettes employées par ces «entraîneurs de l'âme» sont parfois déroutantes. A la tête de l'équipe de France victorieuse de la Coupe Davis en 1991 (avec Forget et Leconte sur le terrain), la préparation du capitaine Noah était un mélange de sophrologie, de yoga et d'imagerie mentale. Quelques années plus tard, Noah confiait au mensuel Psychologies : «On partait dans la forêt la nuit, on faisait un jogging pendant une heure en regardant le jour se lever, parce que je suis persuadé que les énergies sont meilleures au lever du jour, on y va le ventre vide, on se parle beaucoup (...). Ça a été des moments uniques."

Histoire d'éclaircir les choses, depuis 2005, un diplôme universitaire de Préparateur mental a vu le jour à l'Université de Clermont-Ferrand. Au programme: sophrologie, techniques d'imagerie mentale, de concentration, etc. «On a longtemps considéré qu'un vrai champion ne devait pas avoir peur. Mais c'est faux! Avant de rentrer dans l'arène, un sportif de haut niveau éprouve des émotions très fortes. Il peut trembler, être vraiment très mal», explique Pierre Gauthier qui a notamment accompagné le joueur de tennis Sébastien Grosjean. «Mon rôle consiste à écouter, à libérer la parole et à recadrer les choses», explique-t-il.
Longtemps réservés aux seuls sports individuels, les psychologues débarquent aujourd'hui dans les sports collectifs. Au chevet d'équipes entières. L'équipe de France de rugby compte ainsi dans son staff un docteur en psychologie, Jean-Marie Goyheneche. Il est notamment chargé de définir « le profil » des joueurs.

L'accompagnement nutritionnel

Désormais, tous les grands sportifs sont suivis de près par des nutritionnistes. Lors de la Coupe du Monde de foot en Corée du Sud, Zidane et consorts ont reçu des consignes alimentaires six mois avant l'épreuve. Pourtant à en croire le Dr Jousselin, médecin à l'INSEP les assiettes des champions ne sont pas si différentes de celles du pékin moyen. La règle générale est même identique: respecter une alimentation équilibrée: 50% de glucides, 15% de protides et 30% de lipides.
La différence? quand un sédentaire a besoin de 1500Kcal par jour, un sportif de haut niveau peut en dépenser entre 500 et 800 par heure. Et lors d'une étape du Tour de France, les cyclistes brûlent 7000 à 8000 Kcal en quelques heures. Un exemple? La vieille des marathons, les coureurs se retrouvent pour la traditionnelle pasta party. Contrairement à une idée largement répandue, les graisses ne sont pas l'ennemi juré de tous ces champions. En s'entraînant quatre à cinq heures par jour, le risque principal est plutôt de se retrouver en déficit. Voilà pour le cadre général.

Car de nouvelles théories, comme la micro-nutrition, ont vu le jour.
Objectif : évaluer les besoins nutritionnels pas uniquement en fonction de l'angle alimentaire. Par exemple, en repérant des problèmes qui peuvent être liés à la nutrition comme les troubles du sommeil ou les problèmes ostéo-articulaires.

Quels champions pour demain?

Nous sommes en 2040. Les as de la piste ne jurent que par les biotechnologies. Le vivant est devenu un outil de production et de substitution à la base d'une industrie. Vous n'y croyez pas?

La première génération de médicaments issus des biotechnologies existe déjà: EPO ou hormones de croissance. Dans ces deux exemples, il n'y a pas de synthèse chimique. Ce qui signifie qu'on crée un produit à partir du vivant.

La prochaine étape est en marche. Il s'agit de la thérapie cellulaire: cultiver, ex-vitro, des cellules souches issues de notre corps puis, une fois les tissus reconstitués, les réimplanter dans l'organisme originel. Pour les sportifs de haut niveau, l'intérêt est énorme. La technique fonctionne déjà pour réparer le cartilage, les tendons ou les muscles en athlétisme, au basket ou au football.

Dans vingt ans, on passera à la thérapie génétique. C'est-à-dire que les scientifiques seront capables de modifier directement le noyau des cellules, le potentiel de production de cellules. Cela permettra de corriger une maladie génétique par exemple.

Mais techniquement il sera aussi possible de modifier le potentiel musculaire des champions. De les programmer génétiquement selon les spécificités de chaque sport.
Beaucoup, comme Gérard Dine, professeur de Biotechnologies à l'Ecole centrale de Paris, s'inquiètent des possibles dérives engendrées par ces techniques. Et réclament un cadre éthique pour ne pas franchir la ligne rouge. Histoire d'éviter qu'un champion ne devienne un robot!