masquer
Reportage

Chasseurs d'héritiers, ils nous racontent leur métier

Le 16/03/2013 à 07:17:35
Vues : 5852 fois 1 REACTION

Hériter d’un oncle d’Amérique dont on ignore tout, ça ne se passe pas qu’au cinéma. Il arrive fréquemment qu’une personne décède sans laisser de légataires connus. Le notaire fait alors appel au généalogiste successoral.

Chaque année, en France, ce sont 520 000 personnes qui décèdent. Livret de caisse d’épargne, compte en banque, appartement… neuf Français sur dix laissent un patrimoine à leur décès. Et s’ils n’ont pas pris la précaution de répartir leur patrimoine au profit de leurs proches ou de lointains parents, c’est le service des Domaines, c’est-à-dire l’État, qui récupérera l’héritage. Lorsque les héritiers sont inconnus, qu’il existe des incertitudes sur l’existence de certains et que le défunt n’a pris aucune disposition testamentaire, les notaires appellent à la rescousse les généalogistes successoraux. Un métier peu connu du grand public. Ils ont la charge de vérifier si les héritiers qui se sont présentés sont les seuls, et si besoin est, d’en rechercher d’autres.

L’un de ces généalogistes peut, un beau jour, sonner à votre porte pour vous informer qu’un lointain cousin vous a légué ses biens. Ne vous attendez pas pour autant à décrocher la timbale : la plupart des successions révélées correspondent à un patrimoine de 40 000 à 50 000 euros. De quoi mettre du beurre dans les épinards. Qui sont ces « enquêteurs » ? Comment travaillent-ils ? Entrons pour quelques pages dans la vie quotidienne de l’un d’eux.

Chasseur d'héritiers, un métier qui s’inscrit dans le temps

C’est au 21 boulevard Saint-Germain, au coeur du 5e arrondissement de Paris, que le cabinet Coutot- Roehrig a pris ses quartiers depuis sa création par Amédée Coutot en 1895. Un bel immeuble de pierre de taille, ouvert par un large portail encadré de deux cariatides, abrite les bureaux qui occupent trois étages. Sur la porte, l’emblème et la référence de la société : un chardon. La petite histoire veut que le fondateur de l’étude ait choisi cette plante à la suite de la mésaventure de l’un de ses amis qui, lors de la Première Guerre mondiale, s’est sorti miraculeusement d’une bataille aérienne. Sur le fuselage de son avion était dessiné un chardon. Amédée Coutot le reprend à son compte : quelles que soient les tempêtes traversées, l’entreprise restera. Bien lui en a pris puisque, plus de 118 ans plus tard, l’étude prospère.

Guillaume Roehrig, qui a pris la suite de son père à la direction en 2010, vient m’accueillir. L’homme, jeune et souriant, a plusieurs cordes à son arc. Il est aussi expert à la cour d’appel de Paris et consultant pour des scénarios de films, de séries ou pour la trame de livres. Il m’invite à le suivre dans son bureau. Avant de visiter les différents services, mon interlocuteur, dont je vais vite me rendre compte qu’il est passionné par son métier, me plante le décor. La profession existe depuis 1830 et tire son origine du notariat. En raison de difficultés à retrouver des héritiers, un notaire a confié les recherches à ses clercs. Le métier est lancé.

> Lire aussi : Riche du jour au lendemain : ces héritages tombés du ciel

Le généalogiste successoral travaille le plus souvent sur mandat d’un notaire qui souhaite avoir la confirmation qu’il n’y a aucun héritier. Toute personne ayant un intérêt dans la succession est aussi habilitée à le saisir. Ainsi, en raison de charges impayées par un copropriétaire décédé, le syndic peut demander au cabinet de rechercher ses héritiers. « Il arrive même qu’une banque suisse nous mandate pour retrouver l’héritier du titulaire d’un compte », confie M. Roehrig.

Par Katy Le Moël

Top articles
1 réaction à cet article

Par anonyme | Me connecter




générer une nouvelle image
  1. avatar
    Publiée le 17/03/2013 à 13:45:13- par Anonyme

    Bel article sur une profession peu connue !