Ils ont changé de nom
Certains patronymes sont difficiles à porter, or le nom, comme le prénom sont des étiquettes qui nous suivent partout. Lorsque le motif est légitime, la loi autorise à les changer.
En théorie, depuis 1794, le nom de famille est immuable. Néanmoins, la loi du 11 germinal de l’an XI (1er avril 1803), revue en1994, autorise, de façon exceptionnelle, le changement de nom. Encore faut-il avoir de solides arguments. C’est au XXe siècle que le nombre de requêtes a augmenté: sous l’Empire, seules 52 modifications ont été autorisées en 5 ans.
Aujourd’hui, les changements restent marginaux avec 1.074 modifications en 2009 pour 1.595 demandes. «En France, changer de nom n’a jamais été un mouvement massif et c’est perçu comme un reniement des origines contrairement aux Etats-Unis, analyse la sociologue Nicole Lapierre. Après la Seconde Guerre mondiale, cette démarche a surtout concerné les personnes ayant des noms à consonance juive, arménienne ou arabe.»
Aujourd’hui, la première motivation (35% des cas) est une «meilleure intégration à la communauté nationale» pour lespersonnes dont les noms sont à consonance étrangère.
La seconde (25 %) est celle d’avoir un nom difficile à porter comme Cocu ou Conard.
Viennent ensuite les changements de nom pour des questions de filiation, de nom déshonoré … Ainsi les descendants de Landru ont-ils pu changer de nom mais pas les autres. Reste, dans tous les cas, à se trouver un nouveau nom, un choix pas toujours évident à arrêter.
J'ai changé mon nom de famille
Batard, c’est le nom de mon père et de mon grand-père, mais aujourd’hui ce n’est plus le mien. Il était difficile à porter: ça a commencé par les railleries à l’école et ça a continué avec les blagues douteuses de mes collègues de bureau. J’ai longtemps eu envie de changer de nom mais j’avais certaines réticences: pour moi, faire ça, c’était renier ma famille et en plus, je ne savais pas quel nom choisir. J’ai pensé un temps à prendre le nom dejeune fille de ma mère mais ça me faisait bizarre. Finalement, c’est ma compagne qui a trouvé la solution, elle m’a suggéré de changer le T en Y: Bayard au lieu de Batard. D’un seul coup, c’est devenu évident: je gardais la même consonance, la même signature et le même nombre de lettres. J’ai quand même attendu le décès de mon père pour entamer les démarches ma mère, elle, était décédée plus tôt encore. Je n’en ai donc jamais parlé avec mes parents mais je suppose que mon père a dû souffrir lui aussi de son nom. S’appeler Batard, cela veut quand même dire que quelqu’un a fauté quelque part. Quand j’ai annoncé à mes enfants que j’avais entamé les procédures pour changer de nom, ils se sont immédiatement fait appeler Bayard à l’école: ils n’ont pas attendu le décret officiel qui a mis un an et demi à venir. Pour eux, comme pour moi, ça a été un vrai soulagement.»
J'ai choisi de franciser mon prénom
Avant, je m’appelais Maria de la Conception, ce qui en français ne s’utilise pas du tout: Conception n’étant pas à proprement parler un prénom en France. Quand j’ai choisi d’obtenir la nationalité française, notamment pour pouvoir travailler dans l’Administration, on m’a très fortement incitée à franciser mon nom. C’est une incitation, pas une obligation. J’ai gardé mon nom de famille à consonance étrangère tel quel mais j’ai bien voulu franciser mes prénoms et j’ai donc demandé, dans le cadre de ce processus de naturalisation, à m’appeler Marie-Claire, un prénom composé. Je gardais ainsi les mêmes initiales: M et C. Quand, au bout de 3 ans de démarches, j’ai reçu mon décret de naturalisation, il était écrit que j’étais désormais autorisée à m’appeler… Claire. Ils avaient oublié de mettre Marie devant! Je n’ai pas cherché à faire rectifier cette erreur, vu la longueur des précédentes procédures. Et finalement, je me suis très bien adaptée à mon nouveau prénom. Dans ma famille aussi, cela s’est très bien passé tout comme dans ma vie quotidienne. Les gens que je rencontre désormais m’appellent Claire et personne ne sait que j’ai changé de prénom.»
Que dit la loi?
Il faut avancer un motif légitime pour pouvoir changer de nom: nom ridicule ou grossier, nom à consonance étrangère, nom en voie de disparition porté par un ascendant, nom usité depuis 3 générations, etc. La demande se fait au bureau du Sceau, auprès du ministère de la Justice en fournissant certains documents comme un extrait de casier judiciaire. Elle doit être publiée dans le Journal officiel et dans un journal d’annonces légales. Quand elle est acceptée, elle fait l’objet d’un décret signé du Premier ministre et du garde des Sceaux. Le recours à un avocat n’est pas obligatoire comme lorsqu’il s’agit de changer de prénom. Là, c’est l’avocat qui plaide auprès du juge aux affaires familiales l’intérêt légitime de le faire.
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