Hépatite C : le laboratoire Merck commercialiserait une seringue défectueuse
Un médecin français aurait alerté le laboratoire américain Merck, il y a un an, sur le dysfonctionnement de la seringue-stylo servant à injecter le ViraferonPeg, un remède de référence contre l’hépatite C. Le géant pharmaceutique ferait la sourde-oreille.
Nouveau scandale sanitaire en vue ? Une enquête du journal Libération accuse le géant pharmaceutique américain Merck de dissimuler le dysfonctionnement d’un de ses traitements contre l’hépatite C. Ce n’est pas le médicament en lui-même qui poserait problème, mais l’instrument utilisé pour l’administrer. Il y a un an, le professeur niçois Albert Tran alerte le siège du laboratoire en France : selon lui, la seringue-stylo servant à injecter le ViraferonPeg, le remède de référence pour soigner cette maladie, ne délivrerait pas le produit, alors même que l’on appuie dessus. Autrement dit, les patients pensent recevoir leur remède, alors qu’il n’en est rien…
Le médecin, qui exerce à l’hôpital l’Archer à Nice, a constaté que le ViraferonPeg guérissait deux fois moins de patients que le Pegasys, le médicament concurrent commercialisé par le laboratoire Roche, se présentant lui aussi sous forme de seringue. D’ailleurs, trois études scientifiques publiées entre 2009 et 2010, dont l’une menée par le laboratoire Schering-Plough, une filiale de Merck, confirment cette observation.
Merck n’aurait jamais alerté l’Afssaps
Merck avait déjà fait état de dysfonctionnement de son traitement. Depuis plusieurs années, les utilisateurs du ViraferonPeg savent qu’il peut arriver au stylo de se bloquer. En 2006, le laboratoire avait d’ailleurs mis en place un numéro vert pour assister ses patients. Lorsque la seringue « coinçait », il suffisait d’en prendre une autre et de recommencer. Mais le problème évoqué par le Pr Tran se révèle bien plus grave : l’injection semble se dérouler tout à fait normalement, mais en réalité, le produit ne « passe » pas.
Les cadres français de Merck prennent l’affaire au sérieux, comme en témoigne une réunion interne du 29 avril dernier et dont Libération a pu se procurer un enregistrement. Ils disent avoir alerté les autorités sanitaires. Ce que l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé et l’Agence européenne des médicaments réfutent. Aucun signalement concernant le ViraferonPeg n’aurait été enregistré l’an dernier.
L’hépatite C tue 3 500 personnes en France chaque année
Seule une enquête officielle pourra aujourd’hui éclaircir cette histoire de dysfonctionnement de la seringue et de non signalement aux autorités. En espérant que ces dernières interviennent rapidement… Selon l’Association française pour l’étude du foie, l’hépatite C tue près de 3 500 personnes en France chaque année. En 2010, 5 100 malades ont bénéficié d’un traitement. Pour 1 500 d’entre eux, il s’agissait du ViraferonPeg.
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