La viande rouge : amie ou ennemie ?
Longtemps symbole de force et de puissance virile, considérée comme indispensable et reconstituante, la viande rouge est-elle devenue un poison à force d’excès et d’industrialisation des élevages ? Polémique autour de notre « bon vieux steak »…
De vraies qualités nutritionnelles
Les viandes sont très riches en protéines (20 à 25 g en moyenne aux 100 g), lesquelles participent à la construction et au maintien de notre capital musculaire. Outre ces nutriments indispensables, elles apportent également des minéraux, notamment du fer (surtout la viande rouge et les abats), dont les femmes manquent fréquemment : une sur quatre en âge de procréer souffre d’anémie. En outre, le fer d’origine animale est mieux assimilé par l’organisme que celui contenu dans les végétaux ou les légumineuses.
Des excès néfastes
Manger de la viande permet donc d’avoir les indispensables protéines, mais, dans nos pays développés, les carences protéiques n’existent quasiment pas : nous en consommons toujours assez, voire trop ! En outre, certaines viandes sont également très riches en cholestérol et en acides gras saturés ou de type oméga 6 (que nous absorbons déjà en excès), qui font le lit des pathologies cardio-vasculaires. De plus, la viande produit, lors de sa digestion, beaucoup de toxines et de déchets (sous forme d’acide urique), qui fatiguent les reins, augmentent le risque de certains cancers (colon notamment) et de maladies métaboliques. Une récente étude, menée par la prestigieuse école de santé d’Harvard, a même calculé que manger une portion de viande rouge chaque jour augmenterait de 13 % le risque de mortalité prématurée…
Une consommation trop élevée
Les Français sont « carnivores dans l’âme » et, depuis les années 30, notre consommation de viande a plus que triplé ! Portions trop grosses (y compris chez les jeunes enfants qui mangent parfois trois fois la dose recommandée), viande midi et soir, tous les jours de la semaine… Nous en abusons, n’en déplaise aux différents lobbys. Et même si notre consommation tend à – légèrement – s’infléchir depuis quelques années, elle reste actuellement de 117 g par jour et par personne (voir encadré). Un Français sur cinq en est un gros consommateur, avec plus de 500 g de viande rouge de boucherie par semaine.
Une qualité en baisse
Nous en mangeons de plus en plus, mais la qualité de notre viande, hélas, décline : aujourd’hui, les élevages industriels fournissent 50 % des porcs et 43 % des boeufs consommés dans le monde… et la bonne viande se fait rare, donc chère. Or, plus la qualité de la viande est faible, plus celle-ci contient de gras, de tissus conjonctifs (tendons, ligaments), et plus sa teneur en protéines diminue. En outre, ces protéines sont alors de moindre qualité (elles sont, notamment, moins riches en acides aminés soufrés).
Un désastre pour la planète
La viande, particulièrement le boeuf, est de plus en plus considérée comme un crime écologique, car outrancièrement coûteuse en denrées et ressources naturelles : 30 % de la surface du globe et 8 % de la consommation planétaire d’eau sont réservés à l’élevage, ce qui entraîne déforestation et fortes émissions de gaz à effets de serre. Alors que la moitié de la planète meurt de faim, 40 % des céréales cultivées dans le monde sont destinées à nourrir les animaux et non les hommes, et, produire 1 kilo de viande de boeuf « coûte » 13 kilos de céréales, 30 kilos de fourrage et 43 000 litres d’eau !
Peut-on vivre sans elle ?
La viande n’est absolument pas indispensable ! Le régime végétarien, même strict (aucune viande, ni poisson, ni oeufs, ni fromage) est d’ailleurs officiellement reconnu comme bénéfique pour la santé par l’OMS, à la condition bien sûr que d’autres sources de protéines (d’origine végétale) soient favorisées.
Vers une consommation plus raisonnée…
Face aux excès, et suite à une prise de conscience écologique et économique, une nouvelle tendance de consommation a émergé ces dernières années, le « flexitarisme », qui consiste à ne pas se passer totalement de viande, mais à réduire fortement sa consommation, et la choisir de bonne qualité, labellisée ou bio : moins, mais meilleur ! On voit également fleurir les « meat out days » (journées sans viande) et certaines villes, de la Belgique au Brésil, les ont instaurées de façon hebdomadaire. Double bénéfice : pour la planète et la santé !
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