Médicaments : déjouer les pièges du déremboursement
Les réponses du Professeur Régis Pouget
Professeur honoraire à la Faculté de Médecine de Montpellier et Président de la Fédération Régionale des Associations de Prévention Santé Auteur du Guide des médicaments génériques (First Editions, 17,90 e). Un outil pédagogique réalisé par une équipe de médecins et de pharmaciens pour aider les usagers à être soigné au juste prix. Le patient va-t-il devenir un véritable consommateur de médicament, au sens économique du terme ?
Il y a longtemps que c'est le cas, mais personne ne l'a dit ! Lorsque vous allez acheter des fraises au marché, vous êtes libres de choisir celles qui coûtent 4 francs au kilo ou celles qui en coûtent 10. Au restaurant, vous pouvez prendre un grand cru à 300 e la bouteille ou un Faugères à 15 e qui est aussi bon. Pour les médicaments génériques, c'est exactement la même démarche. Les personnes soignées doivent bien comprendre aujourd'hui qu'elles ne sont pas des assistées et que leur attitude face aux médicaments doit être la même que lorsqu'elles vont acheter leur auto ou réserver leurs vacances. Pourquoi l'usage de génériques se heurte-t-il encore à la réticence des particuliers ?
Les plus réticents, ce sont souvent les prescripteurs ! Certains médecins ont l'impression que le pouvoir leur échappe s'ils n'ont plus le choix d'imposer le médicament de leur choix. L'autre jour, j'étais chez un pharmacien qui me demandait, presque gêné : Monsieur, accepteriez-vous de prendre un générique ? . Il existe une peur de choquer le public. Quant à la connaissance des génériques par les médecins, il y a encore beaucoup de chemin à faire. Dans les facultés de médecine, il n'y a pas assez d'enseignement thérapeutique. A la limite, le seul qui va dans ce sens est apporté par les visiteurs médicaux qui viennent faire de la pub pour les labos ! Les pharmaciens, eux, sont sans doute mieux informés. Il n'y a pourtant aucune crainte à avoir : je suis moi-même sous traitement pour ma pression artérielle et je prends des génériques. Ce sont strictement les mêmes molécules que dans les médicaments référents. Le bon comportement du patient-consommateur, c'est donc de suggérer au médecin qui l'ignorerait le générique qui peut avantageusement remplacer le médicament prescrit ?
Pourquoi pas ? Ce serait même souhaitable ! Moi, j'ai toujours considéré les personnes que je soignais comme des partenaires. Lorsque l'on donne un traitement, il faut fournir toutes les informations nécessaires. Mais si un patient connaît les médicaments prescrits par son médecin et qu'il lui fait remarquer que tel générique ferait aussi bien l'affaire, tant mieux ! Mais il va falloir du temps.
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