Production nucléaire : les politiques invités à prendre rapidement des décisions !

La Cours des Comptes vient de rendre un rapport très précis sur les coûts liés à la production nucléaire en France. Demandé par le gouvernement après la catastrophe de Fukushima l’année dernière, c’est la première fois qu’une telle étude est menée. On y découvre ainsi les montants colossaux que représentent le développement et l’entretien de cette énergie. Pour autant, compte tenu de notre dépendance énergétique et d’une problématique industrielle, la Cours des Comptes conseille de prolonger l’exploitation de certaines centrales au-delà des 40 ans d’existence.

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Une centrale nucléaire ©ThinkStock

La Cours des Comptes a rendu mardi dernier un rapport de près de 400 pages qui reprend tous les coûts liés à l’énergie nucléaire : recherche, fabrication, entretien, démantèlement, traitement des déchets radioactifs tout y passe. Pour la première fois, des éléments tangibles sur le nucléaire sont ainsi étudiés et font le point sur cette énergie dite « peu chère » selon la Ministre actuelle de l’Ecologie, Nathalie Nathalie Kosciusko-Morizet.

Lors de la présentation de ce rapport, le président de la Cour des Comptes, Didier Migaud, a invité les politiques à prendre des décisions rapides pour anticiper les besoins d’énergie, car d’ici dix ans, 22 réacteurs sur 58 auront dépassé les 40 ans d’existence. Nous n’avons donc pas beaucoup d’alternatives en matière d’énergie :
– soit on prolonge l’existence des centrales nucléaires au-delà de leur 40è année de vie ;
– soit on consacre « un effort très considérable d’investissement permettant de construire 11 EPR d’ici 2022 », solution qui parait difficilement tenable compte tenu de la problématique industrielle que cela représente ;
– soit on investit très fortement et rapidement dans des énergies renouvelables ;
– soit on consomme tout simplement moins d’électricité.

Une énergie qui a un coût pas toujours quantifiable

228 milliards d’euros « toutes dépenses confondues » depuis 1950, c’est donc le chiffre auquel parvient la cours des comptes, et qui comprend notamment :
– la construction des installations (hors Superphénix) : 121 milliards d’euros
– la construction et fonctionnement de Superphénix (1974 -1997) : 12 milliards d’euros. Mais la Cours des Comptes avait estimé dans un rapport de 1996 que « tout compris » (recherche etc) à l’exception des coûts de démantèlement, Superphénix avait coûté 60 milliards d’euros
– le coût de la recherche : 55 milliards d’euros Au total, la Cours des Comptes estime que partant de ce montant « le coût de production, pour l’exploitant, de l’électricité nucléaire fournie par le parc nucléaire actuel s’élèvent à 118,2 Md€2010 (investissement initial + charges futures liées à l’investissement) auxquels s’ajoutent, chaque année des investissements de maintenance pour un montant qui s’est élevé à 1,7 Md€ en 2010 mais qui devrait doubler en moyenne pour les 15 années qui viennent. » (p. 265 du rapport)

La Cours des Comptes relève un certain nombre de coûts difficilement chiffrables, notamment les inconnues liées aux risques sur la santé et aux risques écologiques. Quant au coût du démantèlement, la Cours des Comptes parle de « 18,4 Md€2010, en charges brutes, pour le démantèlement des 58 réacteurs du parc actuel et à 3,8 Md€2010 pour les derniers cœurs » mais tout en rappelant les nombreuses inconnues qui perturbent les estimations, et que l’expérience montre que les devis ont tendance a beaucoup évolué….

Le tremblement de terre au Japon l’an passé, et l’accident nucléaire de Fukushima qui a suivi, a traumatisé le monde entier et notamment les Français, beaucoup moins crédules qu’au temps de Tchernobyl où l’on nous faisait croire que le nuage radioactif s’arrêtait à la frontière. Car aucun autre pays n’a autant développé son énergie nucléaire que la France et les dernières tempêtes sur notre territoire ont montré que nous n’étions pas d’irréductibles gaulois, et que le ciel pouvait aussi nous tomber sur la tête comme ailleurs dans le monde.

Pour prendre connaissance du rapport en intégralité, consultez-le sur le site de la Cours des Comptes.

Eléonore Verdy