Prothèses PIP : la fraude a été découverte par hasard
Le Monde a rapporté la semaine dernière les conditions de la découverte de la fraude sanitaire à l’origine du scandale des prothèses PIP en s’appuyant sur le rapport d’inspection remis à la justice par l’Afssaps. On apprend que la supercherie mise au point par Jean-Claude Mas a été constatée presque par hasard par un enquêteur.
Cela paraît incroyable et pourtant la fraude à l’origine du scandale des prothèses défectueuses PIP a été quasiment découverte par un coup de « chance ». La supercherie aurait forcément fini par être révélée au grand public tant les défaillances des implants commençaient à attirer la curiosité, mais un inspecteur de l’Afssaps (Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé) a accéléré les choses. L’histoire de son enquête a récemment été rapportée par le journal Le Monde qui a eu accès au rapport d’inspection remis à la justice par l’Afssaps.
En mars 2010, un inspecteur (qui a gardé l’anonymat) et un membre du service de l’évaluation de l’agence se rendent à la Seyne-sur-Mer sur un des sites de l’entreprise de Jean-Claude Mas. Depuis fin 2009, l’Afssaps n’obtient pas de réponses de la part de PIP au sujet de ses prothèses qui se rompent. Sur place, rien d’anormal n’attire l’attention. Les prothèses semblent fabriquées dans de bonnes conditions, marquage CE à l’appui.
Une visite sans prévenir permet de constater la tromperie
Ce n’est que le soir venu que l’inspecteur se souvient d’une photo du dossier, envoyée par un ex-salarié et représentant plusieurs fûts entassés. Intrigué, il revient sur place le lendemain matin avec son collègue, sans prévenir cette fois. Ils y retrouvent les mêmes fûts, avec en plus la mention « SILOP » signifiant silopren, une huile de silicone dont il est interdit de se servir à des fins médicales. Le dossier n’a jamais mentionné la présence de ce produit. Sur le site, on est incapable d’expliquer à quoi peuvent servir de tels fûts dans une entreprise qui ne fabrique que des implants à usage médical. Jean-Claude Mas n’a plus les arguments pour mentir à l’inspecteur et fini par avouer qu’il a trompé tout le monde depuis quasiment dix ans avec une « recette maison » servant à produire des implants bon marché. Pour ce qui est de la qualité de son gel, clairement inadapté, il continue de nier sa dangerosité.
Dès lors, l’Afssaps ne lâche plus PIP. Des employés ont beau certifier que du gel médical a été utilisé pour certaines prothèses, l’Agence n’accorde plus aucune confiance à la société varoise qui sera très vite placée en liquidation judicaire.
Qui sait pendant combien de temps M. Mas aurait continué à vendre ses prothèses sans la présence d’esprit de l’enquêteur ? Peu sans doute. En attendant, en se souvenant de la photo des fûts, il a mis fin plus vite que prévu à cette effroyable escroquerie.
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